mercredi 28 novembre 2012

Le Dit du Cuissot

Histoire de remettre l'église au milieu du village. Encore un billet sur la sexualisation des corps féminins, mais cette fois, je laisse de côté la dimension hautement sexiste de ces représentations. Déjà parce que j'en parle un peu ici ; que Marlard a profondément développé cet aspect dans cet article; Enfin et surtout, parce que j'avais tout simplement envie de pousser un simple coup de gueule, sans masturbation intellectuelle, dans la catégorie sus à la psychose autour des hanches !

Il y a quelques semaines, au cours d'une discussion sur un forum, une copine, au demeurant mince et sportive, fit une déclaration qui me fit bondir : elle se plaignait d'avoir je cite, un « souci de fesses un peu trop J-Loesque et le haut des cuisses trop charnues ». Jennifer Lopez. Avoir un pétard comme le sien serait donc source de complexes (WTF inside). Naturellement, je l'ai gourmandée – la copine, donc ; Je n'ai pas envie de me faire rétamer par 4 gardes du corps plus larges que hauts.

Quitte à n'être qu'un objet (puisqu'encore une fois les femmes ne sont pas des êtres humains, mais tout juste des annexes à l'humanité, par définition masculine), autant rentrer dans le moule. Force est de constater que les créatures aux fesses rebondies et aux cuisses charnues constituent la quasi-totalité des héroïnes de BD et de dessins animés. Il s'agit donc de corps stylisés, ultra-idéalisés et destinés le plus souvent à alimenter le fantasme d'hommes hétérosexuels. Le 20e siècle a consacré l'affinement des silhouettes, entre autres par l'apparition des congés payés, l'invention du sport (comme discipline à part entière, par opposition au simple exercice) et la disparition des vêtements trop rigides. Malgré cela, l'arrondi des hanches reste une part non négligeable de l'attrait que provoque les objets de sexe féminin lorsque leur corps est composé par un Homme de sexe masculin (que ce soit sur palette graphique, papier, ou Photoshop). Y compris pour des personnages extrêmement musclés comme (Jean Grey / Marvel Girl ci-dessous) de X-Men.

Betty Boop (1930)





Jean Grey / Marvel Girl / Phoenix (2005)




Même dans la sphère vidéo-ludique, et au-delà de la question de la femme-objet (par définition chimérique), des personnages comme Lara Croft (au début de sa carrière d'archéologue en levrette) ou Isabella Valentine (Ivy) ne sont pas qu'une paire de nichons ridiculement proportionnés : elles ont aussi du jambonneau, et l'as de pique qui va avec.

Alors certes, tout au long du siècle passé, la sur-érotisation du corps (parfois très) mince, devenu unique modèle d'attirance légitime nous a éloigné de formes plus généreuses, comme celles des Trois Grâces de Rubens.

Rubens les trois Grâces (1639)



Mais de là à dissoudre minceur et surpoids dans le terme « rond », et de ce fait, se créer des complexes qui n'ont pas lieu d'être, il y a les Fosses Mariannes. Si on tient absolumenet à faire entrer les gens dans des cases, autant que ces cases soient à peu près correctes. Beyoncé est callipyge, pas empâtée, et encore moins ronde, bien qu'elle ait des formes. On ne peut néanmoins pas désigner sa corpulence avec le même vocable que pour celle de Gabourey Sidibe. N'ayons pas peur des mots, comme Marguerite Poussine le relevait sur ce billet. Avoir des rondeurs ne signifie pas nécessairement être rond. Rond signifie gros. Gros n'est pas une insulte, ni un vilain mot. Du moins pas plus que myope, bouclé ou norvégien. Je ne crois pas que tout le monde soit esthétiquement beau, mais à mes yeux, l'élément déterminant en la matière n'est pas la corpulence.

Beyoncé Knowles



De plus, les photos sont souvent trompeuses, comme cette vidéo, en anglais non sous-titré l'indique (à 2'06, mais l'entier de la vidéo vaut le détour). Pour les non anglophones, l'impression d'être plus épais sur une photo par rapport à la réalité découle du fait que le passage de la 3D à la 2D altère la silhouette en créant l'illusion que la chair s’aplatit. C'est la raison pour laquelle les mannequins sont si maigres : moins le squelette est enrobé, moindre est cette distorsion.


Il est vrai que les personnages féminins plus adipeux (et souvent plus âgés que les jeunes héroïnes à la taille de guêpe, histoire de bien faire comprendre que la surcharge pondérale te rendra irrémédiablement infertile, donc imbaisable) se voient généralement affublés d'une sexualité soit inexistante, soit grotesque – voire effrayante – notamment chez Disney.

Un exemple de sexualité ridicule serait la danse vaguement érotisante d'Ursula dans la Petite Sirène (1989) (il serait intéressant de se demander dans quelle mesure l'hypersexualisation de ce personnage n'a pas été inspirée du bestiaire pornographique japonais, du Rêve de la Femme du Pêcheur (1846)  aux tentacles hentai actuels ) (non, je ne mettrai pas de lien).


Selon Georges Vigarello, Rubens et ses contemporains commençaient déjà à changer de regard sur les chairs débordantes, en distinguant entre formes en poires (traduisant un tempérament excessif, alangui, paresseux et immoral) ; et en pomme, connotée positivement et synonyme de force, vigueur – on n'était encore qu'à un tout petit siècle du formidable Gargantua et de ses festins éponymes. Notons que les femmes ont naturellement tendance à stocker la graisse dans la région du bassin, et les hommes, au niveau du ventre, mais cela n'a certainement rien à voir avec cette typologie.

Ursula est d'ailleurs le seul personnage féminin de Disney dont la graisse se porte au niveau du ventre, et dont la taille est peu marquée. Cette forme de pomme, masculine, renvoie au garçon manqué devenu hommasse dont les ambitions démesurées doivent être poignardées à coups de bateau (sic).

En contrepartie à l'exemple de la vilaine executive woman, célibataire et outrageusement séductrice, l'absence totale de sex-appeal des bonnes fées au foyer et autres substituts de maman-esclave reflète bien le malaise que ces corps opulents provoquent dans notre société.


La sexualisation de ce corps-là, celui qui maximise la surface de caresses, est encore à (re)faire.


4 commentaires:

  1. Merci pour cet article très instructif et bien documenté ! Comme ta copine, je complexe sur mes fesses et mes cuisses et c'est bon parfois de se voir remettre les pendules à l'heur ! ;)

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  2. Comme d'hab: excellent! De l'art de mettre les points sur les i, de manière claire, argumentée, et drolissime... Merci! bises! Mary

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