jeudi 23 août 2012

Mon corps m'appartient?

De tous temps, le corps des femmes (mais aussi des hommes, on va y revenir) a été modelé, façonné par ce que les canons de beauté imposaient selon le temps et l'espace. Ainsi, Margaret Yalomi nous apprend qu'au 14e siècle, un bon sein était en gros un téton encadré par une légère boursouflure – dont le potentiel érotique était naturellement balayé par sa fonction première de garde-manger. Ce mouvement d'accordéon quant à la taille des roberts s'est poursuivi avec un à deux retours de balancier par siècle. Par la suite, tout comme pour la mode vestimentaire, le rythme a commencé à s'accélérer. Les Anglaises de la première moitié du 19e se devaient d'avoir de la bonne grosse loche alors que la mamelle se voulait petite pour les Françaises sous Napoléon et les Japonaises de l'ère Meiji. Dès l'ère victorienne les courbures des Britanniques de la bonne société devaient garder des proportions raisonnables : Les pis abondants étaient d'un vulgaire ! Que de chemin parcouru, hein? Dès le milieu du siècle écoulé, tout le monde se mit d'accord : place aux pastèques ! Et attention, hein, les hautes, les fermes, les rondes ! Pas les ovales, ni même, après 1990, les pointues. Les grenades, pamplemousses, pommes, abricots et autres fruits plus petits qu'un melon sont malvenus dans le fantasme masculin tel que décidé par les normes en matière de pornographie.

Puisque le corps des femmes est nettement plus exhibé que celui des hommes (qui sont aussi des objets sexuels, et pas seulement pour d'autres hommes, mais je développe davantage cette question ici), et puisqu'il s'agit presque toujours d'un certain type de corps plantureux et sans cellulite (des cyborgs, quoi), la femme, que l'on définit encore davantage par son corps plutôt que par son esprit (en allant en boîte, j'ai plus souvent entendu « 'y a de la chatte » que « 'y a de la teub », mais bon) a toute latitude pour psychoter sur son physique et son écart gaussien à la norme meganfoxienne.

Bien entendu, la normalisation du corps féminin ne s'arrête pas ici. Au milieu du 20e siècle, l'imagerie pornographique commença à se démocratiser. Or, qui dit grand tirage, dit standards. Après les pare-chocs, les teu-chas, jusqu'ici plutôt bien cachées à l'exception notable des origines du monde, un tableau du début du 20e s. qui fit sensation (sans mauvais jeu de mot), commencèrent timidement (porno soft) puis franchement à s'exhiber. Certes au départ, les pitchounettes se cachaient chastement derrière un rideau de poils – l'épilation se pratiquait néanmoins déjà au Moyen-Âge chez les courtisanes en Occident, et par toutes dans les cultures musulmanes ; C'est une forme de torture esthétisante qui s'est perdue pendant les quelques siècles de dichotomie entre mamans et putains, ou les premières se devaient, en Europe, de laisser leur minou tel que Mère Nature l'avait dessiné. Or, au fil des vidéos professionnelles, il s'est avéré que ces mêmes poils bloquaient le paysage, s'humectaient – et d'aucuns ajouteraient aussi qu'il s'agissait de se préserver de nos amis les morbaks, mais ceci reste à vérifier.

Une fois la toison partie, reste encore une zone à pacifier (au sens diplomatique du terme, à savoir napalmiser) : La vulve. Voui, M'sieur-dame, des femmes complexent sur leur vulve, comme cet article sur Madmoiselle le démontre. Je ne parle même pas de l'intérieur qui se doit d'être mui caliente, étroit et selon les cultures, humide (occidentale) ou sec (orientale), mais bien de la forme en elle-même.

Et cela fut un sérieux choc : Les mutilations génitales féminines ne sont pas l'apanage de cultures arriérées qui jettent la sexualité féminine aux orties sous couvert d'une religion qui n'a jamais demandé une chose pareille. En Australie, en Arabie saoudite, en Suisse, des femmes se font refaire l'intérieur pour plaire davantage, et d'autres se font retrancher ce qui dépasse à l'extérieur pour des raisons esthétiques.

Ô.o

Ben oui hein, c'est que Jeanine, dans les pornos soft, a une vulve toute mignonette, imberbe, sans clito ni petites lèvres apparents. Nette et sans bavure. Jeanine ressemble à une gamine de 8 ans, tout en restant sévèrement boobsée et avec 1m74 au garrot. Faudrait surtout pas que Jeanine ait une sexualité menaçante. Non parce que si Jeanine-la-pute prenait son pied, franchement, que resterait-il du fantasme ? Cachez cette vulve que je ne saurai voir !

(surtout si elle ressemble à ça)






iYallom, Margeret. 2010. Le sein, une histoire. Paris : Galaade.

2 commentaires:

  1. Enfin tu offres ta brillante réflexion à la face du monde!! Un plaisir de te lire, j'adore le ton.
    Je suis fort aise d'apprendre que j'aurais été une bombe à l'ère Napoléonienne. :)

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  2. Merci beaucoup! après trois ans de réflexion, il était temps de me lancer. Sinon j'ai un scoop, tu restes une bombe même maintenant!

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