mardi 22 octobre 2013

A ma Muse

Nous avons passé 5 années sous le même toit. Nous sommes devenus adultes ensemble. Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas, comme dans toute relation. Tu t'es moqué de mes cheveux et moi de ton Poil-Tout-Seul sur la pomme d'Adam. Je te parlais sauce pour accompagner le poulet, tu me parlais dispersion de curry dans une solution saline. Tu me parlais de la valeur nutritive comparée des lentilles rouges turkmènes ayurvédiques par rapport aux pousses de bambous macrobiotiques cultivées tous les 28 du mois par des moines ouzbeks vierges; je te parlais marketing des boîtes de céréales où les femmes ne sont jamais représentées parmi les animaux anthropomorphiques habitant les paquets pour enfants, habituant cefaisant les mioches à considérer le masculin comme la norme et à gommer le féminin.

On s'est engueulé à cause de cette saloperie de Notre Dame de Paris qui n'aurait jamais été érigée sans une mystique symbolique et religieuse OU si les Français n'avaient pas voulu frimer face aux Anglais. La question n'a jamais été tranchée.

Tu m'achetais aux noix de cajou et je t'amenais des figues au compte-goutte. Tu aimais la simplicité. J'aimais le baroque. Tu m'as envoyé des images de chatons mignons et je t'ai fait découvrir le Joueur du Grenier, Antoine Daniel et autres Usul. J'ai appris le valaisan et tu parles mieux français.

Puis est arrivée cette longue période où tu t'es retrouvé sans emploi à longuement réfléchir sur ta vie pendant que je me débattais dans la boîte qui allait me conduire au burnout, puis à la dépression. C'est le moment où notre rêve de nous expatrier au Japon ensemble s'est effondré. C'est aussi le moment où tu as enfin réussi à décrocher une place de doctorat en science folle et où je me suis retrouvée dans la position presque inverse : sans emploi, à enchaîner stages, cours et ETS dans l'espoir abscons de surclasser Joss Whedon en écriture scénaristique et à exploser le record mondial de solitaire.

Je dépérissais alors que tu t'épanouissais enfin. Tu as essayé de me remonter le moral, souvent maladroitement, à contre-emploi, avec brusquerie, sans comprendre réellement ce qui se passait. Puis le contact s'est fragilisé. La communication s'est brisée. Je n'arrivais plus à avancer. Et il m'a fallu partir. Il t'a fallu me faire déguerpir. Un grand changement qui sera peut-être le déclic d'une nouvelle vie me permettant de grandir à mon tour, plutôt que rester à tourner en rond en reproduisant sans cesse les mêmes erreurs.

Tu as été un amour pendant cette cohabitation. Tes sifflements joyeux, mais faux, vont horriblement me manquer. Tu restes une personne importante dans ma vie et je ne veux pas t'oublier. Tu restes un ami cher que j'espère recroiser au détour d'un matcha latte avec lait de soja, sans sirop de maïs.

Je te souhaite d'avancer, mon cher adorable Vieux Machin.

Prends soin de toi.

Et laisse-moi quelques noix de cajou.


Source: www.gifdrole.com


mercredi 18 septembre 2013

Le jeu des pitches

Il y a de fortes chances que tu aies vu circuler cette fausse conversation où l'intrigue du film Le Monde de Nemo est présentée de façon détournée.



Je viens de regarder un film où l'épouse d'un mec se fait assassiner et son fils en reste handicapé. Ironiquement, ledit fils se fait kidnapper et le mec traque le kidnappeur sur des milliers de kilomètres avec une meuf handicapée mentale; Oh, c'est quoi ce film?; Le Monde de Nemo

En restant sur la même idée, voyons si tu trouveras les films correspondant aux pitches suivant :

1. C'est l'histoire d'une meuf qui a failli coucher avec son frère, mais comme ils ne sont pas allés jusqu'au bout, il est un peu frustré. Après il fait exploser une étoile.

2. C'est l'histoire d'un grand-père qui amène ses petits-enfants dans un parc d'attraction et ça failli mal tourner.

3. C'est l'histoire d'un prince japonais qui devient vegan.

4. C'est l'histoire d'un schizophrène qui se fait tuer par une araignée.

5. C'est l'histoire d'une araignée qui souffre du syndrome de Munchausen par procuration.

6. C'est l'histoire d'une bande de quatre potes schizophrènes et d'un chien.

7. C'est l'histoire d'un voleur qui se trouve catapulté à la tête du gouvernement.

8. C'est l'histoire d'une soldate qui tue son neveu dans l'espace.

9. C'est l'histoire d'une pieuvre qui se fait tuer parce qu'elle a fait du plagiat.
























Réponses :

1. Star Wars

2. Jurassic Park

3. Princesse Mononoke

4. Spider-Man

5. Coraline

6. Scooby Doo (ils sont quand même 4 à discuter avec leur clebs)

7. Raiponce

8. Alien 4 : Résurrection

9. La Petite Sirène

lundi 16 septembre 2013

Le coup de la panne

J'ai un rythme de publication aléatoire. Il m'arrive d'avoir de la peine à écrire. Ce n'est pas complètement une question d'inspiration, non. A chaque fois que je lis un livre ou un article, découvre une nouvelle série ou un nouveau film, discute avec des amis ou dans des coins sombres avec des gaillards en trench coat, de nouvelles idées éclosent dans mon esprit. Seulement, au moment de conclure, il ne me reste souvent plus qu'une demi-molle. Mon esprit manque de lybrido. Et surtout, surtout, il me trahit. Perte de motivation, perte d'énergie, perte de concentration, tels sont les trois tares qui m'ont tenue absente de ce blog pendant l'été. Bon, Downton Abbey et Ultimate Spider-Man y étaient également pour quelque chose. Et accessoirement des recherches d'appartement infructueuses et une situation professionnelle déprimante qui s'éternise.

L'écriture demande mine de rien une certaine discipline, même lorsqu'il s'agit de raconter des âneries sur un pigeon fou. Il s'agit de maintenir l'arc, le souffle, l'âme de son récit, du début à la fin. Il m'est très difficile de rester concentrée plus de trois secondes d'affilée. Ne serait-ce que parce que la moindre démarche me fait automatiquement penser à mes autres soucis sentimento-immobilio-professionnels. Mes écrits fictifs sont également en berne, même si les dragons caractériels n'ont pas grand'chose à voir avec ma décision d'imposition.

