samedi 25 août 2012

Ces femmes perdues dans l'armée

Le 23 août 2012, l'émission de la RTS Temps Présent diffusait un excellent documentaire : « Viol au régiment ». Malheureusement, il ne restera pas très longtemps sur leur site, pour des questions de droits. Comme le titre le laisse présager, le sujet est franchement délicat, et avoir un aperçu de la souffrance de ces membres de l'armée américaine, hommes comme femmes, ayant subi des sévices sans que leurs agresseurs soient le moins du monde inquiété était à la limite du supportable. Leur chaîne de commandement protégeait les bourreaux et pénalisaient les victimes – oui parce que ce sont elles qui se faisaient poursuivre pour comportement indécent, adultère, et j'en passe. Vomitif.

Avant de raconter leur calvaire juridique pour faire valoir leurs droits (en vain d'ailleurs), les héroïnes de ce documentaire ont relevé quelques éléments qui m'ont fait tilter.

Une Marines disait qu'on lui avait conseillé de ne pas se maquiller, car cela indiquait aux autres qu'elle était en mode chasse. Naturellement à l'époque, elle trouvait l'idée ridicule. Ben oui, ce serait un raccourci aussi stupide que penser « c'est sa faute, elle n'avait qu'à ne pas mettre de jupe » si on transpose l'argument à la vie civile. Affligeant, non ?

Une autre disait que son commandant de régiment considérait que les femmes n'étaient là que pour que les mecs les baisent. Sans commentaire.

Puis tout à coup, je me suis mise à penser au film Stealth, où les protagonistes sont une femme blanche, un homme noir et un homme blanc. Les deux mecs flirtent continuellement avec chaque femme rencontrée, alors même qu'ils draguent ouvertement leur partenaire féminine – en même temps c'est Jessica Biel. Mais elle, après une mission difficilepréfère passer ses soirées sagement seule dans sa chambre, pure et chaste, plutôt que de boire des godets avec ses collègues, ou pire, draguer de son côté et passer du bon temps – je rappelle que c'est Jessica Biel, merde ! (Naturellement le Noir mourant en premier, elle termine avec le jeune premier caucasien). Ce film, malgré son niveau de bousitude abyssal avait au moins le mérite (complètement inconscient, bien entendu) de dépeindre le double standard entre l'homme admirable et la femme (c'est une femme, un objet qui n'a pas vraiment d'âme, elle ne peut donc pas être admirable).

Ensuite, j'ai repensé à cette soldate genevoise  – qui n'est certainement pas seule – violée elle aussi et dont le bourreau a tout juste été rétrogradé . Dans ces deux pays fédéraux qui ont tant en commun, justices civile et militaire sont strictement séparées. « A l'armée, le problème est qu'une autorité sans aucune formation juridique peut prendre des décisions sans appel » rappelle une juriste américaine du documentaire. Décidément, « la justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique » (Clémenceau). 

Et l'armée américaine de mettre en place un système de prévention s'adressant uniquement aux femmes, à base de « tu te baladais seule dans ton campement et tu pensais qu'il allait rien t'arriver, BFPTG, connasse! ». Les mecs sont tous des violeurs potentiels, et de toutes façons ils savent que tringler une traînée (toutes des salopes, n'oublions pas) n'implique aucune conséquence fâcheuse pour eux. Déjà c'est flatteur pour les hommes, merci. Je suis presque sûre qu'il reste un ou deux mecs par armée nationale qui ne soient pas des prédateurs sexuels. En Suisse, c'est encore mieux, puisque l'armée n'est pas vraiment sensée être mixte. Une autre victime d'agression du documentaire résumait, dépitée, que les maigres efforts de prévention des viols au sein de l'armée américaine se résumaient à mettre « en place un système pour que les femmes acceptent mieux d'être violées. En fait, c'est exactement ça ».

De l'autre côté du cliché, il y a GI Jane (1997), un autre film, où pour être acceptée parmi les SEALS, la femme (après avoir été agressée sexuellement par son supérieur devant toute la troupe, hein) doit renoncer à ses attributs féminins (symbolisée par sa chevelure), être plus conforme à l'archétype de la virilité que les hommes eux-mêmes et surtout sans dénoncer ledit supérieur. La chose à faire étant de lui défoncer le portrait. Même qu'ils deviennent BFF à la fin.

L'armée est généralement connotée comme étant peuplée par des mâles alpha qui ont donc une certaine idée de la femme et des rapports sociaux. Bien sûr, il ne faut pas oublier que malgré l'homophobie ambiante dans les forces armées, le viol homosexuel peut aussi s'y produire. Ainsi, le type de virilité mise en avant dans les campagnes de recrutement repose sur des valeurs de camaraderie, de puissance (y compris sexuelle), de pouvoir, et de chucknorrisme. Des héros façon années 1950. Avec des poils. Or, le glissement est vite fait vers un esprit de meute, de violence et de toute-puissance. Mon petit doigt me dit que c'est plutôt là-dessus qu'il faut travailler.

En effet, cette image du masculin et du féminin véhiculée au sein de la grande muette n'est qu'un miroir grossissant des dysfonctionnement dans la représentation genrée de la société civile.

Décembre 2011, poursuit le documentaire, la Cour civile rejette la plainte collective des femmes interviewées, car le viol est « un risque du métier de soldat »... Yup. Y compris par ton propre camps.

Promis, le prochain sujet sera plus léger.

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