vendredi 28 décembre 2012

'Tin, les fêtes, ça fait rêver

Tout a commencé avec les mandarines et pain d'épices de la Saint-Nicolas, dans le secret espoir que Son Goku ne foute pas la merde et nous laisse crever peinard.

 

Bon, puisqu'on a survécu à la fin du monde, il a vraiment fallu se taper les courses de Noël à l'arrache, et les cadeaux de dernière minute. Déjà, en comparaison aux années précédentes, je m'y suis prise très en avance – habituellement, je me pointe les mains dans les poches le 24, environ 30 minutes avant la fermeture des magasins. Le choix étant moins grand, je vais droit au but, en évitant les files et en ayant même le luxe de plaisanter avec les vendeurs en bout de course. Voilà, sauf que cette année je faisais vendeuse en bout de course – ce qui paie déjà mieux qu'assistante dans le domaine du Mal. Aussi, n'ai-je eu d'autre choix que de m'y mettre le soir du 21, pendant mon heure de pause.

Le petit frère a droit à son trône de fer, plus épique, mais moins confortable que son autre siège préféré, le trône de faïence.


Et le coloc-et-plus-si-affinités récupérera un mélange à vin chaud ainsi que le livre Ethique et Economie d'Amartya Sen, soit, le cadeau idéal pour un physicien fondamentaliste. Voilà pour les principaux. Ensuite les petites attentions de ci de là, et j'aurai contribué à l'effort annuel en faveur du maintien du capitalisme.

Plus que deux fêtes : celle du pétage de pancréas sur base de frangipane pendant qu'on se coltine des chansons à la con jusqu'à ce que quelqu'un se pète une dent sur une fève ; Et plus proche de nous, celle des rétrospectives à base de Gangnam Style et de Carlie Rae Jepsen / pétage de foie sur base de bière et de death metal.

Alors bon tout ça, et à l'année prochaine (ouais, 'fin à mardi quoi).

mardi 18 décembre 2012

Quand j'étais petite, j'étais très con finalement


Quand j'étais petite, comme tous les enfants, j'étais très con. Il y a d'abord eu ces histoires de Petite Souris et de Père Noël que j'avais gobé comme un banana split pendant quelques années. Il y a eu des heures à crier à Tam Chamade que l'Inspecteur Odile Asaya était derrière elle. Il y a eu mes projets de mariage divers et variés, de Shiryu à Julien Lepers (j'avais déjà un petit faible pour les intellos). Je voulais vivre plein d'aventures, adopter un dragon pour m'aider à combattre les méchants et les princesses débiles qui se faisaient attraper à qui mieux mieux – même si quelques spécimens particulièrement gourdasses tenaient le rôle principal de mes histoires préférées.

Quand j'étais petite, je ne comprenais pas que Charlie Chaplin et Charlot était la même personne. Même en ayant brièvement croisé la route d'une des membres de sa prolifique tribu, j'ai mis du temps avant de comprendre que Charlot Kolmes n'était pas le jumeau maléfique du grand homme, mais bien le fin limier sorti de l'imagination de Sir Arthur Conan Doyle. Sherlock Holmes, donc.

Quand j'étais petite, j'abusais des contes de fées. De Delphine à Marinette, en passant par les versions les plus gore du Petit Chaperon Rouge, un méchant récurrent me terrifiait : le Grand Méchant Loup. Or, à la nuit tombée, depuis la fenêtre de ma chambre d'enfant, j'avais une vue imprenable sur une éminence, que seule la politesse pouvait qualifier de mont. Tout enfant de moins de 8 ans étant un Stephen King en puissance, ma version de la haute colline devenait territoire des loups, et ces petits points lumineux, éclairage public et autres phares de voitures, n'étaient autres, selon mon imagination, que leurs yeux chassieux attendant mon sommeil pour me dévorer en me disloquant membre après membre. Il fallut que ma Mère-Grand inventa l'histoire du Grand Gentil Loup qui veillait sur moi pour me protéger pour que mes nuits (et les siennes) deviennent un peu plus calmes.

Quand j'étais petite, je croyais qu'on mettait sur ses frites des tomates au ketchup. Je trouvais cela bien stupide, car le ketchup était déjà très bon comme cela, sans adjonction de tomates.

Quand j'étais petite, je me demandais ce qu'était un pstré, et ce que ces choses étranges pouvaient avoir de si terrible. Ce devait être gravissime, car les grandes personnes parlaient toujours d'art à pstré d'un air dédaigneux.

Quand j'étais petite, je croyais qu'en montant au sommet d'une montagne, le soleil  serait si proche qu'un adulte pourrait le toucher en sautant suffisamment haut.


Quand j'étais petite, je croyais que j'allais être aveugle à 16 ans, à force de prendre un point de dioptrie par an. Cela m'est venu quand nous avons visité l'hôpital de la vue avec les Petites Flammes (ouais j'ai fait du scoutisme, non je ne sais toujours pas faire un nœud  ailleurs que dans mes cheveux, car on faisait plus de prières que de trucs sympas) : notre guide nous avait expliqué qu'on était considéré malvoyant à partir de 16 de dioptrie. Du coup, je me suis empiffrée de carottes, préférant ce traitement inhumain à l'apprentissage du braille (je n'avais aucune envie de renoncer à Léonard ou à Astérix). Eh bien, le carotène donne peut-être bonne mine, mais ses supposés bienfaits pour la vue dont on rebat les oreilles des chtites nenfants, c'est de la chitte en boule : c'est même le meilleur moyen d'avoir des enfants miro ET réfractaires à l'Axe de la Carotte.

En fait, quand j'étais petite, j'avalais tout ce qu'on me racontait. J'aurais été la meilleure amie idéale de Michael Jackson.


jeudi 13 décembre 2012

Le Dit de la Nappy

Il est un sujet controversé qui revient assez souvent sur la Toile ces derniers temps. Je voulais ajouter mon tout petit gravillon à l'édifice. Il s'agit la question hautement philosophique du « nappy hair » VS « good hair », c'est-à-dire d'une relation d'amour-haine capillaire pouvant en dire assez long sur la normalité dans la « négritude », voire la normalité tout court.





Rapidement, « nappy » signifiait à la base « d'aspect cotonneux, crépu » en anglais. Ce terme devint péjoratif lorsqu'utilisé par les esclavagistes pour désigner les attributs capillaires de leurs machines agricoles. Lors que les Tazunis sont passés de l'esclavage à la ségrégation raciale, les Noirs, et surtout les Noires, ont continué à se lisser les cheveux, afin d'avoir ces fameux good hair dont Chris Rock parle dans son documentaire de 2009. Le beau cheveu, le cheveu de Blanc (enfin, techniquement, le cheveu roide de l'Indienne), celui qui bouge dans le vent et qui permet de se la péter Barbie Princesse Raiponce.