En plus, mon style d'écriture est déjà un peu baroque en temps normal (j'y travaille, mais je suis encore très loin d'un style fluide et facile à lire) (et j'aime les parenthèses) (trop) (je pourrais faire un billet presque entièrement à base de parenthèses), alors il part très vite en testicouille en cas de chépaskejite aiguë.

Et pourtant, tu es là. Depuis le départ ou nouvellement arrivé-e. Merci.

Des bisous.


dimanche 15 septembre 2013

Licornes, féminisme et schizophrénie


Quand tu es féministe, quand tu es anti-raciste, quand tu es écologiste, quand tu es « bien-pensante », il est attendu de toi une cohérence parfaite : Tu dois être Bisounours jusqu'au bout. Sans quoi, l'entier de ton discours n'est qu'une vaste hypocrisie qui doit être jetée avec l'eau du bain. Et la petite bête sera traquée sans relâche par tes connaissances décomplexées.



Tu te dis féministe, mais amatrice d'un univers rétro 1950's en sachant que cette période n'était pas trop trop branchée girl power ? Féministe, mais gothique en permettant à Ninon et Charlotte de s'exposer joyeusement au balcon ? Tu sacrifies des poneys vierges chaque soir pour que Zalando propose un jour des escarpins Charlotte Olympia à prix abordable ? Tu es plutôt cupcake, coquette, et le rose ne te colle un urticaire galopant que si et seulement s'il t'es imposé de part ta fonction de femelle – en-dehors de cela, tu aimes ce rouge diaphane? Tu t'adonnes à des fantasmes / pratiques BDSM tout en étant parfaitement consciente de l'extrême violence symbolique (misogyne tant que misandre) que ces jeux comportent ? Pire, tu aimes certains films de Polanski-qu'a-violé-une-gamine-de-13-ans-mais-elle-faisait-plus ou tu te laisses à écouter tes vieux albums de Noir Désir les soirs de pleine lune ?

Ben tu vois, t'es pas féministe, t'es une putain de sale raclure hypocrite et menteuse.

Genre, t'es ce type de licorne



Puis franchement, avoue, c'est sympa les blagues sur les Kosovars. Même que t'en as raconté une hier qui a bien fait rire toute ta clique de bobos cyniques. Donc bon, les beaufs que tu snobes si aisément, les spectateurs-de-TF1-sur-qui-tout-le-monde-vomit, finalement, tu ne vaux pas mieux. Alors tes grands discours sur l'égalité des droits et des chances, sur l'environnement, sur l'industrie pharmaceutique, sur le Moyen-Orient, tu te les carres bien profond pendant que je me fais plaisir en m'envoyant la dernière vidéo de Soral. Oh, et va baiser un coup. Un mec. Sale gouine. T'en profiteras pour t'épiler.

Sauf que, les féministes, les anti-racistes, les bien-pensants-qui-font-suer-tout-le-monde sont humains (sisi), et partant, ont aussi leur domaine d'intolérance. Moi, c'est les gens qui roulent des pelles à leur chien alors que tu es en face d'eux à la terrasse d'un café. Tu sais que viendra le moment où tu devras leur faire la bise.  Il y a aussi les anti-spécistes, spécistes envers leur propre espèce (des spécistes bienveillants ?), et tenant absolument à l'équation Magdo=Auschwitz. La chaîne de fast food symbolise bon nombre de problèmes socio-économiques ne tournant pas rond dans notre société: obésité, OGM, circuits de production aberrants, cuisine moléculaire digne d'un roman de Stephen King (la fabrication des burgers rose fluo avant cuisson ou des « frites » me laissent songeuse); Or, que je sache, elle ne cherche pas à rayer les bœufs, les porcs ou les buns imputrescibles de la face de la planète parce qu'ils ont un gros pif, bouffent les enfants et sont responsables de la crise financière, économique et sociale actuelle. Et puis, les Baobabs. Surtout les Baobabs.

Sauf que ce discours manichéen assez commun parmi les Bisounours-Killers cache en fait un besoin de justification, d'approbation et de légitimation de leur(s) idées décomplexées ou mal-pensantes. Si j'arrive à prouver que tu es bidon avec tous tes grands discours sur les licornes copulant joyeusement avec des dauphins au solstice d'été dans le Triangle des Bermudes, cela légitime mes discours réalistes et lucides sur les femmes, les pédégouines et les étrangers.

Ouais, sauf que ma licorne est pote avec Batman



La porte est alors ouverte à tout discours nauséabond, du masculinisme au racisme, en passant par tous les -ismes que la haine et l'égoïsme, sentiments amplement humains, peuvent impliquer. Ces sentiments étant naturels, toute personne luttant contre eux ferme forcément les yeux sur la véritable nature humaine. A ce titre, le Cinéma est politique fait une merveilleuse analyse du discours anti-PC en prenant pour exemple l'excellent film Carnage (quand je te disais que j'étais schizophrène : les dialogues étaient excellents, mais le message, à vomir).

Certes, la haine, l'exclusion, sont humaines, voire animales. Mais l'humanité, à mes yeux, c'est aussi chercher à s'améliorer. C'est aller plus loin. C'est comprendre ses faiblesses, et développer des mécanismes pour les dépasser. C'est du moins la forme d'humanité à laquelle j'aspire. Puis l'altruisme n'est après tout qu'une forme extrêmement subtile d'égoïsme. Évidemment, se cantonner à ses bas instincts, sa quête de puissance, assurer ses privilèges réels ou supposés en défendant un statu quo faisant l'impasse sur des idéaux bien-pensants, comme la justice sociale, la durabilité et autres fantasmes de bobos, est beaucoup plus rémunérateur en termes immédiats. Et surtout beaucoup moins frustrant : c'est que les causes de Bisounours exigent un travail de longue haleine, contrairement à la perpétuation de l'ordre établi, qui ne demande qu'une simple reproduction et un bashing impitoyable de tout élément le défiant.

Ce discours bobos VS lucides révèle en fait deux visions de l'humanité : l'une optimiste, pensant que l'être humain est une créature capable d'améliorer la société dans laquelle il vit ; l'autre pessimiste, dans laquelle il n'est qu'un effroyable connard dans un monde où la raison de l'effroyable connard le plus puissant restera toujours la meilleure.

Et depuis le début de l'Histoire, des périodes progressistes succèdent aux périodes obscurantistes, en cycles d'une à deux générations.

