dimanche 2 septembre 2012

On ne naît pas Noir, on le devient

Parce qu'il faudrait quand même au moins un article en rapport avec le nom de ce blog. Commençons donc avec un peu de sociologie élémentaire :


- Qu'est-ce que deux Noirs qui dorment dans un sac de couchage ?
- Un Twix.

- Qu'est-ce qu'un Noir avec une cerise dans le cul ?
-  Un chocolat MonChéri. 

Et si on veut continuer dans l'analogie subtile et de bon goût, le Bounty est noir à l'extérieur et blanc à l'intérieur. C'est celui qui rejette ses racines et se comporte-comme-un-Blanc. Un traître. Un peu comme un Chinois nul en maths. Quelqu'un qui se croit supérieur aux autres membres de son peuple. Oui, parce qu'encore une fois, la Noirie est un pays membre de l'ONU et il n'y a jamais eu de conflits entre les différentes ethnies à peau foncée.



N'ayant pas vraiment vécu avec ma mère, mais essentiellement entourée de Français ou de Suisses, typiquement, j'entre dans cette catégorie car je n'ai pas les mêmes codes de conduite que d'autres membres de ma famille élargie. Par exemple, j'ai vécu dans un petit village montagnard où je devais être la seule Noire, puis dans un autre village un peu cossu où la population chamitique atteignait bien les cinq individus. Donc, bien sûr, je suis complètement européanisée. Ne connaissant pas le créole, et à ma grande honte, n'ayant qu'une connaissance limitée de l'histoire de mon pays d'origine, forcément, je n'allais pas m'inventer une culture que je n'ai pas. Par la suite, la plupart des Africains et/ou Antillais que j'ai rencontrés ne m'intéressait pas trop (Mon amie d'enfance, également haïtienne, est partie aux Tazunis quand on avait 10 ans, et je n'ai jamais été aussi proche avec d'autre Re-noi pendant des années), tout simplement parce que mes centres d'intérêts différaient totalement : J'étais très Charlotte Brontë, Chopin et poneys ; Les gamins de mon entourage étaient très cigarettes, bastons et bitures (ouais, si jeunes - et toutes origines et couleurs de peau confondus qui plus est). Après, c'est simple, à partir du lycée (fréquenté, lorsque j'y buvais le Savoir au goulot, par un maximum de 30% des jeunes en âge d'y être), les autres Noirs ont tout simplement cessé d'exister (quand j'ai obtenu mon Master, la population noire du campus, toutes facultés confondues, avait augmenté de 100% par rapport au début : Nous étions huit ! Sur 8'000 quand même... avec un prof et deux doctorantes). Donc sur les cinq restants, la probabilité de tomber sur son ou sa futur/e BFF était plutôt faible. Donc ouais, j'ai un côté élitiste, je l'avoue volontiers, j'irais griller sur une plage de sable blanc, tout ça, mais il ne s'appuie pas sur le critère de la couleur de peau; Je serai tout aussi dédaigneuse envers un autochtone qui n'aurait pas la lumière à tous les étages.


Source: someecards.com

Par contraste, mon frangin – beaucoup plus jeune que moi – par exemple, a tout autant grandi en Suisse, mais avec ses deux parents antillo-africains, tous deux immigrés de première génération. Bon même s'il utilise de temps à autres des termes un peu chelou pour désigner l'ethnie caucasienne, pour lui, l'Afrique est un pays ; de plus, elle est même un peu moins réelle que sa map sur Call of Duty. Pour Haïti c'est pareil. C'est une île qui tremble et se mange des typhons de temps à autres, mais n'a pas besoin de centrale nucléaire pour mettre en danger sa population : Celle-ci se débrouille très bien toute seule (cette définition est parfaitement injuste, Haïti produisant en effet un rhum qui est aux spiritueux ce que la Mac Chouffe est à la bière). Bref, pour résumer, mon frère est une ganache, brun de partout. Il ne viendrait à l'esprit de personne de le qualifier de Bounty. Même s'il a grandi ici, ne parle que français (éructe vaguement l'allemand et baragouine à peu près le texan grâce à notre merveilleux système d'apprentissage des langues), a des amis sponsorisés par la version wesh de Benetton, et ne dédaigne pas l'idée de sortir avec une Blanche, lâché seul dans une forêt tropicale, il se débrouillerait aussi bien que Paris Hilton à un tournoi de Scrabble.



(Bon il reste mignon tout plein, hein, c'est mon frère quand même).


Alors qu'est-ce qui nous différencie ? Nous n'avons pas du tout grandi dans le même milieu, certes, mais je refuse de croire que le fait de faire des études, somme toute pas si compliquées, fasse de qui que ce soit un Bounty. Cette idée est même complètement ridicule. Si le Bounty est simplement un enfant de Cham nettement plus influencé par la terre, européenne, où il a grandi, le premier Ouèche Keu-bla venu l'est tout autant que moi. Si le « vrai Noir » est un prolo qui aura douillé et trimé toute sa vie, je ne peux pas être d'accord. Ça, c'est une victime d'un système social injuste, mais ceux qui ne vivent pas cette situation ne sont pas des Blancs-à-l'intérieur pour autant. Ce ne sont pas les esclaves officiant dans la maison du maître. S'il reste encore de profondes cicatrices, la situation n'est pas comparable. Et si la hiérarchie entre Noirs voulait bien cesser, mulâtres, métis, Africains, Antillais et j'en oublie très certainement ne s'en porteraient pas plus mal.

En fait, avant de me connaître, certaines personnes s'imaginent que je suis un produit de la maison Mars Incorporated, car en plus de péter plus haut que mon cul, je suis une indécrottable timide. Beaucoup sont directement agressifs avec moi, dès qu'ils comprennent que potentiellement, j'atteindrai un poste de cadre à un moment donné et ne stagnerai pas en tant qu'infirmière payée au lance-roquettes dans une maison de retraite aux conditions de travail épouvantables. Aussi, se mettent-ils parfois sur la défensive. En général, n'ayant pas envie d'argumenter très longtemps dans ce genre de situation – je ne vais tout de même pas m'excuser d'avoir eu de la chance dans la vie – je m'en vais quand toute discussion devient absolument impossible. Et c'est à ce moment-là que ma qualité de Bounty est pour eux confirmée. Du moins, est-ce ainsi que je l'imagine.




T'façons, dans ma tête je suis une Elfe japonaise.




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