Aux Etats-Unis, jusqu'au mouvement pour les droits civils, le cheveu noir au naturel était donc proscrit – en particulier pour les femmes, les hommes étant souvent contraints à la dictature du cheveu court. L'université Howard, pourtant destinée à la base aux Afro-Américains, interdisait d'ailleurs à ses étudiants de se pointer en cours avec des coiffures jugées trop négroïdes, comme des tresses plaquées. Avec Angela Davis, il est devenu revendicatif. Dans les années 1980, il était de nouveau pas très geil : il lui fallait des curls (en permanente, pas en se tressant pour la nuit et se contenter de ce qui jargon technique s'appelle un braid out warning: hair porn inside). Depuis quelques années, le cheveu de type 4 et plus laissé tel quel revient au goût du jour. Pourtant, il n'est pas encore universellement accepté par les Noires elles-mêmes. D'aucunes considèrent que le cheveu crépu est un cheveu de paresseux, mal coiffé, de non-civilisé, bref, la fourure de qui ne prend pas soin de soi. Cette idée est également partagée par certains hommes noirs (et blancs ou asiatiques, d'ailleurs).


Et si Raiponce était noire?


Autre continent, moeurs similaires: En Suisse, j'ai connu assez peu de Noires gardant une chevelure naturellement crépue : Coupée en quatre, la tignasse était défrisée, curlée, cachée par une perruque, raidie au lissage brésilien, tissage, ou extensions, bref, dénaturée ou camouflée selon diverses techniques pour des résultats plus ou moins heureux. Si néanmoins certaines coiffures peuvent être très réussies et motivées par un but purement esthétique, d'un point de vue sociologique, c'est plus ou moins le même principe que pour les femmes qui s'éclaircissent ou se font trop bronzer la peau, ces Asiatiques qui se font couper les paupières afin d'avoir les yeux moins bridés (Koda Kumi, au hasard), ou ces brunes qui se décolorent en blonde: Il faut ressembler à un modèle de beauté unique. Pourtant, dans le cas qui nous intéresse ici, les risques d'alopécie  (ou de de cancer pour les coiffeurs manipulant le formaldéhyde nécessaire aux lissages brésiliens) sont connus, tout comme on sait de nos jours que fumer à tendance à tuer. Le problème est que souvent, les petites filles commencent à se faire défriser très jeunes, et ce n'est pas forcément de leur choix. Un épisode du Tyra Banks Show traite plus longuement de cette question:



Ma mère a décidé que mon poil devait être domestiqué à la veille de ma première communion. Je suppose que je ne devais pas avoir l'air d'être trop noire, donc pas jolie, sur les photos. Passée la découverte et le bonheur d'avoir les cheveux lisses de Barbie, j'ai très vite déchanté quand je me suis rendue compte après quelques jours que non seulement je me retrouvais avec la coupe de Son Goku; des tifs qui ne suivaient pas forcément le mouvement de ma tête ; mais en plus des oreilles brûlées peu compatibles avec mes tessons de bouteille et ma myopie à deux chiffres. D'autant plus que les croûtes sur le crâne ne profitent guère à un sommeil réparateur. Au gymnase (lycée, pour le reste de la Francophonie), j'ai réglé la question en devenant agnostique et en me rasant les cheveux. Il m'arrivait néanmoins de me faire poser des tresses lorsque je réalisais l'exploit de supporter d'avoir 3cm sur le crâne. Puis j'ai commencé à perdre mes vrais cheveux (cheveux trop tirés = génocide folliculaire), les ai rasé une dernière fois, et depuis, je les garde le plus « naturel » possible.

La Toile regorge de sites débattant de la voie nappique. Il est maintenant évident que j'aurais tendance à être plutôt nappy. Au sein de la Blackgeoisie européenne (car il faut désormais opérer une double distinction  entre revenu et phénotype des individus, comme le montrent l'existence de la poopgeoisie: la bourgeoisie dotée d'un colon), la Nappy peut être vue comme un bon exemple de bobo, en insistant très lourdement sur le bohème. Ce blog dépeint de manière hilarante en quoi: Talibane hygiéniste négligée et hypocrite pour les uns, pour les autres elle est responsable et réfléchit à son empreinte écologique et sociale. Dans le mouvement nappy actuel, il y a aussi une forme d'affichage: le luxe d'avoir une position telle (intellectuel, artiste, etc.) que le besoin d'atténuer le fait de faire partie d'une minorité visible tellement je suis à l'aise dans mon 200 mètres carrés en plein centre de New York disparaît complètement. Ce paradoxe de la nappy bobo est à souligner, car pour qu'une coiffure lissée, défrisée ou avec extensions ait un joli rendu, il faut du temps et des moyens. Beaucoup de moyens. C'est donc ici qu'il faut insister sur le bourgeois tout court.

 

Nappex signifie nappy extrémiste
Source : Annick K. http://lesdemelesdemelanine.blogspot.com (version légèrement tronquée du 12 mars 2012)

Les femmes noires ont ainsi tendance à subir une double injonction de beauté : celle que subissent la vaste majorité des femmes, dont la valeur est régulièrement réduite à leur aspect physique quelle que soit leur puissance effective. Beyoncé Knowles est une des femmes noires les plus puissantes de la planète, mais au-delà de sa voix et de son immense talent de danseuse, son principal atout reste son physique extrêmement avantageux. Beyoncé est une artiste, par définition, son métier est de travailler sur l'esthétisme. Or ce qu'elle vend est moins ses chansons qu'elle-même.

Un autre exemple est celui de Michelle Obama, que personnellement, j'ai toutes les peines du monde à qualifier de jolie, quoi que les media en disent. Combien d'articles ont parlé d'elle en s'intéressant à sa garde-robe (oui, il lui arrive de porter du H&M, mais l'honneur est sauf, elle reste une grande fan de Jimmy Choo), à son corps plutôt athlétique et autres fonctions décoratives de femme de, en survolant, voire en oubliant totalement son passé de fundraiser ou le fait que ses gains d'avocate étaient, avant la première course à la présidence, supérieurs de plus de 100'000$ à ceux de son son mari? Il suffit de googler son nom pour constater que les premiers résultats entrent en large majorité dans la catégorie people plutôt que politique.

Un point commun entre ces deux femmes brillantes et puissantes est donc que leur apparence est le critère premier par lesquelles ont les définit – ceci dit, même la coquetterie de Margaret Thatcher était très souvent soulignée, quand bien même la Dame de fer était considérée par Jean-Louis Thiérot, son biographe francophone,  comme un homme politique, de par sa fermeté et son courage politique ou son entêtement et son aveuglement, selon la couleur politique). On parle beaucoup plus rarement du petit cul de Pierre Maudet, conseiller d'Etat genevois ; et on ne commence pas chaque article sur l'Iran par une description du sourire charmeur d'Ahmadinejad (ce qui n'est pas plus mal, au fond)).

