vendredi 7 septembre 2012

In gode we trust

Je vous assure que j'ai d'autres sujets de préoccupation, mais j'aime autant faire le tour du sujet et passer à autre chose aussi radicalement que Rihanna change de coupe de cheveux. Avant de commencer, je tiens à attirer l'attention sur le fait que les liens de ce billet peuvent renvoyer à des sites qu'il vaut mieux ne pas consulter sur votre lieu de travail. De même, ce n'est peut-être pas le type d'article à mettre sur le mur du neveu de 12 ans.

source www.motifake.com

Ceci dit, commençons joyeusement à râler sur ce triste monde tragique.

En ce moment, je lis pas mal de bouquins d'histoire des mœurs, donc forcément, un sujet me taraude la moindre. Celui que nos amis geeks appellent le pr0n. Je mentionnais déjà dans un précédent article que la pornographie n'était jamais qu'un miroir grossissant de la société. C'est ce qui va au-delà de l'érotique montrable. C'est l'ineffable, l'obscène. Autant de sujets ou d'images dont les limites se déplacent suivant le temps et l'espace.

Ainsi en Europe, où l’Église a longtemps eu un réel pouvoir sur tout le continent, le blasphème appartenait au domaine de l’obscénité. Quand Sade veut bien cesser de torturer ses personnages pendant cinq minutes, c'est pour leur faire lâcher un chapelet d'imprécations impies. La Religieuse de Diderot, hérésie au siècle des Lumières a beaucoup perdu de son potentiel érotique et scandaleux à l'aune laïcisée d'un XXIe siècle où l'image explicite est de mise, et où les gamins de ma cour d'immeuble ont appris avant moi ce qu'est un bukkake

 
Source: http://jesuisunevraiefille.tumblr.com/

Bref, la pornographie, c'est quand on touche au tabou. Et c'est donc en cela qu'elle est très révélatrice des relations sociales. Au Japon, où la pire insulte envers un homme, « yarô », signifie homme bestial, non civilisé (pour une femme il s'agit de « busu », soit laideron, tout un programme), l'obscène se cache dans la pilosité – et aussi quand même un peu dans les génitoires.

Nancy Huston rappelait qu'en Europe, la diffusion de masse de la littérature-qui-ne-se-lit-que-d'une-main date à peine du milieu du siècle passé. Une décennie plus tard, l'image commençait à prendre le relais, soit avec des romans-photos, soit encore un peu plus tard, grâce au 35mm. Or, une fois que les maîtres censeurs ont perdu leur autorité absolue, la seule différence entre l'art et la perversion, entre Justine et le journal intime d’Émile Louis, ne résidait plus que dans le style. Ontologiquement néanmoins, la distance est minime. Globalisation oblige, même les fantasmes s'uniformisent, notamment le fantasme japonais du viol, rapport à la séquence d'intro du dernier Tombraider qui a fait Paul et Mickey. Certes, il s'agissait de malmener un personnage emblématique du jeu vidéo pour le fun, mais comment dire, ressusciter pour de bon la franchise de Sonic ne passerait sans doute pas par un gang bang inter-espèce perpétré par Mario, Donkey Kong et Link.

Puis deux phénomènes concomitants se développèrent : la libération des mœurs et l’émergence de la société de l'image. Cette dernière, nouvelle, largement accessible et répréhensible jurait prodigieusement avec l'ancienne société de l'écrit, vénérable, esthète, et surtout, moins abordable. Et donc, à partir du moment où les femmes – et pas seulement les prostiputes – ont commencé à avoir des chattes, le porno, mettant joyeusement les fists dans le plat, a légitimement pu croître et se multiplier.

Mais naturellement, il y a un piège.

Soyons clair, les pornos actuels ne s'adressent pas (ou du moins très peu) à un public féminin. Celles-ci regardent la caméra qui simule le spectateur, et tout se passe sur la base de la pénétration au nom d'un besoin de complétude de la choupinette si cher à Freud, même les scènes sensées se passer entre lesbiennes, afin de lui permettre (à lui) une meilleure immersion. Et prière à ces dames de jouir bruyamment, l'hyperpuissance masculine devant être reconnue (en même temps, puisqu'il s'agit de vendre du rêve...), à moins que ce ne soir pour renforcer le tabou de la jouissance féminine en elle-même. Pis, même quand un effort est fait pour s'adresser aux femmes, ce serait exclusivement chiant cérébral. Soit une façon de dire que le corps des femmes ne leur appartient pas vraiment, que leur jouissance ne peut être mécanique, mais uniquement intellectuelle. Elles n'ont pas à s'approprier ce corps aux courbes délicates, étant avant tout objets, et pas vraiment un sujets. Cette histoire de libération des mœurs a avant tout permis aux hommes de s'éclater sans culpabiliser. C'est déjà pas mal, mais ce serait nettement mieux sans ce bon vieux double standard, où les hommes ont une zézette, et les femmes sont comme Barbie : du plastique, des proportions hallucinantes, mais un champs lisse au niveau de l'entrecuisse.

