mardi 29 janvier 2013

Nous faisons donc le mal

On va essayer de ne pas dire trop de conneries, mais si tu veux corriger quelque chose, fais-toi plais'.

On pensait que l'électronique permettrait de baisser l'impact carbone des échanges : Communiquer avec un maximum de personnes par mail, FB ou Twitter consomment autrement moins de papier que le courrier physique. Oui mais voilà, comme le rappelle cet article de Rue 89, écrire une lettre implique des contraintes matérielles (où se trouve ces putains de timbres à la con / qui a encore bouffé mon stylo / merde, j'ai encore écrit de traviole) et somme toute écologique (faich', 'y a plus d'encre, faut que j'achète une nouvelle imprimante / t'as pas une feuille ? Nan, je fume pas, crétin asthmatique, c'est pour écrire !) que le message électronique ne connaît pas. Cette facilitation de la communication par medium interposé (j'insiste à la différencier de la communication directe, IRL, en face à face, là où tu peux sentir l'haleine enivrante de ton partenaire de fondue, et plus si affinités) entraîne aussi un nombre accru d'échanges, et (\mode vieille conne) une baisse de leur qualité (exit).


Source: www.clubic.com 

Non, un smiley (et je profite d'être Suisse pour me gausser au passage des termes ridicules que la Police du langage l'Académie française compte imposer comme autant de remparts contre les néologismes de la perfide Albion) n'est pas un échange.

Pire, les sites Internet les plus intensifs en CO2 et autres molécules choupies à balancer dans l'atmosphère sont aussi les plus populaires : Youtube, Dailymotion, Rutube, et autres sites de streaming. Les sites en flash aussi, les gifs, les avatars animés, bref, tout ce qui n'est pas image fixe.

Comme le rappelle l'article précité, pour communiquer par voie électronique, il faut non seulement du matériel informatique sujet à l'obsolescence programmée décidée par la World Company, mais des serveurs très gourmands en énergie doivent carburer à plein régime.

En revanche, sans ces réseaux puant le lithium, des campagnes virales positives comme celles d'Avaaz ne seraient tout simplement pas possible. ACTA et ses petites sœurs seraient passés. Le Printemps Arabe n'aurait pas eu lieu – bien que seul le temps nous dira si les « nouveaux » régimes ne seront pas tout autant liberticides. Et seule une rare poignée d'apiculteurs travailleraient à sauver les abeilles.

Je ne dis pas qu'Internet et les technologies de l'information en général sont des trucs à Satan qui vont tous nous tuer par Chuck Norris facts interposés (oui, je vis en 2006, car ce me fut une excellente année). En revanche, je voudrais souligner qu'à des niveaux très simples, nous pouvons agir pour réduire notre impact. Nous savons déjà qu'il n'est pas nécessaire de laisser sa machine allumée, ou même branchée sur le réseau électrique quand on sait qu'on sera absent pour un bon moment. Même quand on télécharge. Même, toi au fond, là-bas. Je ne dis pas non plus qu'il faut arrêter les jeux vidéos, trèèès gourmands eux aussi.

Par exemple, préférer les simples images en tant qu'avatar lorsqu'on poste sur un forum pour réduire  l'empreinte énergétique de son propre ordinateur, c'est bien, mais l'impact pour l'utilisateur final équivauit plus ou moins au méthane contenu dans le pet d'une mouche. Au niveau des serveurs, par contre, c'est une autre histoire.

Vérifier que seuls les programmes ou applications vraiment nécessaires au fonctionnement de nos bestioles informatiques tournent quand on les utilise surtout pour les mobiles et portables car cela économise la batterie est déjà un peu mieux. Qui dit batterie économisée dit durée d'existence accrue. En limitant les softwares s'exécutant automatiquement au démarrage (Skype fonctionne aussi très bien si tu l'ouvres toute seule comme une grande Louloute), potentiellement, tu en demandes moins à ta machine.