On n'est pas rendus.

lundi 29 juillet 2013

Aaaaargneuh

Après m'être ligaturée les trompes avec un trombone et un couteau à pain, je suis descendue de la montagne sur mon cheval (panoramique, faut pas déconner quand même) pour me remettre péniblement de mes émotions. Je savais que travailler avec des enfants n'était pas du tout un choix de carrière qui me correspondait. C'est un choix que je respecte profondément, mais ces deux semaines de colonie ont eu raison de mon stock de patience et des mes poumons jusqu'au 26 juin 2014. Et de ma voix. Et de ma santé (angine-otite avec un départ de bronchite qui n'a pas été aidé par le fait que j'ai repris la clope, comme tu l'avais déjà compris. Mais quand je dors pas, je tombe malade, c'est aussi automatique qu'un antibiotique).

Alors oui, il y avait des moments de choupitude absolument dantesque qui ont fait fondre mon petit cœur de glace, comme Simba1 qui m'a offert un papillon rose en plastique (très important le papillon, surtout venant d'un entomologiste de six ans et demi) ; de Patty, incroyablement débrouillarde pour un petit machin de sept ans – davantage que la plupart des grands de douze ans trop cools pour participer à quoi que ce soit ; de Murphy, le petit con qui essaie d'être plus grand que le bœuf tout en cachant un grand amour de la danse ; d'Ophelia aux éclats de joie purs et cristallins et dont l'idée de la subversion consiste à chanter les deux premiers vers de Frère Jacques au micro alors que les monos viennent de déclarer aux enfants que c'est gentiment l'heure d'aller faire chier Morphée ; de Gaëlle, six ans et demi, dont la diction vaut à peu près celle d'une Yolande Moreau complètement bourrée après une partouze avec des lamas ; du grand et facétieux Edgar à l'humour débordant, pour ne citer qu'eux.

Il y avait aussi les gros psychopathes, comme Norman qui a tenté d'arracher la trachée de plusieurs de ses petits camarades avec une pioche dans leur sommeil ; Hanibal qui tapait sur à peu près tout ce qui avait été vivant un jour, y compris les innocentes planches d'un chalet sans défense ; Choupette qui n'avait pas trop conscience de ne pas être seule au monde rapport à la façon dont elle envoyait valdinguer les enfants voulant un rab' de poulet-frites. Sans compter l'équipe éducative qui se posait là quand même en matière d'accouplement avec des ours après avoir éviscéré des poneys vierges sous la pleine lune.

Bref, le peu d'énergie que la canicule avait daigné me laisser fut impitoyablement pompée et depuis je reste éveillée par tranche de quinze minutes. Je te dis pas comme c'est pratique pour rattraper le retard de lessive abyssal. Alors pour écrire à nouveau, c'est un peu coton. On se verra en août, si Youtube veut bien me rendre un quart d'hémisphère gauche d'ici-là.

Oui, Youtube est un chat.


Source: http://robthedoodler.deviantart.com/art/Zombie-Kitten-Loves-Brains-262665342

1 Les noms sont bien sûr modifiés

vendredi 19 juillet 2013

Le Woot en clan

Dans un précédent billet, je te racontais comment un Genghis Piaf avait décidé d'entrer en guerre contre moi. Répondant au doux nom de Woot, cette sale bête avait décidé de braire – oui, je suis tombée sur le seul pigeon témoin de Jéhovah mal huilé imitant à la perfection l'âne en plein acte de reproduction – par tranche de 2h de 5h du matin à minuit. Voici l'histoire d'une confrontation, façon Chansons populaire de l'ère Showa de Ryû Murakami.

Woot était né entouré de plastique. Son nid natal avait été amoureusement construit par ses parents à l'intérieur d'une tour d'ordinateur délestée des composites polluants ayant un jour fait la fierté de leur propriétaire. Si son premier son mot fut un piou tout mignon, son premier bruit fut une espèce de crissement. En effet, chacun de ses gestes était ponctué d'un woot, comme s'il portait une crinoline brodée de cordes vocales de crécelles. Les parents de Woot l'aimèrent néanmoins suffisamment pour le nourrir, lui apprendre à voler et dégager lorsque Woot atteint l'âge adulte.

Pendant ce temps, deux humains vivant en colocation dans l'appartement adjacent au balcon où la tour de Woot était posée se mordaient les doigts d'avoir craqué sur les mignons pitits œufs de pigeons. Qu'il était naïf d'avoir espéré que les bébés pigeons, comme tout bébé animal qui se respecte, étaient aussi choupi qu'un licorneau (il faut bien donner un nom au poulain de la licorne) – plutôt aussi ragoûtant que Frigide Barjot vêtue uniquement d'un Pampers en latex rose fuchsia chantant son discours haineux lors d'un concert de black metal. Bref, ce n'était ni beau à voir, ni à entendre. Lorsque Woot, adulte, amena sa dulcinée sur le balcon et la montait allègrement en prenant soin au surplus de faire tinter les barres métalliques de la rambarde, l'humain femelle prit une décision : les résidus de petits pois devaient dégager. N'écoutant que son courage, une nuit de pleine lune, elle pris une bouteille vide en PET et fit valdinguer du dinosaure. 


Source: http://omgpost.com/birds-sparta.html

Les dinosaures en question étant dotés d'ailes, ils se contentèrent de se poser sur le lampadaire érigé une vingtaine de mètres plus loin, d'attendre de ne plus voir de silhouette de primate en station bipède et de revenir s'envoyer en l'air sur le balcon de la discorde. Mieux, petit à petit, ils s'amusèrent à narguer les faiseurs de crotte solide, se dépêchant de meugler jusqu'à ce que la porte-fenêtre séparant les deux habitations s'ouvre. Dès que les bipèdes cloués au sol étaient en mesure de les virer, ils se mettaient juste en-dehors de leur portée, attendant patiemment que le froid pousse ces géants à rentrer se terrer derrière les fenêtres. Un jeu de pigeonneau.

L'humain mâle dormait habituellement d'un sommeil de plomb. Pourtant, une nuit de printemps moins glaciale que les précédentes, sa fenêtre ouverte le laissa goûter les rugissements orduriers des sales bêtes. Pour la première fois, il comprit ce que sa colocataire à l'ouïe fine entendait par concert nocturne de brachiosaures castrats pour malentendants. L'humain femelle n'était plus seule dans sa lutte. Dotée d'un coloc et de la force combinée des Internets, elle était désormais dotée du savoir et de la puissance nécessaires à l'expulsion de ses ennemis.

