jeudi 27 septembre 2012

Elle est pas noire, elle est métisse !

Immanquablement lié à la question bountienne, le degré de mélanine dans l'épiderme. Cette problématique est moins présente aux Etats-Unis, où 1/64e de « sang noir » dans les veines d'un individu suffit à transformer ses 63/64e restants d'ascendance hispanique, caucasienne, asiatique, et j'en passe, en 64/64e – pour être tout à fait honnête, c'est plutôt l'ascendance caucasienne qui disparaît une fois contaminée par une des autres origines précitées. Jusqu'à l'adolescence, je pensais la façon de désigner la négritude beaucoup plus « objective » et moins raciste par chez nous. En même temps, je croyais aussi que Charlie Chaplin était le frère de Charlot Kolmes.

Dans les Antilles et en Europe, on parle plus volontiers en degrés. Genre Barack Obama n'est pas noir, il est métis. N'empêche que quand des poupées à son effigie sont sorties, elles étaient aussi sombres qu'auraient pu l'être des jouets à l'effigie d'Omar Sy. Quand on pense Obama, on se dit « intégration », car il a quand même bien réussi, ce petit Négrillon, hein Doudou ? N'empêche que le président américain est aussi à moitié blanc. En l’occurrence, parler de métissage en faisant référence à Obama est plus qu'exact, puisqu'il est effectivement né à Hawaï, avant de vivre en Indonésie puis de travailler en tant qu'avocat à Chicago. Métissage culturel en plus de celui de la peau. Néanmoins, si l'on on veut être précis, pour de nombreux Noirs, l'homme est mulâtre.

En Europe, et surtout aux Antilles, en effet, on distingue volontiers entre Mulâtres, Quarterons, Octavons, Griffes ou Câpres – on notera ici que seuls les degrés de métissage dont l'africanité correspond à plus de 50% ne sont pas désignés par des fractions de négritude. Ces fieffés Chamites doivent être trop paresseux pour apprendre les maths. En fait, cette façon de catégoriser n'est pas beaucoup mieux, quand bien même elle n'est pas aussi franchement manichéenne que le point de vue US. Étymologiquement, le mot « mûlatre » dérive de mulet, soit le rejeton stérile de deux races – donc forcément incompatibles ; Le mulet est donc une aberration de la nature, au même titre que le métis caucasien-africain ou Sookie Stackhouse. Raciste en anglais, le terme est sensé être neutre en français, quoique de moins en moins usité sur le continent européen – naturellement il a de quoi en faire tiquer plus d'un. En revanche, en espagnol sud-américain, il ne pose aucun problème, étant encore plus parfaitement entré dans les mœurs, que le mot «chaussure».

Combien de fois n'ai-je pas entendu quand j'étais petite le fameux elle-est-pas-noire-elle-est-métisse. Et pourtant, je ne suis que le produit d'un mulâtre et d'une câpresse. Etant d'origine antillaise, j'ai entendu ces termes assez souvent pendant la première moitié de mon existence lorsque je visitais ma mère, sans que cela ne me fasse autrement tiquer. J'étais vaguement gênée quand elle expliquait à une de mes connaissances angolaises au teint nettement plus sombre  que j'étais plus jolie et valais mieux parce que j'étais plus claire – ou comment inciter les autres enfants à disperser façon puzzle la chair de votre chair en 10 leçons. Je tiens à relever que je valais mieux essentiellement parce qu'elle était une quiche à la fois au Scrabble et à Tekken. Quand j'ai commencé à me rendre compte qu'il y avait une vie au-delà de Samurai Jack, j'ai enfin compris que ces « classifications objectives » avaient une histoire, liée à l'esclavage, et qu'elles n'étaient pas si neutres que cela – Quand l'africanité descendait en-dessous de 50%, la situation et le statut étaient sensés être plus enviables : les Métis vivaient dans la maison du maître, mais étaient méprisés à la fois des Blancs et des Noirs (mettons sous cette appellation ceux qui ont plus de 50% de sang africain) ; les Noirs se faisaient exploiter pour des travaux plus physiques – et parfois même par les Métis.