L'autre point commun entre Knowles et Obama réside dans leur chevelure roide comme mon homme au petit matin. Elles ont l'injonction d'être des modèles de beauté noire, oui, mais pas trop noire. Parce que ces longs poils plein de nœuds, c'est n'importe quoi quand même. Tout juste une touche d'exotisme, mais le cheveu doit être lisse (sans oublier la controverse de l'éclaircissement du teint de la chanteuse sur les boîtes de teinture de L'Oréal). Des Erykah Badu, Lauryn Hill, Jill Scott ou Ursula Rucker font tout de suite trop militantes, pas assez pop, ou dans le cas d'Obama, pas assez sérieux




La femme noire n'a donc pas à montrer sa véritable chevelure, Quand on sait que sous de nombreuses latitudes et cultures différentes (Europe, Moyen-Orient, Afrique, Inde), les cheveux sont le symbole absolu de la féminité; que d'une façon ou d'une autre, ils renvoient à la toison pubienne, cela a de quoi laisser songeur. Si on veut partir dans une analyse presque freudienne, une chevelure maîtrisée par un des procédés précités (mon physicien d'homme parle de frustrum), à l'instar d'un mont de Vénus épilé, symbolisent une sexualité domestiquée, contrôlée par une pression sociale parfois intense. La normalité, chez la femme noire, passe souvent par sa crinière. Elle est un être perçu au sens bourdieusien du terme, plus objet que sujet, et « l'état permanent d'insécurité corporel »1 dans lequel elle se retrouve est ici souvent perpétué par les autres femmes noires. Si la chevelure crépue des Noires ne peut être acceptée telle quelle ; à quoi d'autre doit-elle s'astreindre pour être un sujet sexué et normal, sans artifice, et non un objet fantasmé, femme et exotique ? Le carcan d'injonctions schizophrènes faites aux femmes, aux Noires, aux Rousses, aux grosses, aux maigres, aux binoclardes est déjà suffisamment contraignant.



Beaucoup considèrent ce retour aux coiffures dites naturelles comme un effet de mode. Je n'en suis pas convaincue. Toutes n'ont pas le temps ou les moyens d'avoir un brushing aussi impeccable qu'Audrey Pulvar (qui pourtant aime à s'accorder une trève du lisseur en été), ou les rajouts de Tyra Banks. Avoir de beaux cheveux prend du temps, ce, quel qu'en soit le type. Il est vrai que de nombreuses personnes recourant à ces procédés voient avant tout des considérations esthétiques et pratiques, et ne se sentent pas plus aliénées que ça. Il est possible que celles qui ressentent le plus une aliénation sont surtout celles qui portent un jugement très négatif sur les nanas se trimbalant un puff, des bantu knots, et autres façon d'aménager ses cheveux crépus. D'autres se défrisent comme des brunes se décolorent, sans que cela ne mette en question leur identité d'Allemande, d'Italienne ou de Suissesse par exemple. Mais dans les deux cas, que ce soit conscient ou non, un modèle quasi-hégémonique de beauté prime sur les autres, qui eux seront considérés comme typés, par opposition à normal. Y compris pour des phénotypes qui ne peuvent y ressembler (Indiennes, Asiatiques, etc.). Ce d'autant plus que les femmes, objets entièrement dévoués au paraître, et pas vraiment être humains dotés d'un cerveau ou d'une volonté propre, doivent se conformer à cette image de la Beauté pour exister.


1Bourdieu Pierre, La domination masculine, Paris, 1998, Seuil, p. 73. in Belphegor, La chick-lit ou les mémoires d''une jeune femme dérangée, disponible ici: http://etc.dal.ca/belphegor/vol6_no2/articles/06_02_oliv_chic_fr.html

mercredi 28 novembre 2012

Prise la main dans le sac

Mea maxima culpa. L'idiote congénitale qui a osé partagé un message aussi inutile qu'irréfléchi à destination d'un Mark Z. qui préfère sans doute la lecture de l'autobiographie de Flipper le Dauphin à ma prose copiée-collée, c'était moi. Oui, un canular a traîné sur Facebook, et j'ai failli: J'ai partagé, malgré la petite voix me soulignant que ce ne devait pas servir à grand'chose. Je me disais que dans le doute, je n'aurais pas de regret. En tant que bobo sur Facebook qui milite contre Facebook.

Alors oui, je sais, pour que mes données les plus secrètes ne soient pas vendues par FB à la mafia russe qui viendra me péter les rotules au milieu de la nuit, il suffit que je m'abstienne d'y uploader ma dernière sextape – même si c'est quand même très tentant. Oui, je suis peut-être un peu parano quand je me dis qu'il vaut mieux continuer à surveiller comment évolue ce monstre tentaculaire qui crée ses propres lois en piquant les informations que je lui offre sur un plateau d'argent finement ciselé et serti de délicates pierreries couronnées par des entrelacs arachnéens que seuls 5 des plus grands joailliers de la planète sont capables d'exécuter.

Voilà, bêtement partager sans vérifier l'information c'est con. Par définition, c'est con. J'irai griller en enf sur une plage de sable blanc.


Néanmoins, deux jours plus tard, un autre type de chaîne circulait. Le contrecoup de la première campagne virale souligne la bêtise des gentils cons un peu crédules – mais celle-ci est si colossale qu'il n'en est nul besoin.




L'ironie de la situation est que partager ce deuxième type de statut, relève presque du même mécanisme. L'automatisme d'afficher que l'on en sait plus que les autres, et les autres, ma foi, sont un peu cons (j'avoue). Même si Facebook, c'est exactement ça. Pendant qu'on s'amuse sur des photos de chats ou des montages du Démotivateur, eux vendent nos données et s'en servent pour attirer les annonceurs. Ça s'appelle un business model.

Il y a quelques semaines, nos voisins français subissaient le même genre de canular avec l'affaire du bug, où des messages privés s'affichaient soi-disant sur le mur des utilisateurs sans que ceux-ci s'en aperçoive – et pour cause, puisqu'il n'y avait rien. La même psychose envers ce réseau dont on aime tant se méfier.

Tout ceci me rappelle les habits neufs de l'empereur, où tout le monde faisait semblant de ne pas voir la nudité du puissant seigneur de peur de passer pour un benêt, jusqu'à ce qu'un chtite nenfant relève à voix haute l'évidence. Ce n'est qu'alors que chacun put hurler avec les loups sur la bêtise de l'empereur – et de ceux qui n'avaient rien remarqué. Il faut croire que nous n'avons pas vraiment acquis de meilleurs réflexes.