Un jour, les pigeons commencèrent à empiler des brindilles dans le coin du balcon où les tours gisaient autrefois. Supplice de Sisyphe que les bipèdes s'amusaient à rallonger en détruisant leur proto-nid deux fois par jour. Finalement, profitant de l'absence des humains pour cause de festival-cuite-gueule de bois, les piafs parachevèrent leur œuvre architecturale. Entre les tas de guano, un nid était apparu. Les pigeons s'étaient installés pour de bon.

Après avoir décuvé son vin, la femelle humaine découvrit la vision d'horreur : Sur le balcon, un nid. Dans le nid, un piaf. Sous le piaf, des œufs. « Saloperie de pigeons », dit son ami Google, « je vais t'aider à t'en débarrasser ». La femelle humaine se servit d'un parapluie en fin de vie pour faire déguerpir sa Némésis aviaire et se saisit des œufs. Premières victimes. Première étape.

Alors toi, au fond, qui me jetterait la pierre pour avoir détruit des œufs sans même les avoir mis au composte, que fais-tu de tes araignées / limaces / petits frères ?

Les pigeons n'étaient pas contents-contents, mais décidèrent que le balcon restait tout de même un endroit sûr pour continuer de tenter de perpétuer leurs gènes. Après deux jours d'errance, ils revinrent, plus dopés aux hormones de Lara Fabian que jamais.


Source: http://talkingxena.yuku.com/reply/384462/countdown-to-10-000

Mais les humains n'en avaient pas terminés. Google leur expliqua que si les voisins de l'immeuble d'en face avait disposé une farandole de CDs, ce n'était pas uniquement pour faire joli. La chose semblant plus simple et moins onéreuse qu'adopter une buse, prédatrice naturelle de l'oiseau maudit, ils installèrent donc une guirlande anti-pigeon qui se révéla efficace pour tous les membres de la gent aviaire sauf deux : ceux dont ils tentaient désespérément d'éradiquer de la surface de leur balcon.

Le pigeon est un animal territorial. Où il naît, il crèche. Woot revint accompagné de ses bramantes, de ses fiantes et de ses crissements.

Ne restait aux colocs qu'une solution : au sacrifice de la vue plongeante sur les immeubles et le cimetière avoisinants, ils décidèrent d'installer un filet. L'humain mâle se colla à la tâche, puis récura le balcon.

Woot et sa compagne essayèrent bien de revenir d'un tonitruant flap-flap, mais ce fut cause perdue. Ils abdiquèrent leurs prétentions au trône du 4e étage et s'en furent à l'étage supérieur, peuplé d'enfants, de sarbacanes et de pistolet à eau. Les colocataires s'en satisfirent, avec 40 décibels en moins, leur vie redevint tolérable.


Source: http://frenchcinema4d.fr/showthread.php?73563-Photo-de-famille-2011-2012

Mais un soir, dans un coin sombre, on raconte que Woot assis sur un siège, caressant la tête d'un chat de ses affreuses pattes rouges pendant qu'Hans Zimmer dans un coin dirigeait un quatuor à cordes se retourna brusquement. Certainement le signe d'un nouvel opus.


mardi 16 juillet 2013

Un livre, un péché

C'est l'été, l'heure des billets plus frivoles, aussi succombé-je au plaisir de relever le challenge de l'été que propose sur son blog une copine rencontrée dans une ruelle obscure et sombre des Internets. Ouvrant son trench coat beige, elle me proposait de m'entraîner dans les méandres étourdissants du stupre et de la luxure en proposant le défit suivant: Lire trois ouvrages traitant chacun d'un péché capital.

N'écoutant que mon courage, mon premier choix porta sur l'orgueil, avec le meilleur roman que j'ai lu depuis le début de l'année, à savoir, Chansons populaires de l'ère Showa de Ryû Murakami – aucun lien, il est fils unique. A l'instar de son collègue et contemporain Haruki, Ryû Murakami est un auteur à succès au Japon. Idéaliste, mais pessimiste, il brosse dans la quasi-totalité de ses romans un portrait au vitriol de la société japonaise, portrait qui peut néammoins souvent se transposer aux sociétés occidentales.

Le récit suit tour à tour deux groupes antagonistes : d'un côté, une bande de jeunes hommes complètement à la ramasse ascendant Beavis and Butthead. De l'autre un club formés de femmes s'appelant toutes Midori (vert en japonais).

Et vertes elles sont effectivement, lorsqu'elles découvrent qu'un de ces hommes avait tué l'une d'entre elles sans motif apparent.

Pourtant, ayant perdu à feuille-caillou-ciseaux, donc désigné Sam de la soirée, il fut contraint de  rentrer seul et sobre, ce qui justifie et explique le meurtre de Midori qui avait eu l'audace de mettre une robe blanche. Faut pas déconner quand même. 

Une des Midori restantes le traque et la venge. Ce à quoi la bande de paumés répond par un nouveau meurtre, prélude à une nouvelle vengeance. S'ensuit une escalade qui n'est pas sans rappeler la culture du dernier mot dans laquelle nous nous inscrivons. C'est à qui pissera le plus loin dans un délire hilarant d'absurdité. Ce livre – qui passe le Bechdel test – devrait être une lecture obligatoire pour les étudiants en Relations Internationales.

Murakami tape là où ça fait en mal, insistant sur l'individualisme extrême d'une société où la communauté est pourtant sensée primer sur l'individu (la première personne à trouver le cadavre de la première Midori n'appelle pas la police car elle craint de tâcher son chemisier blanc – puis elle avait rendez-vous un mec, il y a des priorités dans la vie) ; où des amitiés de façade, sans partage ni écoute se fondent sur des bases purement cosmétiques ; où la camaraderie s'exprime par la violence ; où l'absence de liens sociaux pousse à la folie.

Jouissif, délirant, excellent, et, comme souvent chez Murakami, plus profond que ce que la débauche de violence laisse entendre. Un régal hélas trop vite englouti.


vendredi 12 juillet 2013

Cloud

Aujourd'hui, j'ai envie de parler ciné. De Cloud Atlas, en l'occurence. En gros, Tom Tykwer et le clan Wachowski nous ont pondu une espèce de Lola Rennt qui aurait bouffé Inception qui aurait bouffé the Matrix. Les Wachowski restent fidèles à leur thème de prédilection, à savoir, la révolte contre un pouvoir injuste et corrompu. C'était déjà le cas dans leur premier long-métrage Bound, qui contait l'histoire de deux jeunes femmes détruisant le baron de la pègre à qui l'une d'elles appartenait. C'était le aussi le cas de Matrix, où la révolution se faisait contre des machines. Rebelote avec V for Vendetta. Ne restait plus qu'à adapter un livre inadaptable traitant du même sujet de 6 façons différentes.



