jeudi 30 août 2012

Le piercing sur enfant deviendrait une forme de mutilation ?

Bien sûr, il n'est pas question ici de Roi Arthur (que je vous laisserais googler tous seuls, bandes de gros dégueulasses), mais bien des lobes d'oreilles. Comme de nombreuses petites filles de parents catholiques originaires du Sud, j'ai probablement eu des boucles d'oreilles avant même de me faire baptiser. Aucun souvenir des 10 secondes de douleur, et je n'ai pas pour autant développé de traumatisme m'empêchant de me tripoter l'oreille en regardant True Blood. J'ai trouvé par exemple nettement moins sympathique le moment où jeune adulte, je me suis fait poser un piercing de semi-surface au niveau du sternum, et encore moins lorsque j'ai fait un rejet. Certes, les petits bouts de chou aussi ont des terminaisons nerveuses, mais entre les dents, la croissance accélérée, les fesses qui baignent et qui grattent, ils commencent à avoir l'habitude de douiller. Soyons honnête, les tous-petits passent très vite d'une émotion à une autre. La preuve en images:



Trêve de mauvaise foi, les tous-petits aussi ont des terminaisons nerveuses. Le fait qu'ils fassent presque nécessairement confiance à leurs darons ne justifie pas toutes les décisions impactant leur corps que ceux-ci pourraient prendre. Selon cet article du Matin, l'Allemagne serait déchirée par un débat assimilant le piercing sur enfant à de la maltraitance, au même titre que la circoncision chez les petits garçons pour motifs autre que purement médicaux. 

Dans un premier temps, j'ai trouvé cet amalgame des plus douteux. Certes, sur le papier, les oreilles percées sont une modification corporelle basée sur une tradition culturelle qui peut tourner très mal en cas de complications, et la circoncision aussi. Or, dans le premier cas, il s'agit d'une modification purement esthétique qui n'influence pour ainsi dire pas la vie d'une fillette – à l'âge adulte, il y a aussi le choix de ne pas mettre de boucles d'oreilles, option que je choisis la plupart du temps ; Dans l'autre en revanche, les sensations sont durablement altérées, le gland n'étant pas aussi sensible que s'il passait le plus clair de son temps bien à l'abri dans sa capuche. Cela ne gêne pas les intéressés la plupart du temps, mais c'est tout de même un tout autre rapport à son corps. De toute façon, je suis profondément contre l'idée de modification de l'appareil génital sur des petits qui n'ont pas vraiment leur mot à dire – sur des adultes non plus d'ailleurs.

Je sais, on a dit pas touche à la religion ! Judaïsme, Islam et même certains courants chrétiens préconisent la circoncision, en rappel d'un pacte entre Dieu et Abraham mettant fin à la stérilité de Sarah. A la base explique cet article, c'était aussi et surtout un rite de passage à l'âge adulte se produisant au début de la puberté, et partant, à la nubilité masculine pour de nombreux peuples africains ou orientaux, et par la suite dès huit jours pour les enfançons israélites. Si lorsque le fait religieux s'en mêle, la circoncision renvoie avant tout à un signe d'appartenance, elle a également été plus prosaïquement une question d'hygiène ou de position sociale.

Et les oreilles dans tout cela ? Cette belle courbure délicate et sensuelle, percée et décorée d'or et de pierres précieuses ? Ce coquillage sensible aux circonvolutions charnues en valant un autre, la psychologie lacanienne, d'après Wikipédia,  renvoie sa perforation à une forme de castration – féminine, i.e. une excision. Symbole fallacieusement absolu de « l'éternel féminin » en Occident, la boucle d'oreille a eu de nombreuses significations dans le temps et l'espace. Si de nos jours, nous voyons surtout des femmes porter de tels bijoux, il n'en n'a pas toujours été ainsi (d'autant plus qu'ils furent interdits  pendant les trois derniers siècles du Moyen-Âge italien par exemple, selon Jean-Claude Bologne). En effet, les hommes n'étaient pas les derniers à faire preuve de coquetterie, à montrer leur bravoure ou leur statut social par diverses sortes de bijoux incluant la boucle d'oreille. Au Sud de l'Europe néanmoins, la boucle était parfois réservée aux parias – de ceux qui se portent du mauvais côté du monothéisme et/ou de la Morale. La perforation des lobes a été l'apanage des esclaves tout comme des puissants. Elle a été perçue comme offensant la création divine, puis comme marque de normalité - féminine encore. Suivant les familles, refuser de porter des boucles d'oreilles ou choisir cette modification corporelle en tout état de cause est avilissant.

Bref, que de significations différentes pour des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous.

Ainsi les deux phénomènes – perforation des oreilles et circoncision – peuvent se rejoindre sur le plan symbolique. Mais sur le plan pratique, la différence est tout de même énorme. Si dans l'absolu, aujourd'hui je suis bien contente de ne pas avoir eu à être consciente de la douleur – certes brève, mais tout de même – sur le papier, ce n'était pas à ma mère de décider pour moi. D'ailleurs, adolescente, j'étais furieuse qu'elle en ait décidé ainsi. Ce n'est qu'à l'âge adulte que je me suis rendue compte que porter des boucles de temps à autres était plutôt sympa. Je pense sincèrement que ce n'est pas aux parents de décider d'une modification corporelle sur leur marmaille, quelle qu'elle soit. Mais si en pratique, je suis en porte-à-faux sur ma théorie bien pensante quant aux lobes d'oreilles, qui suis-je pour m'exprimer sur des zézettes sans cols roulés?

2 commentaires:

  1. Je me suis fait percer les oreilles vers 7-8 ans et j'ai douillé. J'exagère un peu mais c'était pas un moment agréable à passer. Je n'ai jamais réfléchi au symbole que cela pouvait représenter et en fait, je n'en vois toujours pas. Pour moi, c'est juste une question esthétique.
    Il y a une différence (comme tu l'as dit) entre des mutilations sexuelles et un piercing. Se faire percer les oreilles n'a pas un rôle prépondérant dans la vie d'une femme (d'ailleurs, ma grand-mère portait des boucles d'oreilles en clip) alors que la petite fille excisée et infibulée (pas français ce mot, tant pis) devra subir cette douleur toute sa vie...

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  2. En fait, le moindre élément qui touche à la mode a une signification beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît, même si beaucoup de gens ne s'en rendent pas compte

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