Le Dit du Cuissot

Histoire de remettre l'église au milieu du village. Encore un billet sur la sexualisation des corps féminins, mais cette fois, je laisse de côté la dimension hautement sexiste de ces représentations. Déjà parce que j'en parle un peu ici ; que Marlard a profondément développé cet aspect dans cet article; Enfin et surtout, parce que j'avais tout simplement envie de pousser un simple coup de gueule, sans masturbation intellectuelle, dans la catégorie sus à la psychose autour des hanches !

Il y a quelques semaines, au cours d'une discussion sur un forum, une copine, au demeurant mince et sportive, fit une déclaration qui me fit bondir : elle se plaignait d'avoir je cite, un « souci de fesses un peu trop J-Loesque et le haut des cuisses trop charnues ». Jennifer Lopez. Avoir un pétard comme le sien serait donc source de complexes (WTF inside). Naturellement, je l'ai gourmandée – la copine, donc ; Je n'ai pas envie de me faire rétamer par 4 gardes du corps plus larges que hauts.

Quitte à n'être qu'un objet (puisqu'encore une fois les femmes ne sont pas des êtres humains, mais tout juste des annexes à l'humanité, par définition masculine), autant rentrer dans le moule. Force est de constater que les créatures aux fesses rebondies et aux cuisses charnues constituent la quasi-totalité des héroïnes de BD et de dessins animés. Il s'agit donc de corps stylisés, ultra-idéalisés et destinés le plus souvent à alimenter le fantasme d'hommes hétérosexuels. Le 20e siècle a consacré l'affinement des silhouettes, entre autres par l'apparition des congés payés, l'invention du sport (comme discipline à part entière, par opposition au simple exercice) et la disparition des vêtements trop rigides. Malgré cela, l'arrondi des hanches reste une part non négligeable de l'attrait que provoque les objets de sexe féminin lorsque leur corps est composé par un Homme de sexe masculin (que ce soit sur palette graphique, papier, ou Photoshop). Y compris pour des personnages extrêmement musclés comme (Jean Grey / Marvel Girl ci-dessous) de X-Men.

Betty Boop (1930)





Jean Grey / Marvel Girl / Phoenix (2005)




Même dans la sphère vidéo-ludique, et au-delà de la question de la femme-objet (par définition chimérique), des personnages comme Lara Croft (au début de sa carrière d'archéologue en levrette) ou Isabella Valentine (Ivy) ne sont pas qu'une paire de nichons ridiculement proportionnés : elles ont aussi du jambonneau, et l'as de pique qui va avec.

Alors certes, tout au long du siècle passé, la sur-érotisation du corps (parfois très) mince, devenu unique modèle d'attirance légitime nous a éloigné de formes plus généreuses, comme celles des Trois Grâces de Rubens.

Rubens les trois Grâces (1639)



Mais de là à dissoudre minceur et surpoids dans le terme « rond », et de ce fait, se créer des complexes qui n'ont pas lieu d'être, il y a les Fosses Mariannes. Si on tient absolumenet à faire entrer les gens dans des cases, autant que ces cases soient à peu près correctes. Beyoncé est callipyge, pas empâtée, et encore moins ronde, bien qu'elle ait des formes. On ne peut néanmoins pas désigner sa corpulence avec le même vocable que pour celle de Gabourey Sidibe. N'ayons pas peur des mots, comme Marguerite Poussine le relevait sur ce billet. Avoir des rondeurs ne signifie pas nécessairement être rond. Rond signifie gros. Gros n'est pas une insulte, ni un vilain mot. Du moins pas plus que myope, bouclé ou norvégien. Je ne crois pas que tout le monde soit esthétiquement beau, mais à mes yeux, l'élément déterminant en la matière n'est pas la corpulence.

Beyoncé Knowles



De plus, les photos sont souvent trompeuses, comme cette vidéo, en anglais non sous-titré l'indique (à 2'06, mais l'entier de la vidéo vaut le détour). Pour les non anglophones, l'impression d'être plus épais sur une photo par rapport à la réalité découle du fait que le passage de la 3D à la 2D altère la silhouette en créant l'illusion que la chair s’aplatit. C'est la raison pour laquelle les mannequins sont si maigres : moins le squelette est enrobé, moindre est cette distorsion.


Il est vrai que les personnages féminins plus adipeux (et souvent plus âgés que les jeunes héroïnes à la taille de guêpe, histoire de bien faire comprendre que la surcharge pondérale te rendra irrémédiablement infertile, donc imbaisable) se voient généralement affublés d'une sexualité soit inexistante, soit grotesque – voire effrayante – notamment chez Disney.

Un exemple de sexualité ridicule serait la danse vaguement érotisante d'Ursula dans la Petite Sirène (1989) (il serait intéressant de se demander dans quelle mesure l'hypersexualisation de ce personnage n'a pas été inspirée du bestiaire pornographique japonais, du Rêve de la Femme du Pêcheur (1846)  aux tentacles hentai actuels ) (non, je ne mettrai pas de lien).


Selon Georges Vigarello, Rubens et ses contemporains commençaient déjà à changer de regard sur les chairs débordantes, en distinguant entre formes en poires (traduisant un tempérament excessif, alangui, paresseux et immoral) ; et en pomme, connotée positivement et synonyme de force, vigueur – on n'était encore qu'à un tout petit siècle du formidable Gargantua et de ses festins éponymes. Notons que les femmes ont naturellement tendance à stocker la graisse dans la région du bassin, et les hommes, au niveau du ventre, mais cela n'a certainement rien à voir avec cette typologie.

Ursula est d'ailleurs le seul personnage féminin de Disney dont la graisse se porte au niveau du ventre, et dont la taille est peu marquée. Cette forme de pomme, masculine, renvoie au garçon manqué devenu hommasse dont les ambitions démesurées doivent être poignardées à coups de bateau (sic).

En contrepartie à l'exemple de la vilaine executive woman, célibataire et outrageusement séductrice, l'absence totale de sex-appeal des bonnes fées au foyer et autres substituts de maman-esclave reflète bien le malaise que ces corps opulents provoquent dans notre société.


La sexualisation de ce corps-là, celui qui maximise la surface de caresses, est encore à (re)faire.


samedi 24 novembre 2012

Et toi, c'est quoi ton mot préféré ?

Il y a quelques temps, une amie de langue maternelle allemande me demandait de l'air de celle qui a vu un chat jouer à God of War quel était mon mot préféré. Sa prof de français langue étrangère avait posé cette question en cours. Je partageai aussitôt sa perplexité. Autant en langues étrangères, c'est plutôt facile car chaque terme est lié à une anecdote, autant dans ma langue maternelle, le choix est éminemment corsé.