Bound : le genre de film à regarder avec son papa.

Bel exercice de style, les maquilleurs et la post-prod ont fait un travail exceptionnel, grimmant les acteurs de sorte à ce qu'ils jouent plusieurs personnages, dont au moins un du sexe opposé. Un joli clin d'oeil de Lana Wachowski, encore Larry à la sortie du premier opus de leur célèbre trilogie. Un petit WTF en se rendant compte que des acteurs caucasiens sont maquillés en Coréens. Cela se justifie – moyennement – par le fait que chaque acteur joue au minimum deux rôles à différentes époques du film et qu'une part importante se déroule en Corée du Sud. Bien sûr, il n'y a qu'une actrice asiatique.


Ouais, mais tous les Asiat' se ressemblent

L'autre réalisateur est Tom Tykwer, le papa de Cours Lola, Cours. Premier film techno, triptyque racontant trois versions de la même histoire. Film qui n'aurait pu exister de nos jours, car la situation de départ aurait était réglée d'un simple échange de SMS: Lola - Quoi - J'ai besoin de fric - OK j'arrive, fais pas de conneries. Film d'un autre temps que les moins de vingt ans ont à peine connu.


Lola Rennt / Cours Lola, Cours : tu dois le voir !

Bref, ce Cloud Atlas est davantage du méta-cinéma, ce qui le rend un poil difficile à appréhender – il fait passer Inception pour un épisode de 7 à la Maison. Si quelqu'un pouvait adapter ce roman inadaptable, c'était bien ces trois individus, faisant un clin d'oeil au bouquin ainsi qu'à leur propre oeuvre. Regarder ce film sans avoir à l'esprit le travail de ces trois réalisateurs est un comme regarder la Cité de la Peur pour un Bolivien en train d'apprendre le français : pas top. C'est peut-être la raison pour laquelle il a été si moyennement apprécié en salle. Il reste néanmoins possible de se rattraper en DVD à partir du 13 juillet.

dimanche 7 juillet 2013

A la revoyure

Le mois de juillet a commencé en même temps que les festivals de l'été. C'est donc le moment idéal pour sacrifier le visionnage des films proposés par le NIFFF, les concerts gratuits du Festival de la Cité  ou encore l'ambiance festive du Montreux Jazz Festival à une juste cause au timing déplorable : je pars encadrer un troupeau de mouflets dans la joie, la bonne humeur et les Alpes vaudoises et serai de retour dans deux semaines. J'ai quand même préparé quelques billets qui paraîtront en mon absence, mais je ne pourrai valider et répondre aux commentaires qu'à mon retour, lorsque j'aurai fini de dévorer des enfants joufflus braisés – ça passe vachement bien avec une sauce tandori.

Aussi, les ami-e-s, vous fais-je un bisou sur le pli poplité gauche et vous dis, en vaudois dans le texte, tchô bonne !



dimanche 30 juin 2013

Le Dit Décomplexé

Le politiquement correct (PC) pue du cul. Il faut se décomplexer la moindre. « Décomplexé » est paradoxalement souvent un terme PC pour « extrémiste ». La version soft du décomplexé, c'est l'onépamé : On est pas homophobe/ sexiste/ raciste/ sectaire/ Sookie Stackhouse, mais. La version hard en revanche, porte clairement ses couleurs (brunes) (Ouais, point Godwin dès la 4e ligne !). Fier-e-s- d'être intransigeant ; luttant contre la bien-pensance, ce concept nazi-communiste pour hippie ; fier-e-s de savoir ; d'être élu-e ; d'appeler un chat, un chat ; de faire preuve de bon sens ; de réalisme ; car il n'est d'autre vérité que la sienne.

La bien-pensance, c'est penser bisounours, c'est ne pas voir le Mal (ou être un poil hypocrite, rapport aux enjeux de luttes qui ne sont pas toujours égaux). On peut retourner la pièce et décider que c'est tout simplement refuser le Mal, refuser de laisser des sentiments négatifs entrer en nous. Malheureusement, à grande échelle, refuser cette partie de l'être humain tourne facilement en sucette : c'est qu'en face des bien-pensants, il y a des mal-pensants. Et depuis Cro-Magnon, le monde appartient aux détenteurs du plus gros gourdin. La peste brune ou le Traité de Versailles ne sont pas seuls responsables de la IIe Guerre mondiale : le pacifisme aveugle a bien participé.

Décomplexé...


Il y a deux façons de comprendre le terme décomplexé dans son utilisation actuelle: Au sens propre, il renvoie à l'absence de complexe, de tabou, ce qui est à double tranchant. Parler de sexe sans tabou permet de libérer la parole, l'esprit, les corps. Cela permet de dédramatiser un acte qui n'est pas forcément sacré, lorsqu'il se fait mécaniquement pour s'endormir ou lorsqu'on s'éclate avec un coup d'un soir. L'absence de tabou permet de réaliser qu'un vagin n'est pas qu'un monstre mystérieux, sombre et denté, (j'y reviendrai dans une prochaine série de billets), mais aussi un organe sympa, bien conçu, plutôt joli et doté d'un grand pouvoir (impliquant de grandes responsabilités). La tabouctomie entraîne parfois néanmoins des propos bien écœurants.

Tout est question de contexte et de public.

Une personne rencontrée dans un contexte professionnel et avec qui j'entretenais une excellente relation se livrait souvent à moi, m'entretenant notamment de ses conquêtes. Dans ce contexte, cela ne me gênait pas, déjà parce que j'ai une bonne capacité d'écoute, mais aussi parce que j'en faisais de même, que nous nous trouvions à ce moment-là dans des périodes plutôt difficiles de nos vie et que nous nous étions mutuellement assez bien cernés. Nous étions dans le soutien, dans le partage, dans la réflexion, dans l'amitié. Il avait besoin d'une épaule et je suis psychologiquement gaulée comme une nageuse est-allemande. D'autres personnes, pudiques (ce qui ne signifie pas nécessairement coincées), auraient été moins réceptives et se seraient rappelées qu'elles étaient dans un contexte professionnel, ce qui aurait été problématique. S'il s'était agi de quelqu'un d'autre, s'il n'y avait pas eu cette connexion, j'aurais naturellement proposé un lavement sur base de harissa.

