vendredi 24 août 2012

Mais alors, à quoi t'auront servi tes longues études ?


A tenir ce blog, pardi !



Lorsque je terminai sciences politiques en l'an de grâce 2009, ma mère, d'origine haïtienne, donc extrêmement fière en tant qu'immigrée de première génération que la chair de sa chair atterrisse sur les bancs de l’Université, me voyait déjà vice-présidente du conseil d'administration de l'UBS, voire même à un poste prestigieux. A vrai dire, j'y avais moi-même cru une demi-seconde, en m'inscrivant dans ma faculté après avoir longuement hésité entre plusieurs autres branches inutiles, comme Lettres ou sciences sociales. Science po après tout, me disais-je naïvement, ouvre plus de portes, que diantre !




Or, les sciences politiques sont somme toute des sciences morales, reposant sur l'histoire, la philosophie, la sociologie, l'anthropologie, un poil d'économie et de droit pour faire bonne mesure, bref tout un ensemble de disciplines qui en définitive, ne rapportent pas grand'chose. Du moins, leur utilité n'est pas immédiatement identifiable face à un recruteur qui, en Suisse, aura bien 80% de chances de ne jamais avoir fait d'études autres qu'un apprentissage, mais ne s'en tire pas plus mal pour autant avec sa villa, sa BM (Audi fait tellement vulgaire) et ses vacances annuelles aux Maldives. Médecine, économie, droit, biologie, et autres branches techniques et/ou mathématiques comme la physique ou les statistiques, je veux bien, mais des gens qui réfléchissent à l'état du monde ? Mais doublevétéheffe, quoi ! C'est bon pour les rêveurs et les militants sur Facebook !


Plus grave, au sein même du monde académique, les horizons se bouchent. En Europe, comme aux Etats-Unis ou au Japon, les postes de chercheurs se précarisent. Finie la voie toute tracée permettant après un doctorat et un post-doc de devenir professeur, soit une espèce en voie de disparition. 

medias.lepost.fr

Place aux maîtres d'enseignements et de recherche sous CDD et dont la titularisation est repoussée aux calendes grecques. De plus, cette instabilité ne s'arrête pas aux branches considérées comme relevant de la masturbation intellectuelle (les sciences humaines, donc): dans une moindre mesure les sciences dures et mathématisantes – bref, celles qui nourrissent les industries de l'armement, de la pharmacologie et surtout de la finance, donc celles qui rapportent – sont également touchées. Heureusement pour ceux qui en sortent, l'insertion dans le monde professionnel est plus aisé, leurs disciplines étant souvent sponsorisées par des entreprises privées.


Parallèlement, l'accès aux études même devient de plus en plus coton : Les taxes doublent un peu partout dans le monde – c'est d'ailleurs un des rares points où la Suisse n'est pas un îlot de cherté – pour prendre des proportions astronomiques et ne laissant le choix des bonnes études qu'à une minorité d'héritiers très privilégiés – et pour faire bonne mesure, à une poignée de génies un poil fauchés. Ceci alors que dans le sud de l'Europe, les pays les plus touchés par la crise voient certains de leurs enfants quitter prématurément l'école pour aider leur famille. Je me souviens d'un professeur canadien m'expliquant comment les annuités de l'université la plus quelconque de Boston ne diffère que d'à peine 4000$ de celles des prestigieuses Harvard ou du MIT. 

www.article11.info


Or, étant en décalage complet avec le monde réel, de nombreux parents continuent à pousser leur progéniture vers de longues et coûteuses études. En France, pays des Bac+, la chose semble compréhensible, le marché du travail risquant d'être peu amène autrement. Aux États-Unis, les postes stables requièrent souvent au minimum un BA, alors que le secteur des services requérant un personnel sous-qualifié et payé au lance-flammes explose. Sur nos monts quand les enseignants annoncent aux écoliers un brillant avenir, ils ne s'adressent en général qu'aux voies préparant au baccalauréat (VSB). Les 70% restant seront de mornes employés de commerce pour les VSG (niveau médian) et éventuellement agents de voirie, s'ils s'accrochent, pour les VSO.

Pourtant, dans le monde réel, le mec de VSG qui s'est contenté d'un apprentissage a de fortes chances d'être le supérieur du titulaire d'un Master qui atterrira sur le marché du travail 8 ans plus tard, et sans expérience. Les métiers manuels de plus en plus délaissés finissent par payer mieux et avoir plus de débouchés que ceux nécessitant une formation académique. Il y aura toujours plus besoin d'emplois productifs, d'électriciens, de bouchers ou de maçons que d'analystes, de managers et autres membres de « l'élite de la nation » (appellation officielle des élèves de VSB de la 7e au Master par leurs pédagogues). 

Il y a certes besoin de tout pour faire un monde. De collaborateurs scientifiques autant que de plâtriers-peintres, mais peut-être pas dans les mêmes proportions. Il est plus que temps de revaloriser auprès des jeunes et surtout de leurs parents les voies non-académiques. 


Bref, ce matin mon petit orteil s'est mangé un meuble et maintenant, je boude.

4 commentaires:

  1. Oooh oui...
    A moins d'avoir fait partie de 28 associations différentes durant ses études, d'avoir papa ou maman bien placé dans la sphère sociale, dur de percer après un master.

    Mais, bon, bien encadré, ça fait joli au wc.

    RépondreSupprimer
  2. Valà, ou simplement bosser à Zélig et/ou Sat'

    RépondreSupprimer
  3. CQFD : quitte à bouffer des patates aux nouilles, autant faire quelquechose qui nous éclate.

    RépondreSupprimer
  4. Je te suis farpaitement. Une amie du frangin est sortie diplômée en biochimie pour finir vendeuse dans un centre commercial car elle ne trouvait pas de job... J'aurai du faire ébénisterie et pas prof', je l'savais...

    RépondreSupprimer