Gleichgewicht. Équilibre. Le mot sonne exactement comme ce qu'il signifie. Il est lourd, mais se chante; c'est d'ailleurs dans le titre Sonne (2'47) de Rammstein qu'il m'a séduite. Glaïche-gué-wichte avec accents toniques sur les syllabes de tête et de queue, et le gué en guise de pivot. Voilà pour l'allemand.

En anglais – ou plutôt en manchestérien – ce serrait lollygag, flâner, procrastiner. Un mot rond pour buller.

En japonais, atatakakatta (暖かかった, il faisait / c'était chaud), précisément parce que j'ai galéré pour le prononcer correctement la première fois.

En français, le choix est rude. Il y en a tout simplement trop et je tombe amoureuse d'un nouveau mot presque tous les jours. Aujourd'hui, la palme va peut-être à margoulette, cette figure que je ne cessais de me casser petite (et à vrai dire, je ne sais pourquoi j'utilise l'imparfait, car ça n'a pas vraiment changé).

Et toi, c'est quoi ton mot préféré?





mardi 13 novembre 2012

Les Bobos anti-bobos

Au commencement était le bourgeois1. Urbain, membre de la roture, qui avait pour indécente lubie de subvenir à ses besoins non par l'administration de terres qu'un sang bleu lui aurait de tout droit conféré ; mais en se salissant les mains dans d'obscurs échanges de services contre de l'argent – gagner sa pitance plutôt que l'obtenir des cieux, voilà une tâche incongrue que l'on préfère voir cantonnée aux juifs-qui-aiment-l'or-ont-le-nez-crochu-et-mangent-les-petits-enfants-récaciltrants-alors-ta-gueule-et-finis-tes-petits-pois plutôt que voir de bons chrétiens côtoyer la fange pré-capitaliste de l'humanité. On n'avait pas tout à fait la même notion de l'argent sale à l'époque.

A l'ère des révolutions, le bourgeois monte en puissance. La guerre n'est plus pour les nobles un moyen de s'enrichir, mais bien de vider les coffres. Le faste des cours et les extravagances vestimentaires n'arrangent pas leur situation pécuniaire. La plupart se ruine en atours sensés représenter leur puissance. Le bourgeois fortuné profite de l'aubaine pour s'acheter un nom, par alliance, ou littéralement. Métis social, il n'est pas davantage aimé, que ce soit de la noblesse déclinante dont il s'approprie les valeurs ou de la plèbe laborieuse dont il veut se différencier. Se proclamant héritiers de la Révolution française, les Communistes l'auraient dépeint comme l'Antéchrist, s'ils n'étaient athées : Gras, impotent et fourbe, profiteur parasitant le fruit du labeur des travailleurs, il eût fallu le pendre avec les tripes d'un curé troisième-né.

Un bourgeois façon 19e s.



Au 20e siècle, le bourgeois semble changer profondément de visage – la haute-bourgeoisie néanmoins conserve ses lettres de noblesse. Décomplexé, le snob né au siècle précédent se yuppise dans les années 1980. Le bourgeois se fait de plus en plus jeune, souvent nouveau riche, parfois même salarié, ses vilaines dents de requin raient le plancher jusqu'au noyau terrestre (bien sûr, d'autres modèles plus terroirs, comme les petits-bourgeois, continuent d'exister ; mais ils ne se distinguent plus vraiment de la classe moyenne par laquelle ils se firent happer à leur corps défendant). Contrecoup du coup de la secousse, sa Némésis apparaît au tournant du 3e millénaire : le Bourgeois bohème ou bobo, pour les intimes. 

Anatomie de yuppies mâle et femelle


Source: http://www.merriam-webster.com/top-ten-lists/top-10-words-of-the-80s/yuppie.html


Le concept du bobo est pourtant presque aussi vieux que la bourgeoisie elle-même, seule sa dénomination a changé. De nos jours souvent gauchisant chevelu, taxé de bien-pensance (le bobo défend pourtant des valeurs de tolérance, d'entraide. prône le développement durable et la sauvegarde des licornes) ou de naïveté, il est souvent considéré comme « petit-bourgeois intellectuel » incapable de produire une pensée originale. Malgré son humanisme, et avec son revenu confortable, le bobo n'a pas bonne presse, que ce soit au sein de sa propre caste ou en-dehors.

S'il est possible de dire sans rougir « je suis bohème » ou « je suis bourgeois », rares sont ceux qui accepteront de se reconnaître lorsque ces qualificatifs s'accolent. Le bobo serait selon ses détracteurs un snob qui se voit au-dessus du troupeau boboïdal, « ostensiblement modeste », selon la formule de Frédéric Rouvillois. Il voudrait surtout être ostensiblement unique. Il croit en de grandes causes. Il milite sur Facebook pour un monde sans Facebook. A force de vouloir renvoyer une image du mec/ de la meuf bien sous tous rapport, le bobo fait culpabiliser l'individu lambda, fatigue et finit par ne plus renvoyer que l'image d'une personne imbue d'elle-même. L'épisode 2, saison 10, de South Park intitulé Smug Alert ! (streaming légal) résume assez bien l'idée. 

Un troupeau boboïde de type californien


Mais pourquoi ces bourgeois bohèmes qui aiment tout le monde ne s'aiment donc pas eux-mêmes ? Est-ce en raison de cette appartenance à une gauche caviar si loin de la suie et de la sueur du radicalisme germinal ? L'idée que faisant partie d'une catégorie privilégiée, ils manquent de sincérité lorsqu'ils défendent des groupes dont ils ne connaissent pas les réalités ? Que dans leur tour de verre, les bobos ne se mouillent guère quand vient la pluie ? Le problème du bobo est qu'à force de vouloir valoir mieux que les autres, il n'a absolument pas le droit à l'erreur. Or, étant humain, il est condamné à l'erreur. Ce fut le cas des pacifistes des années 30 face à la peste brune ; ce fut le cas dans les années 60 quand des intellectuels occidentaux encensaient Mao. Sera-ce le cas de nos jours face à l'impérialisme, au conflit israélo-palestinien, aux droits de propriété intellectuels, etc.?

Exemple de lecture de bobo (au demeurant hilarante)


Source: http://www.amazon.fr/Devrait-Permettre-Resoudre-Conflit-Proche-Orient/dp/236535002X/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1352844575&sr=8-1
Phoque, si j'avais des thunes, je serais complètement bobo en fait : Je ne supporte pas Delerm, mais j'écoute Erykah Badu en mangeant des sushis, drapée dans une tunique en lin aux couleurs insaturées, le tout pieds nus, une Dunhill à la main et un rhum Trois-Rivières hors d'âge à l'autre (j'ai écoulé mon stock de rhum haïtien, on se rattrape comme on peut). Récemment, une personne que j'admire énormément – qui par ailleurs possédait tout l'attirail du bobo de base, villa à la campagne, jardin potager, conscience écolo, etc. – me sortait que « faire le marché, en Suisse, c'est un truc de bobos ». Au temps pour moi, je pensais que c'était plus une histoire de manger local et meilleur marché, tout en soutenant les personnes ayant pour travail de faire de la campagne suisse une vision de carte postale, et pour hobby, le recel de produits fermiers au nez et à la barbe de la grande distribution. Comme quoi on est tous le bobo d'un autre.