Pour enfoncer le clou, mélange des genres oblige, la publicité récupère de plus en plus ce terrain. Autant pour Aubade (dont les campagnes sont souvent décriées), il est plutôt logique de ne pas montrer de femmes en anorak, bien que le cadrage, en excluant la tête des modèles, élimine leur qualité de sujet, l'alibi du noir et blanc rappelle l'objet d'art. En revanche, la plupart du temps, force est de constater que la femme reste plutôt objet de consommation courante: la quasi-nudité, les poses lascives ou le substitut d'éjaculat (marrant comme la cyprine est rarement suggérée) ne se justifient pas toujours aussi bien (boissons, mobilier, voitures, ou racolages de voix en période électorale, etc.). Ainsi, si comme le montre cette dernière publicité le corps masculin commence à s'érotiser – et pas uniquement pour un public masculin et homosexuel – le sexe, comme l'appelait Charles Perrault, désigne encore essentiellement le genre féminin. Ah, on me souffle dans l'oreillette que c'est de l'humour. Ultra-éculé, mais il n'empêche. Si c'est de l'humour, il n'y a rien à redire

Niveau épanouissement sexuel, l'éternel féminin hésite entre deux options : pute ou soumise. Autrement dit, l'affrontement entre la vertu, la pureté, la mère ; et la pécheresse, la tentatrice, la putain. En 5000 ans d'histoire, il n'y a pas vraiment eu de position intermédiaire. Dans le même livre, Nancy Huston remet les points sur les i, les barres sur les t et les queues dans les q : en fait, la mère est la putain. Les femmes ne sont ni à mettre sur un piédestal, ni à traîner plus bas que terre. La femme est un homme comme les autres. Na ! L'insulte « sa mère la pute » serait donc tautologique.

Maintenant, est-ce que les hommes sont responsables de tout ? Bien sûr que non : certaines femmes adhèrent à des représentations du monde en termes d'infériorité/supériorité pureté de la femme/besoin naturels de l'homme et autres chitte en boule du même acabit. Sans aller jusque-là, il y a encore une forte culpabilisation sur celles qui osent déclarer aimer le sexe. Certaines n'ont même jamais regardé leur propre pitchoune – même si j'ose espérer que les générations XY ont désormais cette curiosité sans pour autant ressentir le besoin de la mettre sur FB. J'ai souvenir d'une copine de classe qui, lorsque nous avions 15 ans, m'avait affirmé que l'auto-titillage de berlingot était profondément mal.

  
Source: http://jesuisunevraiefille.tumblr.com/ 

Je ne dis pas que l'égalité doive nécessairement passer par une désinhibition complète des vies sexuelles féminines. Si la quasi-totalité des femmes que je connais adorent le personnage de Samantha Jones dans Sex in the City, peu d'entre elles désireraient ou assumeraient son mode de vie – ne serait-ce que pour se reproduire ou vivre à deux.

Certains auteurs regrettent que l'avancée vers une égalité des genres en passe aussi par la sexualisation de tous les corps humains. Je ne suis pas de cet avis (pour autant qu'ils aient plus de 18 ans, on est bien d'accord, les strings pour fillettes ne sont vraiment pas mon trip). A partir du moment où nous vivons dans une société de l'image, ce glissement vers une désacralisation du corps devenait presque un passage obligé. Le fait que les hommes aussi deviennent gentiment objets de fantasme signifie reconnaître un droit aux femmes hétéros au désir et à la jouissance – quoique ces objets masculins s'adressent souvent à un public tout aussi masculin.

Ceci dit, ce n'est que dans un registre érotique soft que l'homme peut être considéré comme un jouet pour la femme. Les produits plus hards restent éminemment conservateurs à cet égard. Dans le « rêve » vendu par cette industrie, il est de bon temps qu'elle reste à sa place : à la cuisine, sous le plombier. Puisqu'on vous dit que des films de ce genre s'adressant au cerveau reptilien des dames ne marcheraient pas !

1 commentaire:

  1. Jolie réécriture.
    Un bémol cependant. Avant de crier au loup et à l'apologie du viol, on vérifie ces sources.
    Je cite une partie de la réponse de Joystick face aux accusations de Mar_Lard : "Par où commencer ? Déjà par rappeler qu’il n’y a pas de viol, ni de tentative de viol, ni même d’agression sexuelle dans Tomb Raider. Une évidence que nous sommes contraints de repréciser, après avoir lu quelques tweets invraisemblables. Par ailleurs, le mot « viol » n’est employé qu’une seule fois dans notre article, précisément dans une phrase expliquant qu’il n’y a pas de scène de viol dans le jeu. Il n’y a évidemment aucune « apologie du viol » dans notre article. Pas plus qu’il n’y a de citations telles que « le viol, c’est génial », phrase que l’on nous a prêtée de manière arbitraire et fausse."

    Deuxième chose, l'expérience du jeu... que j'ai fait en entier. Et si Lara se fait malmener par les habitants masculins, à aucun moment elle ne se fait violer. Tout au long de la saga, c'est elle l'héroïne, la battante, celle qui fait avancer l'histoire. Elle commence comme une "frêle" créature qui doit survivre dans un milieu masculion et hostile mais au fil de l'histoire, elle s'endurcit et parvient à s'en sortir. Même si au départ, elle a un mentor qu'elle recherche, attention spoiler, ce dernier meurt et elle va même dépasser ses attentes.
    De plus non, on a même une inversion du cliché de la femme dans le congèlo, puisque ce ne sont pas un mais deux *attention spoiler* hommes qui vont se sacrifier pour lui permettre de mener sa quête à terme.
    Pour moi, Tomb Raider est même un jeu féministe !!!!
    Ce u'il faut mettre en cause c'est le choix de mots et les comparaisons malheureusement douteuse de Joystick.

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