mercredi 17 octobre 2012

Le Temps – à l'aune d'une perspective purement nombriliste, naturellement

Près de trois semaines ont passé depuis mon dernier billet. Sachant que ce blog a été créé en juin et n'est réellement actif que depuis fin août, j'ai un peu honte quand même. Mais juste un peu. A vrai dire j'ai été emportée par une montagne d'éléments chronophages, comme des formations continues ou la préparation d'entretiens d'embauche (hélas infructueux), et une petite baisse de régime (il faut bien l'avouer), rapport au fait d'avoir 29 ans et de restée vautrée dans une situation économique, professionnelle, immobilière et sentimentale précaire; au pays des vaches violettes, où tout le monde il a des sous, ça fait un peu tâche, quand bien même de nombreux nouvellement anciens djeunz' sont dans la même situation. 


Bref, je n'ai tout simplement pas eu le temps de venir céans. Ou plutôt pas pris le temps. Car le temps n'est pas quelque chose que l'on possède, mais quelque chose qui s'aménage. Et quelque chose qui aime bien disparaître, alors qu'on était sûr d'en avoir laissé un peu de côté – un peu comme la petite monnaie au moment de régler son chaï lait très sucré, à l'heure de pointe, au bar à thé de la gare de Lausanne, qui n'accepte bien évidemment pas les cartes de crédits. Qu'on l'utilise ou non, cette saleté (le temps, donc) se glissera donc dans l'invisible petit trou de la doublure de ta doudoune (parce qu'après cinq années de résistance à cette mode horrible, ton petit corps sexy et délicat a décidé un hiver qu'il en avait marre d'avoir froid, quitte à sacrifier ton style posho-décadent), sans que tu n'y prennes garde.

Sur le papier, on devrait avoir le temps de faire des choix, le temps de se tromper, le temps de recommencer, puisque justement, on vit de plus en plus longtemps. Dans la vie, telle n'est pas toujours l'impression qui ressort. Paléobovinoderme avant l'heure, je ne peux m'empêcher de me comparer aux récents gradués qui, eux, ont réussi à décrocher leur premier poste intéressant dans un domaine qui leur plaît et/ou pour lequel ils sont formés alors que je me burnoutais dans une boîte qui usait jusqu'à ses dirigeants – et qui accessoirement officiait dans le domaine du Mal, ce qui fait qu'en plus de me bousiller la santé, j'ai dû balancer une bonne quinzaine de décharge de chevrotine sur mon karma – entre deux périodes de recherche d'emploi. Mais "le roseau est toujours plus vert dans lemarais d'à côté" chantait le Sage.

En fait, pendant longtemps, je me suis trompée de rêve. Ou plutôt, j'ai bâillonné mes envies pour rediriger mes rêves vers un monde, plus rationnel, qui ne me correspondait pas vraiment. Me disant que j'aurais le temps de me réorienter vers cette idée plus tard. J'ai adoré mon domaine d'études, et ne reviens pas là-dessus, mais plus le temps passe, plus je me dis qu'une autre formation ne m'aurait pas offert d'échappatoire, et j'aurais effectivement continué à poursuivre ce rêve premier, plutôt que d'essayer d'entrer dans les pompes d'une femme en tailleur Chanel à la vie bien rangée. Une femme raisonnable. Il a fallu que je me mette dans un sale état pour me rendre compte un an plus tard que le Royaume de la Raison ne convient pas à tout le monde. Presque à croire que j'ai perdu mon temps.

Etant pratiquement arrivée au bout de ma reconstruction émotionnelle – sur le papier, encore une fois – je me suis rendue compte que l'avenir m'effraie. La Suisse a pourtant été jusqu'ici relativement épargnée par la Crise, mais puisqu'il paraît que seuls Singapour, les Îles Caiman, Jersey et le Maine ont le droit de piquer les sous d'autres pays, il se pourrait que les caisses de l'Etat se vident sensiblement à moyen terme. Alors oui, je sais, les Grecs ou les Espagnols se traînent des casseroles autrement plus terribles, mais, égoïstement, m'entendre dire que des gens mourraient de faim ne m'a jamais aidé à finir mes petits pois.

L'avenir, disais-je, m'effraie tel le hérisson en goguette soudain incapable de bouger face à la roue avant droite d'un semi-remorque lancé au grand galop sur l'autoroute par une nuit brumeuse de novembre. A vrai dire, ce qui m'a ainsi terrifiée est plutôt le rouleau compresseur du réajustement de valeurs, cette nouvelle vision du monde qui te fait dire stop ! Là, tu te trompes de route. Ça ne marche pas. Et c'est pas grave, parce que tant que tu as un but, tu ne te laisseras pas couler (pour les dépressifs profonds, gardons espoir : trouver un but est déjà un but en soi). Ce qui m'a ainsi bloquée si longtemps est le fait que je ne me suis pas écoutée. Cette année passée à cogiter n'a donc pas été du temps perdu, car j'ai appris de mes erreurs. Beaucoup. Et je me connais mieux. Je sais à présent qu'il faut savoir suivre ses tripes.

Ce qui m'effraie réellement, comme l'a très justement relevé une amie (au demeurant très talentueuse qui, elle, a eu le courage de poursuivre son rêve), n'est pas vraiment l'avenir, mais plutôt le présent. Cette situation de merde que l'on vit jusqu'au début d'une nouvelle étape, celle où on comprend désormais mieux qui on est, et surtout de quoi on est capable. Mais cette situation qui pue du slip justement est un passage obligatoire, celui où on ramasse des munitions pour latter la gueule du mec ayant bloqué la roue du destin en position « pourrie » jusqu'à ce qu'il change d'avis. Cette amie, donc, me disait « L'avenir c'est ce que tu en fais, et même si les choses continuent à être difficiles, chaque petit pas que tu feras, chaque minuscule motif de fierté personnelle, t'éloigneront du milieu de la route, et un jour tu te retrouveras bien à l'abri dans la forêt en train de gambader ».

Puis tout à coup, je me suis rendue compte que j'avais déjà entendu un discours à peu près similaire, dans la bouche du pape des pommistes.



Il faut donc laisser le temps au temps. Garder confiance. Et croire en soi.

2 commentaires:

  1. J'ai fait le choix de suivre ma passion mais ça ne m'empêche pas d'en être au même point que toi et d'être en plein dans la préparation d'un dossier d'aide sociale. Si j'avais choisi d'être ingénieur, là c'est sûr j'aurais du boulot. C'est parfois difficile de garder confiance quand on galère depuis trop longtemps.

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  2. Je ne dis pas que c'est facile, mais en même temps, être en galère d'argent ET se rendre malade à un boulot que l'on hait n'aide pas franchement non plus à garder confiance en soi. Au moins tu fais quelque chose que tu aimes. Je te souhaite tout le courage du monde, et j'espère que tu vas finir par décoller

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