1L'histoire se passe en Europe de l'Ouest. Les Amériques, l'Asie, l'Afrique ou l'Océanie ayant suivi des parcours différents.

Un parfum d'enfance

Aujourd'hui ma ville d'origine célébrait la Saint-Martin par une foire. Comme chaque année, j'y fis un pèlerinage, rapport à ma mission sacrée de déguster les premiers vin chaud, nonnettes, bricelets et raclette de l'année. Foire oblige, il y avait également un florilège de stands de gâteaux tenus par des ados ou pré-ados tentant de financer leur semaine de camp de fin d''année. Naturellement, sur le coup de trois heures, toute personne en âge de scolarité était recouverte de crème à raser. En entendant les ciclées des fuyards, un petit sentiment de nostalgie fit fondre mon cœur de glace. Pas vraiment que l'adolescence me manque – quelle période de merde – mais surtout l'enfance. Celle où on a droit à plein de choses que l'âge de raison nous interdit.

De nombreux blogs, articles ou humoristes ont mis en avant certains éléments auxquelles on a accès jusqu'à sept ans, mais qui ne sont plus pardonnés ensuite.

Ce que je retiens est le droit de se balader cul nu en témoignant à qui (ne) veut (pas forcément) l'entendre sa pure extase de la mission accomplie; le fait de pouvoir jouer à la poupée sans le truchement des Sims; vivre les aventures de nos héros de dessins animés sans passer pour un schizophrène attardé (dans Cat's eyes, j'étais Cylia de  plutôt que Tam : j'ai toujours préféré les cerveaux du groupe aux héros désignés). Mais surtout, surtout, et d'un point de vue beaucoup plus matérialiste, ce dont je crève d'envie depuis que je suis adulte sont toutes ces petits objets spécial moutard qui n'existent tout simplement pas dès qu'on a passé l'âge de se balader impunément la morve au nez.

De un, je milite pour un parapluie à oreilles qui tiendrait dans ma paluche de grande personne sans que cela ne  finisse en salade de doigts.

Source (et hop, pub gratos à l'approche de Noël !): http://www.candyfairy.net/boutique/images/PAR010D.jpg

Mieux, je revendique le droit pour les adultes de se balader avec un ballon au poignet sans avoir besoin de brandir l'excuse du cadeau pour un mioche de 5 ans.

Je rêve de pouvoir me balader avec ceci rehaussant mon afro puff


Combo ballon-bonnet Hello Kitty




Mais ce qui me ferait tout de même rêver, c'est plus ou moins le vélo de Phoebe Bouffay qui ressemble en gros à ceci  (parce qu'on peut être féministe et aimer le rose, bordel!)

Mais le pis-aller pour adulte ne serait pas mal non plus



Moi je dis qu'entre 3 et 7 ans, on a un sacré swagg quand même

mercredi 7 novembre 2012

Boo !


Halloween oblige, je pensais faire un billet plus léger tournant autour du thème de la peur en présentant quelques faits insolites à base de gorilles effrayés par des escargots-garou. Sauf que voilà, d'une part je n'ai pas eu le temps de revenir céans pour la veille de la Toussaint ; d'autre part, je suis la fille illégitime de Daria Morgendorfer et de Huey Freeman, ce qui fait que je reste rébarbative même le seul et unique jour de l'année où on peut légitimement jouer à vis ma vie de poney magique. Bref...

Parlons peur, parlons bien. Qu'est-ce qui me flanquerait une pétoche de tous les diables (en dehors des maladies, accidents, incendies, et autres pénuries de Fuyu Pocky? La liste est longue. Pour commencer, un sujet d'angoisse qui me tourne la pine est la piscine, un peu comme quand j'avais 13 ans. Sauf que cette piscine-là n'a qu'un rapport très éloigné avec mes 10.5 de dioptrie, la terreur du poil qui dépasse ou des anglais débarquant avec fracas, au moment ou les menstrues sont encore bien erratiques et qu'on est encore sous l'attrait de leur nouveauté.

Nay, cette fois, je parle de cette piscine-ci. Alors certes, Wikistrike présente souvent une information très orientée, conspirationniste, eschatologique (je n'ai plus qu'à placer « cucurbitacée » dans cet article, et j'aurai atteint mon quota d'expressions à la con pour la semaine), et tout ce qu'on veut. Il leur arrive néanmoins encore plus souvent de présenter des informations crédibles. Non parce qu'après tout quelques milliers de litres de flotte en équilibre sur un bâtiment à moitié détruit; appartenant pour moitié à un consortium yakuza menteur, manipulateur et n'hésitant pas à expédier les pauvres hères ruinés par la crise de 2008 couronnant 20 ans de difficultés économiques se frire les miches à tenter de retarder la catastrophe sous peine de pétage de rotules au pitbull barbelé (ah, on me souffle dans l'oreillette qu'il s'agit en fait de courageux volontaires qui ne seront pas ostracisés jusqu'à la cinquième génération); reposant sur une falaise rabotée de 25m et capables de rayer de la carte tout un hémisphère, le tout dans une des zones les plus méchamment sismiques de la planète, ça a de quoi filer une ou deux insomnies.

Et pendant ce temps, la fuite en avant des Don Quichotte du nucléaire – comme Montebourg il y a quelques mois en France voisine, ou l'UDC par chez nous qui n'en n'est plus à une connerie près – persuadés que comme les hémorroïdes, les catastrophes à protons berserks n'arrivent qu'aux autres. Kucholl et Veillon en ont d'ailleurs fait une analyse hilarante.

