mardi 30 octobre 2012

L'inné, l'acquis, les femmes, les maths et les poneys

Il y a fort fort longtemps, dans un autre monde, alors que je fréquentais encore les bancs du gymnase (lycée), je mourrais d'ennui aux cours de physique. Le prof que j'avais faisait partie de cette engeance qui pensait que fille = littéraire = inutile de lui expliquer un problème qu'elle n'aurait pas tout à fait compris. Par ailleurs, afin d'être sûr que plus où moins tout le monde ait la moyenne, la moitié de l'évaluation annuelle de son cours portait sur des tests avec des vraies questions du type combien de pommes reste-t-il si je balance une ogive nucléaire à protons liquides tombant à une vitesse de 3G sur un train reliant Zurich et Bâle et qui doit en croiser un autre à un moment T ; l'autre moitié se basait sur la façon dont nos cahiers de notes étaient tenus. Du coup, j'avais simplement 2,5 de physique (sur 6, même si ça reste une sévère plantée, c'est toujours mieux que 2/20), entre mon dédain total pour la matière d'un prof qui n'a pas vraiment envie d'enseigner aux 2/3 de la salle, mon écriture de gynécologue (les pires parmi les écritures de médecin ; je le tiens d'une pharmacienne) et ma terrible propension à dessiner des bouts d'anatomie humaine dès que j'ai 2 cm2 de disponibles, il n'y avait tout simplement rien pour me sauver. Pour ce prof, non seulement j'entrais dans sa statistique de fille = quiche en sciences dures, mais en plus je devais avoir un côté garçon manqué, car mes cahiers étaient aussi soignés qu'un origami exécuté par le Capitaine Crochet sous ecstasy (en même temps, je rattrapais avec la biologie et la chimie, où les enseignants étaient justement ça : des enseignants enseignant).

Parce qu'après tout, il est reconnu que les femmes développent des compétences pour les matières touchant au langage et la communication (sans oublier les bébés et les poneys) pendant que les hommes sont nés avec un compas dans l’œil, un super-calculateur à la main et parlent couramment l'algébrique, le python et le vulcain. Ce n'est d'ailleurs pas la campagne de pub orchestrée par la Commission européenne pour la relève scientifique féminine qui va à l'encontre de ces clichés à deux francs :

Science : It's A Girl Thing. Notons filles hein, et pas femme.


Non parce que des femmes en sciences, c'est pas sérieux. Ça défile, ça déconcentre ses collègues masculins qui, eux, font du vrai boulot, bref, à part chier des licornes et des poneys, ça sert à rien. D'ailleurs, elles le disent et le pensent souvent d'elles-mêmes : les maths, c'est pas fait pour elles, les hommes sont plus doués, et autres chittes en boule du même acabit. De plus, elles sont souvent très peu encouragées lorsqu’elles choisissent ces branches dites techniques, comme le dépeint cet article de Slate.fr.

Dans pratiquement tous les pays, cette division se retrouve. Parfois c'est avec un bonus : les petites filles ne sont tout simplement pas envoyées à l'école, parce que ça ne sert à rien. Vaut mieux qu'elles s'occupent de la maison et des champs, parce que sortir de la pauvreté absolue, c'est pas pour les gonzesses. En Europe, Aux États-(Dés)Unis, au Japon ou en Corée du Sud, cette dichotomie profonde cerveau droit/gauche homme/femme semble profondément naturelle.

Dans pratiquement tous les pays, mais pas tous. (A lire très vite et pratiquement sans respirer) Top ! Je suis un pays qui a connu des bouleversements démographiques de grande ampleur pendant le 20e siècle. Profondément tourné vers la sur-compétition à tous les niveaux, ma politique de l'enfant unique ne laisse aucun espace pour se vautrer dans quelque domaine que ce soit et pousse mes ressortissants à driller leurs enfants afin qu'ils excellent en tout, et fassent briller leur prestige. Pays d'Asie, le plus peuplé de la planète jusqu'au milieu du 21e siècle où l'Inde me dépassera sans mouiller la chemise, je suis, je suis, je suis ?

Beh oui, en Chine, la question du sexe de son enfant se pose (avec pour résultante un terrible déficit de femmes dans la population, vu que les licornes et les poneys sont tout de même très surannés au pays du dragon), mais savoir si la chair de sa chair sera polyglotte ou matheux/se, non : il/elle sera les deux, et la chose est considérée comme normale.


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