dimanche 28 octobre 2012

James bond, homme battu

Il y a un peu plus d'un mois, Sir Roger Moore défrayait la chronique en dévoilant ce qu'un homme ne doit jamais dire : il fut victime de violences conjugales dans deux de ses mariages. Un homme de sa stature, l'incarnation de James Bond. Battu. Hihihi, c'est rigolo ! A se rouler par terre...

Le fait est que quand on pense violence conjugale, l'image qui vient à l'esprit est celle d'un enfoiré tabassant une femme. Après tout, il s'agit de l'écrasante majorité des cas déclarés. Mais la violence féminine à l'égard de leur conjoint peut également exister, et malheureusement, elle est trop souvent balayée par l'idée qu'une femme ne peut physiquement pas s'en prendre à un homme. Puis c'est si facile: au fond, Monsieur n'a qu'à partir, et/ou lui en retourner une (et s'il n'est tout simplement pas violent, et de ce fait, incapable de blesser celle qui l'agresse?). Et ne plus voir ses enfants, et être décrédibilisé par rapport à sa famille, ses amis, parfois même professionnellement. Et les vraies, seules, et uniques victimes de la société patriarcale sont les femmes, tout le monde le sait.



Les hommes subissent également le modèle du mâle alpha, surtout s'ils ne s'y conforment pas. Symboliquement émasculés, ils deviennent moins qu'humain. Puis s'il leur arrive des bricoles, c'est qu'ils l'auront bien cherché. Pourtant, réduire les femmes à un pauvre petit animal sans défense et profondément pacifique est extrêmement sexiste. Badinter rappelle à raison que « la violence n'appartient pas qu'à un sexe, mais à l'humanité » (cf lien ci-dessous Temps Présent, 30-31e mn). Egalité même dans la médiocrité.

Puis les victimes de violences conjugales, femmes comme hommes, sont souvent rongées par la culpabilité, trouvent des excuses à leurs bourreaux/bourrelles et se trouvent facilement face à une grande détresse psychologique et matérielle en cas de fuite du domicile conjugal. Cela peut entraîner une « volonté de maintenir l'inacceptable », comme l'explique une victime de telles violences dans le reportage de l'émission Temps Présent du 13 mars 2008 (53e minute). Ce malgré le rabaissement continuel, la culpabilisation et la honte perpétuels subis par les victimes des deux sexes.

La violence conjugale, quelle que soit sa forme, doit absolument être combattue. Des solutions pour les victimes comme pour les bourreaux (qui sont suffisamment faibles pour se laisser dominer par leurs pulsions) doivent être proposées et accessibles. Pendant longtemps, les femmes battues ont du faire le poing dans la poche, pendant qu'elles en recevait un dans la gueule. Finalement, cette forme de violence a été reconnue et est condamnée, bien que la victime ait souvent un énorme prix à payer. 

La violence envers les hommes, en revanche, ne sera pas reconnue tant que ce cliché inébranlable du mâle alpha comme unique possibilité de la masculinité sera portée aux nues. Parfois, le féminisme passe aussi par l'égalité dans la médiocrité.


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