Au moins, une autre de mes craintes c'est évacuée sur le coup de 5h37 ce matin : actualité oblige, il s'agit naturellement du rejet de Mitt Romney.







mardi 30 octobre 2012

L'inné, l'acquis, les femmes, les maths et les poneys

Il y a fort fort longtemps, dans un autre monde, alors que je fréquentais encore les bancs du gymnase (lycée), je mourrais d'ennui aux cours de physique. Le prof que j'avais faisait partie de cette engeance qui pensait que fille = littéraire = inutile de lui expliquer un problème qu'elle n'aurait pas tout à fait compris. Par ailleurs, afin d'être sûr que plus où moins tout le monde ait la moyenne, la moitié de l'évaluation annuelle de son cours portait sur des tests avec des vraies questions du type combien de pommes reste-t-il si je balance une ogive nucléaire à protons liquides tombant à une vitesse de 3G sur un train reliant Zurich et Bâle et qui doit en croiser un autre à un moment T ; l'autre moitié se basait sur la façon dont nos cahiers de notes étaient tenus. Du coup, j'avais simplement 2,5 de physique (sur 6, même si ça reste une sévère plantée, c'est toujours mieux que 2/20), entre mon dédain total pour la matière d'un prof qui n'a pas vraiment envie d'enseigner aux 2/3 de la salle, mon écriture de gynécologue (les pires parmi les écritures de médecin ; je le tiens d'une pharmacienne) et ma terrible propension à dessiner des bouts d'anatomie humaine dès que j'ai 2 cm2 de disponibles, il n'y avait tout simplement rien pour me sauver. Pour ce prof, non seulement j'entrais dans sa statistique de fille = quiche en sciences dures, mais en plus je devais avoir un côté garçon manqué, car mes cahiers étaient aussi soignés qu'un origami exécuté par le Capitaine Crochet sous ecstasy (en même temps, je rattrapais avec la biologie et la chimie, où les enseignants étaient justement ça : des enseignants enseignant).

Parce qu'après tout, il est reconnu que les femmes développent des compétences pour les matières touchant au langage et la communication (sans oublier les bébés et les poneys) pendant que les hommes sont nés avec un compas dans l’œil, un super-calculateur à la main et parlent couramment l'algébrique, le python et le vulcain. Ce n'est d'ailleurs pas la campagne de pub orchestrée par la Commission européenne pour la relève scientifique féminine qui va à l'encontre de ces clichés à deux francs :

Science : It's A Girl Thing. Notons filles hein, et pas femme.


Non parce que des femmes en sciences, c'est pas sérieux. Ça défile, ça déconcentre ses collègues masculins qui, eux, font du vrai boulot, bref, à part chier des licornes et des poneys, ça sert à rien. D'ailleurs, elles le disent et le pensent souvent d'elles-mêmes : les maths, c'est pas fait pour elles, les hommes sont plus doués, et autres chittes en boule du même acabit. De plus, elles sont souvent très peu encouragées lorsqu’elles choisissent ces branches dites techniques, comme le dépeint cet article de Slate.fr.

Dans pratiquement tous les pays, cette division se retrouve. Parfois c'est avec un bonus : les petites filles ne sont tout simplement pas envoyées à l'école, parce que ça ne sert à rien. Vaut mieux qu'elles s'occupent de la maison et des champs, parce que sortir de la pauvreté absolue, c'est pas pour les gonzesses. En Europe, Aux États-(Dés)Unis, au Japon ou en Corée du Sud, cette dichotomie profonde cerveau droit/gauche homme/femme semble profondément naturelle.

Dans pratiquement tous les pays, mais pas tous. (A lire très vite et pratiquement sans respirer) Top ! Je suis un pays qui a connu des bouleversements démographiques de grande ampleur pendant le 20e siècle. Profondément tourné vers la sur-compétition à tous les niveaux, ma politique de l'enfant unique ne laisse aucun espace pour se vautrer dans quelque domaine que ce soit et pousse mes ressortissants à driller leurs enfants afin qu'ils excellent en tout, et fassent briller leur prestige. Pays d'Asie, le plus peuplé de la planète jusqu'au milieu du 21e siècle où l'Inde me dépassera sans mouiller la chemise, je suis, je suis, je suis ?

Beh oui, en Chine, la question du sexe de son enfant se pose (avec pour résultante un terrible déficit de femmes dans la population, vu que les licornes et les poneys sont tout de même très surannés au pays du dragon), mais savoir si la chair de sa chair sera polyglotte ou matheux/se, non : il/elle sera les deux, et la chose est considérée comme normale.


lundi 29 octobre 2012

Ces moments de la sous-culture qui ont fait avancer des causes – part 2

Au commencement, était le « la ». Langage pourtant sensé être universel, même la musique a sa couleur. Plongeant allègrement dans le communautarisme à deux francs (suisses: c'est une monnaie stable qui risque moins l'éclatement, elle !) six sous, je vais me pencher ici majoritairement sur la musique dite blanche ou noire (et non, je ne ferai pas de gag vaseux sur la valeur des notes de musiques selon leur couleur). Oh, et puisque j'en suis à m'attarder sur les Black Studies, autant prendre les exemples fournis par nos amis anglo-saxons puisque les musiciens noirs à succès vivant en Europe tapent en général davantage dans ce registre (hip hop, RnB et dans une moindre mesure, jazz, blues) que dans les musiques africaines ou antillaises.

Bref, pendant longtemps, il y a eu la musique de Noirs pour les Noirs, et la musique de Blancs, divisée entre grande musique (qui n'est ni africaine, ni asiatique, ni latine, ni autre chose que classique et européenne, de préférence) et la variété qui plaît à la plèbe – on parlerait aujourd'hui de sous-culture –  pour les Blancs. En d'autres termes, la structure rythmique des musiques dites noires s'inspirent du blues, chant africain-américain par excellence dont l'étymologie découle directement de la tristesse de l'esclave qui était loin du registre d'un nain de Disney lorsqu'il devait taffer après s'être fait capturer / mater / fouetter / exploiter dans un champ de coton. Moins scolaires en ce sens qu'elles ne s'apprenaient pas au conservatoire, elles laissent une large place à l'improvisation. Les musiques européennes et américaines composées pour et par des Blancs sont souvent beaucoup plus feutrées. Les deux types sont intéressants, et par exemple, je prends autant de plaisir à écouter Ursula Rucker que Bjork, ou Rhapsody in Blue que My Baby Just Cares for Me.

Même lorsque des Blancs récupérèrent les registres musicaux nés au sein de la culture populaire afro-américaine comme le jazz et le blues, pendant les deux premiers tiers du 20e siècle, le résultat est beaucoup plus édulcoré que le modèle original. Les Caucasiens s'étant inspirés de ces musiques sont souvent  issus d'un milieu très populaire, et côtoyaient eux-mêmes des Noirs, comme Elvis Prestley par exemple. Or, ce genre d'inspiration n'était pas forcément bien vu. Avant de devenir la star que l'on connaît, le King était déconsidéré par la bourgeoisie caucasienne pour faire de la musique de N. Plus tard, il fut conspué par des musiciens dont il plagia plus ou moins l'oeuvre pour avoir « volé la musique des Noirs et en avoir profité », allant jusqu'à le traiter de raciste. Plagiaire de génie, oui, mais le foutage de gueule éhonté n'est pas un synonyme de racisme, ce d'autant plus que Prestley a toujours reconnu ses emprunts à la musique noire.