Dans une autre vie, un collègue très désagréable tenait toujours absolument à nous raconter par le menu ses vacances en Thaïlande. Et il n'y allait pas pour le paysage. Le gus souffrait d'une maladie dégénérative rendant son élocution peu intelligible. A cause de ses histoires nous mettant tous très mal à l'aise, personne ne s'intéressait suffisamment à lui pour être au fait de sa maladie. Toute la boîte pensait qu'il était simplement super intelligent pour un mec avec une case en moins. Toute la boîte refusait de s'avouer que c'était un horrible bonhomme doté d'une intelligence moyenne qui jouait de sa maladie pour s'en tirer là où l'individu lambda y aurait laissé des plumes. En Thaïlande et en Suisse. Autant un handicap ou une maladie grave ne devraient priver personne d'une sexualité, autant les mains dans ses poches lorsqu'on parle avec des collègues du sexe opposé ou simplement préférer les plages aux bordels thaïlandais sont des concepts plutôt choupi. Un comportement décomplexé intelligent ici eût été de soulever le fait que son comportement était moyen, quels que soit sa maladie ou son état mental. Là, c'était du harcèlement, et plus, sans affinités.

Ou « décomplexifié » ?


D'un autre côté, le terme « décomplexé » est utilisé par abus de langage: plutôt que de retirer du complexe, de la honte, il est simplificateur à l'extrême. Simpliste, décomplexifié. Il retire de la complexité (plutôt que du complexe-tabou) aux faits sociaux pour ne plus voir comme alternatives envisageables que des solutions fi simplistes. En Suisse, l'UDC en est la grande championne avec sa réponse universelle de l'étranger responsable de tous les maux. Même pour les questions d'approvisionnement énergétique. Pavlov aurait adoré.

Cette deuxième acception du terme « décomplexé » inclut la première. 1) Il n'y a pas de tabou ET 2) le monde est unidimensionnel. Le virage droitiste « décomplexé » (soit un terme poli pour ne pas dire extrémiste, xénophobe, rétrograde, voire facho faisandé) européen s'y inscrit. Ce d'autant plus que les gauchistes d'en face s'empêtrent dans des considérations déconstructivistes et relativistes : plus personne ne les suit car il devient très difficile de comprendre où ils veulent en venir (puis ce sont un peu des traîtres).

Exemple tout trouvé : le hijab, symbole d'oppression, non de foi, non d'extrémisme, non de communautarisme, non de liberté, non de différence: En France où le sentiment d'appartenance nationale est basée sur l'universalisme, il n'est pas franchement adulé. Dans les pays anglo-saxons où l'appartenance se fonde sur les particularismes, on dit s'en taper. Sauf dans les banques ou les aéroports, pour des questions de sécurité. La sécurité ici peut renvoyer au racisme : les nonnes n'ont pas besoin de se découvrir lorsqu'elles prennent l'avion. Dans le même registre, les afros de célébrités  ou de simples quidams représentent un tel danger potentiel qu'ils nécessitent une fouille minutieuse. Il peut néanmoins parfois y avoir un souci légitime de sécurité lorsqu'un niqab ou une burqa empêchent les passeports biométriques ou les caméras de surveillance de faire leur taf. Heureusement, il reste les smartphones traqués par la NSA.

Ce décomplexé-là, l'amateur de solutions simples, renvoie souvent aux « onépamé » mentionnés plus haut, et a du prononcer une ou deux fois « on a toujours fait ainsi », « c'est universel », « c'est comme ça », « c'est pas naturel », « 'y a 'pu d'valeurs » et autres arguments finement développés. Il s'appuie sur l'ostracisme. Il y a soi et il y a les autres. Et les autres ne devraient pas exister, car selon tel précepte religieux / la théorie des pompons poilus / la Tradition / le comportement des poulpes dans la Nature, ce sont des abominations. Comme Sookie Stackhouse.

Casuistique des décomplexé-e-s


Partant de là, certains actes répréhensibles ne sont plus que le fait d'une absence de complexe.

Ainsi, un cycliste dopé aux hormones de requin-baleine n'est jamais qu'un gagnant décomplexé.

Un queutard sautant sur tout ce qui bouge avec une notion aléatoire du consentement est simplement un dragueur décomplexé.

Un général glabre ordonnant l'épuration ethnique d'un village peuplé de barbus n'est autre qu'un Mr. Propre décomplexé.

Tepco propose depuis deux ans un sauna à ciel ouvert de manière décomplexée.

Il n'est point de pillards, uniquement des collectionneurs décomplexés.

Starbucks propose des gourmandises à base d'acides gras décomplexés.

Les cadres dirigeants de l'UBS ont tout au plus des incisives décomplexées.

C'est cool le simplisme décomplexé.



Source: http://www.cityboy.biz/node/193 

lundi 17 juin 2013

Dit Noir sur Blanc

Il y a un bon moment, je suis tombée sur un article paru sur un blog aujourd'hui disparu, les histoires de c, pour ne pas le nommer. Il y a longtemps que je voulais y répondre. D'ailleurs mon commentaire long comme le bras est parti dans les nimbes en même temps que le blog. Aujourd'hui, l'Oracle m'a indiqué qu'il était temps de laisser ma verve s'écouler telle le sang d'un Stark.

Il y a un an et demi éclatait une polémique suite à la parution d'un article du magazine Elle. Il parlait des nouvelles étoiles montantes noires de la mode en des « termes malheureux » : En fait, c'était plutôt l'idée de départ de l'article qui avait des relents un peu douteux:

Les Keu-bla, tavu, c'est cool grâce aux effets combinés de Michelle Obama en version jazzy (WTF inside: Merkel est-elle la version métal d'Elisabeth d'Autriche?) de Jackie Kennedy et du style vestimentaire des Afro-américains qui serait donc intrinsèquement différent de celui des autres Américains: De même que les hippies blondes aux yeux bleus portant sarouels le font pour se rappeler leurs origines indiennes / aryennes. Ces Noires, ethniques, ont donc découvert le wax uniquement depuis que Barack est au pouvoir et que Bobonne Obama s'affiche. Il fallait donc une légitimité extérieure, eurocentrée, pour expliquer que le wax, à petite dose, c'est swag (enfin était. Soooo 2012 tout ça). Les cheveux crépus et les afros n'existaient donc pas avant Solange Knowles. Après tout, les tartans écossais n'ont cessé d'être ridicules que lorsque Jean-Paul Gaultier a commencé à en porter.