Même à la fin du 20e siècle, le statut des Métis n'était pas toujours confortable. Il y a toujours cette part à la fois de mépris et d'envie – d'envie, car faut-il le rappeler, Beyoncé a toujours été la beauté de Destiny's Child, pas Kelly Rowland ; de mépris parce que faut pas déconner, c'est pas des « vrais » Noirs, ces sales traîtres qui savent pas choisir leurs parents. De plus, les Métisses doivent subir le fameux « je-peux-toucher-tes-cheveux ? » que nous détestons toutes à la fois des Caucasiens et des Noirs.

Enfin et surtout, subdivisions ou non, le Métis est considéré dans les pays riches comme un Noir à part entière, même dans la Francophonie européenne où les termes désignant les différents échelons existent. Sisi. Pendant ce temps dans les Îles, un mulâtre est facilement vu comme caucasien, l'étant tout de même à moitié.

L'année ou Halle Berry et Jamie Foxx ont tous deux reçu l'Oscar des meilleurs acteurs femme et homme, ils étaient tous les deux noirs. Et qu'importe si l'une est nettement plus claire que l'autre. Mariah Carey doit également être considérée comme noire, car apparemment l'arrière grand-oncle de son petit-cousin par alliance était quarteron du côté de sa mère. Lorsqu'un magazine de beauté (européen ou américain) s'adresse aux Noirs, à moins d'être réellement destiné à un public antillo-africain, il s'adresse en général exclusivement aux peaux et cheveux métis – 3a ou b et dépassant rarement le 3c quand les 50%+ tapent plutôt allègrement en 4a, b ou c, soit des besoins très différents – et très rarement aux Noirs dont le phénotype consiste entre autres en une peau plus sombre et à des cheveux crépus.

Pour continuer, les Antillais sont nécessairement métissés – ne serait-ce qu'entre les différentes ethnies africaines trimbalées de force dans les îles. Néanmoins, il peut arriver assez facilement sur la Toile de tomber sur des commentaires plutôt dénigrants d'Africains du continent à l'égard des Caribéens – non parce qu'encore une fois, ce ne sont pas des vrais Noirs, i.e. ce ne sont pas des Africains. Par souci d'équité, rétablissons que des Antillais leur rendent volontiers la pareille. Comme quoi la connerie ne se dilue pas au fil des brassages de population.

2 commentaires:

  1. ... Ce qui m'a beaucoup, mais alors beaucoup fait rire, c'est ta conclusion ^^

    Merci pour cet article, moi brave petite Caucasienne (pourtant une arrière-grand-mère quarteronne, sisi, mais depuis que la grand-mère, sa propre fille, a déclaré que c'était faux, tout le monde s'est empressé d'y croire) (bref) je me rends peu compte de tous les questionnements liés à la couleur de peau (et y'a pas à dire, quand tu ne t'es jamais posé la question, tu ne sais pas comment nommer le fait que quelqu'un a la peau plus sombre que la tienne sans avoir peur de passer pour raciste, alors que tu ne l'es pas une seconde). Du coup j'apprends. C'est chouette.

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  2. Merci héroïque sauvageonne!

    Bah oui, c'est pire qu'une maladie vénérienne, c'est une tare sans nom. c'est fou, à voir des photos de toi sur ton blog capillotracté, je n'aurais jamais cru. en même temps, du côté maternel on a aussi renié complètement l'ascendance néerlandaise - ce que personne ne remet en question non plus :D.

    Après, je pense que tant que tu évites le terme "bronzé" (ou même "nègre", mais ca, tu t'en doutes) tu n'as pas grand chose à craindre. Faut juste rester en français ("black" est un terme qui me soule prodigieusement)

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