Hoochie Poochie Man de Muddy Waters


 VS

Trouble d'Elvis Priestley, comme un air de ressemblance


Il n'empêche que sans cette imprégnation, la musique noire aurait difficilement atteint une audience au-delà de la communauté noire américaine. D'une certaine façon, et avec les mouvements sociaux qui ont secoué l'Amérique pendant les années 50 et 60, Elvis a préparé l'oreille des membres de la classe moyenne américaine blanche, profondément hermétique à tout ce qui était trop directement noir, et a entrouvert la porte de la culture avec un grand cul à des artistes aussi immenses que ceux de la Motown. Dans la première moitié des années 60, de nombreux artistes blancs reprirent des titres d'artistes noirs et en firent d'immenses succès mainstream – donc recouvrant les communautés d'immigration européenne et autres : non Blanc signifiant communautariste. Cet article retrace d'ailleurs cette histoire tout en présentant différentes versions de chansons :

Dancing in the street, version originale par Martha and the Vandellas


reprise par the Mamas and the Papas


reprise par Little Richard (ici utilisée lors d'un spectacle de danse). Petite précision, Little Richard était Afro-Américain.


Dès 1965, après l'assassinat de Malcom X, la campagne de promotion pour les droits civiques menée par Martin Luther King et le début des émeutes, la fracture entre musiques noire et blanche est plus politique que jamais. Alors que les artistes de la Motown explosent, le fait pour un chanteur blanc de reprendre un titre de ce catalogue devient un acte militant. C'est néanmoins dès cette époque que des groupes de ce célèbre label commencèrent à « écouler des disques au-delà des frontières raciales » – d'ailleurs des musiciens caucasiens y étaient également sous contrat. Bien que la politique du label soit justement d'éviter les titres prosélytes, pour les jeunes de toute la nation – et même en-dehors du pays – il devint de plus en plus normal d'écouter cette musique de Noirs. En parallèle bien sûr avec des campagnes de hard power, la musique révéla peu à peu à l'Amérique ségrégationniste que les enfants de Cham n'étaient finalement pas que des sous-humains paresseux et bons à rien, mais aussi des gens chantant l'amour, le respect, la vie, soit des préoccupations et thèmes universaux. Bref, des êtres humains qui peuvent avoir la tête du gendre/ de la bru idéale.

La suite, vous la voyez venir gros comme une maison.

Vint le moment où un artiste en particulier réunit toutes les couleurs et ethnies autour de sa musique. Génie de la musique, de la danse, inventeur du vidéoclip comme outil promotionnel à part entière, le Roi de la Pop Benetton, Michael Jackson lui-même. Très orienté Rhythm and Blues au début de sa carrière au sein des Jackson 5, MJ s'en libéra peu à peu et partit grâce à Quincy Jones dans un style unique, réinventant le RnB en le modulant en ce que nous entendons de nos jours par ce terme (moins de coton et plus de sucre) et faisant un pas décisif vers une nouvelle sorte de rock (elle aussi affranchie du Rythm and Blues ancienne version transformée en Rock n' Roll par Elvis, en y ajoutant plus de cris et des sonorités plus aiguës). Avant sa disgrâce, MJ avait tout de même réussi l'exploit d'être à la fin des années 80, début 90, le premier chanteur afro-américain collaborant avec la très conservatrice et bien-pensante Disney, se permettant d'avoir John Goodman et un Macaulay Culkin encore tout mignon dans le clip Black or White, et était le héros de nombreux enfants qui se lancèrent tous dans des imitations plus ou moins réussies du moonwalk.

Michael Jackson - Black or White


Moins controversés, les Run DMC, soit le premier groupe superstar de hip hop, furent aussi le premier groupe de rap à faire le pont avec le hard rock en permettant accessoirement aux Toxic Twins d'Aerosmith de se refaire une réputation. Néanmoins, il fallut encore presque 10 ans pour que ce qui touche au rock – au sens où on l'entend aujourd'hui – ne soit pas compris comme exclusivement blanc, et ce qui touche au hip hop comme de la musique de N. Seulement, les premiers rappeurs blancs, qu'ils soient un peu ridicules à la Vanilla Ice (sur un sample de Queen et David Bowie!) ou talentueux comme House of Pain ou Beastie Boys faisaient essentiellement du rap-rock, très différent du hip hop, et surtout du gangsta rap qui devint un des courants dominants du rap tout court (bien que celui-ci cessa d'être marginalisé dans les années 1990, comme l'explique l'article de rock.about.com).

Beastie Boys - Sabotage (1994)


Snoop Doggy Dogg (avant qu'il ne change son nom d'artiste en Snoop Dogg donc) - What's My Name (1993)


En revanche, et c'est un comble au vu de l'histoire récente de la musique populaire américaine, il était beaucoup plus difficile pour un Noir d'entrer dans le domaine de la musique-de-Blanc que l'inverse. Ainsi, Lenny Kravitz qui en plus avait eu la bonne idée de naître métis, donc noir à part entière aux yeux d'une bonne part de son futur public eut énormément de peine à se faire signer, car sa musique, à l'instar de lui-même, était justement trop métis : elle ne sentait pas suffisamment le ghetto et la moitié white de son héritage n'était pas assez présente non plus. Raisons qui peuvent sembler assez paradoxales sur des titres comme Are You Gonna Go My Way ou plus tard Black Velveteen.

Lenny Kravitz - It Ain't Over Till It's Over



Lenny Kravitz - Black Velveteen


Voilà qui dégrossit bien le terrain aux Joss Stone, Amy Whinehouse ou Justin Timberlake, mais surtout à Skunk Anansie ou à Sevendust. Il n'empêche qu'encore aujourd'hui, il est plus rare de trouver des artistes noirs performer dans des styles de musiques encore considérés comme « blancs » (rock, dark/black/heavy/trash/etc. Metal, punk, etc.) que des Caucasiens s'essayant à la soul, au rap ou au RnB. Au moins l'accusation de traîtrise envers sa propre ethnie n'est-elle plus brandie quand cette ligne est franchie. 

La musique finalement s'universalise du côté des artistes, mais pour les auditeurs, c'est encore une autre paire de manches. Nombre de sourcils se haussent encore lorsque j'avoue écouter avec le plus grand plaisir du Tool - pourtant métal composé de notes - puisque je suis sensée être génétiquement disposée à supporter Rihanna. 

Je voudrais terminer en citant Maurice Béjart dans ses Lettres à un Jeune Danseur, dont le propos s'applique aussi bien à la Musique: 

Les classifications en danse ont créé une sorte de racisme et Dieu sait si le racisme, absurde théorie, empêche toujours une vision, évolution véritable

Il n'est de grande période artistique que de métissage, entre un passé retrouvé et un nouvel horizon découvert entre un pays découvert et un passé réactualisé, entre des cultures et des techniques en apparence antagonistes mais en réalité complémentaires.