L'autrice de ce blog, donc, ne comprenant pas le pourquoi de cette polémique, s'insurgeait : que peut-on (i.e. les gens normaux, nous, les Caucasiens) dire ou non sur les Noirs (ben, les autres, quoi) ? Les Blacks seraient-ils devenus paranos ? Voient-ils le racisme partout ?


C'est-à-dire que ça marche un peu comme pour le sexisme. Il est effectivement à peu près partout. Simplement, sa présence est plus ou moins évidente. Le racisme angélique (ouais mais les [insère la catégorie de ton choix] sont tellement mieux que nous, parce que) fait également des dégâts. Les homos s'habillant comme des merdes ou les femmes dont l'instinct maternel est à peu près aussi poussé que celui d'une Twingo en savent quelque chose. Vient un moment où le cliché, à force de répétitions, devient une vérité. Le 2e degré est parfois un 1e degré mal maquillé.

Après on peut en plaisanter, forcer le trait, mais il est nécessaire de choisir son public. Je ne balance pas la blague « papa, caca » au premier venu qui pourrait, à juste titre, mal la prendre. 

Parlons ethnique


Parmi les termes galvaudés, s'il en est, il y a le terme ethnique en parlant de mode : sarouel ? Vaguement ethnique. Sari ? Ethnique. Bonnet de rastafari (à la base une religion qui pour faire court, rejetait les Blancs, mais passons) ? Aussi. Kilt ? Bracelets en cuirs vaguement celtisants ? Houppelande ? Traditionnel, ancien, médiéval, mais pas ethniques.

Scoop : les différents peuples caucasiens sont aussi une ethnie, c'est-à-dire un peuple (Captain Obvious, pour vous servir). Mais « ethnie » fait partie de ces termes aux définitions plutôt vaste : famille, clan, phénotype, nationaux. Pour faire court, j'entends par ce terme « ethno-linguistique », c'est-à-dire « possédant un ou plusieurs traits socioculturels communs, comme une langue, une religion ou des traditions communes ». Pour être plus intelligible dans ce billet, j'ajoute aussi exceptionnellement l'ascendance commune.

Les éléments ressortant d'un folklore ou d'un autre pays et remis au goût du jour méritent également cet épithète, qu'il s'agisse d'une robe à motif écossais ou d'une autre alliant polyester et wax. Désigner les vêtements d'inspiration africaine (où l'Afrique est applatie à une seule dimension, sans rivalité entre les différentes ethnies, puisqu'il n'y en a pas : Tutsi = Hutu) comme ethniques, a contrario d'un vêtement dont l'origine est européenne, c'est établir un référentiel sur une base binaire Blanc / non-Blanc. Car toutes les autres couleurs de peaux, toutes les autres trajectoires historiques sont à gommer : Brésilien ou malgache, on s'en tape ! L'important est que ce ne soit pas européen : le costume traditionnel bavarois et la tenue de torero sont identiquement européens : leur caractère ethnique (c-à-d ici, appartenant à un peuple particulier et non à la normalité) est complètement évacué. Ils sont le commencement, la source.

Aux Etats-Unis, « ethnic » est une façon polie de dire non-caucasien. Parler en Europe de tenue « ethnique » pour tout vêtement, bijou ou accessoire n'étant pas directement inspiré du folklore européen a un petit relent saumâtre. Un peu comme si « Noir » était un vilain mot, « Black » étant trop sujet à controverse rapport à l'anglais-qui-fait-staïle. Pourtant, il y a un mot : d'inspiration camerounaise, créole, moldave, bretonne, mandchoue. Si c'est camerounais, dis camerounais. Il n'y a pas de mal à être camerounais. Seul le Japon échappe à cette règle. Mais uniquement parce que le Japon est intrinsèquement cool.

Accessoirement, selon Wikipedia, « une création d'inspiration étrangère cesse d'être exotique lorsqu'elle inspire en retour cet étranger, comme L'impressionnisme au Japon ou Picasso en Afrique ». Donc un boubou signé JPG cesserait d'être exotique. Le terme ethnique perd encore plus de son sens. Les spaghouzes ne sont plus considérés comme spécifiquement italiens: ils sont entrés dans les moeurs alimentaires de tout fauché qui se respecte. CQFD.

Ouais, mais bon, faut pas pousser les orties dans mémé !

La polémique sur l'article d'Elle est passée, les esprits se sont apaisés, l'histoire est oubliée.

Mais elle revient, encore et toujours, d'une façon ou d'une autre.

En matière de -isme, le fameux « il ne faut pas voir le mal partout » est souvent l'équivalent du mansplaining. Par exemple, de nombreux commentaires de cette vie de merde ne voient pas où est le problème : Le gros de ces naïfs, pour rester polie, répondent en substance « il pensait peut-être que comme tu es noir, tu supportes mieux la chaleur : C'est un cliché, pas du racisme ».


Un cliché, c'est prédire qu'un individu va se comporter de telle façon de par son genre / phénotype / origine / etc. parce que le cliché le prédit ainsi. C'est enfermer les comportements. C'est déterministe. Le cliché est le premier jalon du sexisme, de l'homophobie ou du racisme. C'est présumer qu'être blanc fait de toi un gros con.

Parce qu'être noir, c'est comme être LGBT. Intrinsèquement cool, pointu, classe, ce que tu veux, mais jamais au grand jamais normal. Car tu es définie par ce petit détail. Tu es un peuple parce que tu n'es pas blanc. Tu es un sexe parce que tu n'es pas un homme cisgenre. De toutes façons, être châtain aux yeux noisettes est beaucoup trop mainstream pour qu'il vaille la peine de mentionner les particularités de ce groupe d'êtres humains. « Hétérosexuel », en français, n'a pas de synonyme.

C'est un peu comme prendre Paris comme LA ville francophone standard. Ne pas reconnaître qu'il y a plusieurs normes est écarter de larges pans de réalité. Nous, êtres humains, percevons notre environnement à 80% par la vue, aussi est-il difficile de gommer les différences de phénotypes dans notre façon d'appréhender nos semblables (donc les autres humains). Mais de même qu'il est stupide de décréter qu'une voiture noire est nécessairement plus rapide qu'une voiture rouge, il n'est pas sain de décider qu'un phénotype aléatoire se voit attribuer d'emblée une préférence particulière. 

Que dire / ne pas dire alors ?


Il est naturel d'avoir des questions, mais certaines ne peuvent être posées qu'à des gens proches, ou que le feu de la conversation a déjà établi comme n'étant pas spécialement pudiques. Réfléchis à si tu demanderais quelque chose de similaire à une personne croisée de même manière, mais de ta couleur de peau.

Pour t'aider à ne pas commettre d'impairs, voici un bref listing non-exhaustif des questions à ne pas poser :
  • A moins de tomber sur quelqu'un qui t'y invite, ne demande pas à toucher les cheveux. Quand je croise des cheveux jusqu'aux hanches, j'ai envie de jouer à la Barbie, mais de façon surprenante, je m'en abstiens. 

  • BTW, oui, les cheveux crépus poussent, comme tout poil humain.
  • N'essaie pas de deviner l'origine de quelqu'un si cette personne te l'as déjà donnée. Vraiment, n'insiste pas
  • Ce n'est pas la couleur de peau qui détermine ta musique ou ton sport préférés. Est-ce que tous tes amis au teint mat et aux cheveux bouclés essaient de planter la Vache qui Rit façon corrida ? Est-ce que tu crois que le fantasme des Inuits est de fister des pingouins ? De même, les typés asiatiques n'adorent pas forcément Jackie Chan.
  • Oui, les Noirs bronzent, et même souvent davantage que les blonds : chimie élémentaire, la mélanine réagit aux U.V.. Je te laisse faire un rapide calcul de ce qu'il se passe quand un épiderme en est chargé.
  • Non, les Noirs n'aiment pas forcément le soleil ou la chaleur, tous comme les bruns ou les roux peuvent parfois mal tolérer le froid. En ce qui me concerne, ce long hiver était absolument parfait.
  • Il n'y a pas de style black. Il y a des hipsters noirs comme il y en a de toutes les couleurs. En revanche, les gothiques noirs galèrent un peu plus en matière de contraste entre la couleur de leur peau et leur vêture. C'est un peu comme décider que les roux s'habillent différemment des blonds.

  • Non, elle n'est pas plus grosse, ou alors je ne suis tombée que sur des Blancs un peu trop bien pourvus / Non, les Noires ne sont pas forcément plus chaudes dans un lit, c'est à la fois culturel et individuel. Forcément, si tu grandis dans une famille ou le sexe entre personnes consentantes est considéré comme normal et plutôt cool ; ou si tu as toujours entendu que c'est la voie royale menant à Satan, au pieu, t'auras ni les mêmes positions, ni les mêmes réactions. Freud a fait des dégâts.



Suis cette liste et en échange, personne ne te demandera en pleine réunion devant les big boss quelle est la couleur de tes tétons. C'est un peu personnel quand même.

vendredi 14 juin 2013

Dit Ailleurs

Je suis une dévoreuse de livres. Lorsqu'il m'arrive d'opter pour un roman contemporain français, un détail me broie les ovaires à la moissonneuse-batteuse : En tant que francophone non française, et encore moins parisienne, je ne connais pas le plan du métro par cœur, ni les quartiers ou paysages auxquels une pléthore d'auteurs font référence à tours de plumes. 

À vrai dire, lorsque je lis un roman américain, je suis capable de me figurer Central Park ou la 8e rue uniquement grâce à une poignée de décors installés en Californie, où je n'ai jamais foutu les pieds. Lorsque je lis de la Fantasy, je me retrouve à Castelcerf, en Skala ou dans ce qu'il reste de Winterfell. Rebelotte pour tout récit japonais se déroulant par exemple dans le Kyûshû ou à Okinawa, coins que mes Minna Parikka n'ont encore jamais eu l'heur de fouler. Néanmoins, j'ai beaucoup plus de facilité à me représenter ces lieux, car ils me sont à la fois exotiques et mystérieux. Des coins que je rêverais de découvrir (en-dehors de toute guerre civile, on est bien d'accord).


Et pourtant, ce n'est pas comme si Paname était complètement inaccessible : en un peu moins de 4h, je pourrais me retrouver dans la boutique Lush de la rue de Buci. Techniquement en 18h : Il m'a fallu trois semaines pour réussir à parcourir les 300m séparant l'Université de Kyoto de ma chambre d'étudiante sans me tromper: Je tiens mon sens de l'orientation de Roland. Je pourrais me poser à une terrasse avec un verre de rouge à la fois comestible et pour lequel je n'aurais plus besoin de vendre des bébés phoques à la mafia russe afin de financer ce petit plaisir (quand on dit que la Suisse est un pays cher, ce n'est pas une légende). Je pourrais visiter mille ruelles charmantes, musées, librairies.

Il n'empêche, ce n'est pas chez moi. Ce n'est pas une ville ou une atmosphère qui me fasse autrement rêver. Au contraire, cette insistance sur la ville lumière comme unique ville francophone est parfois pour moi un frein à l'immersion. Les auteurs se complaisent dans cette manie de t'expliquer par quelle rue n'évoquant rien pour toi les protagonnistes passent afin d'arriver devant la fontaine dont tu te gausses comme de ton premier test d'algèbre. Sans les décrire. Parce que tout le monde connaît Paris. Seuls les autres lieux méritent d'être dépeints à peu près correctement, comme si la grande ville était l'unique réalité, et que le reste du monde, ma foi, n'est que fiction.

C'est un point ressortant particulièrement dans les très rares occasions où je lis des ouvrages évoquant des coins que je connais. Hector Malot avait fait traverser à son pauvre petit Rémi sans famille les patelins où j'ai vécu une partie de mon enfance – dans un ordre complètement improbable, à moins qu'il marche en crabe, mais il n'empêche que pour une fois, je pouvais visualiser très précisément de quoi il s'agissait.

Ma grand-mère m'a offert une nouvelle écrite par une autrice suisse, et je fus transportée par un récit évoquant le zoo de Bâle (que je n'ai jamais eu le temps de visiter, bien que les locaux d'un ancien employeur en soient à un jet de pierre), les environs de Lausanne, Fribourg, parfois même de Genève. Ces lieux sont assez distants les uns des autres (toutes proportions gardées : je vis dans une contrée où il suffit de faire 2h d'autoroute dans n'importe quelle direction pour changer soit de langue, soit de pays). Et c'est bête, mais ce simple détail me réchauffait le cœur, créait un lien de proximité.




Auteur : Zep ; Source : http://journal.24heures.ch/titeuf-lausanne


Serais-je devenue chauvine ? Peut-être un peu. Mais principalement, je suis fatiguée de ce postulat selon lequel la Francophonie se résume à la capitale française. Ce n'est clairement pas la ville la plus affreuse du monde, mais voilà, j'en ai fait une overdose littéraire. Un coup de gueule de provinciale.