Le plus déterminant reste bien sûr de choisir une machine adaptée à tes besoins. Non Louloute, tu n'as pas besoin d'un supercalculateur si tout ce que tu fais de ta pépette est d'aller sur Facebook ou de mater le Trône de Fer. Ce qu'il te faut, c'est optimiser ta machine. Beaucoup passe par le hardware. On est bien d'accord, un PC de 1997 est moins puissant et consomme davantage que le dernier Samsung. Le vieux matériel n'est donc pas forcément meilleur pour l'environnement. Ce à quoi il faut prêter attention est la puissance de l'alimentation, donc l'énergie consommée. Les mini-PC (par ex. sur processeur Atom), même s'ils ne sont pas tellement 12-de-dioptrie-friendly, sont à cet égard bien conçu : performants mais économes. Par contre si t'es graphiste, t'as pas le choix. Où tu te contentes du fusain (et du chômage), où tu restes un vilain pollueur pas beau (avec un job).

Si ton ventilo turbine à mort, moyennant ses 264 décibels, c'est que ton processeur a besoin d'être refroidi (logique). Tu utilises de l'électricité non pour alimenter ton PC, mais pour chauffer la pièce – ceci dit, il paraît que le double-vitrage n'est pas obligatoire partout, c'est peut-être un plus chez toi. Le chant de ton ventilateur est un bon indicateur pour savoir si tu gaspilles de l'énergie et s'il faut penser à fermer des applications énergivores inutiles. Et fermer tes onglets Youporn.

Par contre, mettre des plombes à charger ne signifie pas nécessairement que tu consommes beaucoup d'électricité. Ta connexion est peut-être simplement surchargée (genre t'as tout Shibuya qui se partage ta bande passante).

Bien sûr, les blogs aussi consomment.

Gloups.

Ouais, mais moins.


lundi 28 janvier 2013

Satan l'habite

Le cul est au fondement de la langue. La virgule n'est autre qu'une verge minuscule. Testicules et témoins ont la même racine, puisqu'avant la Bible, les Européens juraient sur ce qu'ils avaient de plus précieux : leurs couilles. Oh, ne te fâche pas, les femmes n'existaient pas à l'époque. De nos jours, c'est encore la Bourse qui fait danser le monde. Les Grecs l'ont douloureusement compris. Du temps des maisons closes, les putains de bordel avaient un statut plus élevé que les putains de trottoir. Le mot savant, « péripatéticien/ne », renvoie à une simple promenade de santé. Bien que les foutoirs aillent à l'encontre de l'ordre, le cul est synonyme de fortune.

Ne rien branler, mine de rien, c'est être sexuellement inactif. Et pourtant ne rien avoir à branler de quelque chose, c'est s'en foutre. Déconner, étymologiquement, est synonyme d'accoucher. D'ailleurs, les insultes ne se limitent pas aux diverses dénominations du sexe féminin, même s'il y a plus de cons que de têtes de gland. L'anglais est à cet égard plus égalitaire (bien que cunt (con) utilisé comme insulte ait un sens beaucoup plus fort que dick (bite, idiot)). Le trou du cul et ce qui en sort ont le mérite d'être gender neutral.


Le Robert des Synonymes néanmoins, distinguent entre vagin et sexe. Paradoxal de gommer ainsi l'outillage féminin comme étant en dehors du sexe quand on sait que Charles Perrault faisait référence à la gent féminine d'un « le Sexe » sans qualificatif, ni beau, ni faible. En effet, jusqu'au tout début du 19e siècle, c'était l'appétit sexuel féminin qui était considéré comme démesuré, et les hommes, raisonnables, contenaient leur hystérie (merci Victoria et ses idées à la con).

Un bon bougre, avant de devenir un brave type était un bon enculé. Un enfoiré, quoi. On parlait lors aussi de bestialité, l'androgamie excluant du cercle très select de l'humanité. D'ailleurs, l'hétérosexualité est tellement évidente qu'elle n'a pas besoin de désignation particulière et encore moins de synonyme : tout juste lorsqu'elle se manifeste à l'excès (connard, queutard, baiseur coureur ; les connasses, elles, sont donc logiquement lesbiennes). Malgré la tendance chronique du monde actuel à l'homophobie, au phallocentrisme et à la misogynie, il est d'ailleurs ironique de relever que parler de cul plutôt que de chatte, c'est parler de sexe.

Si les compagnons partagent leur pain, les copains co-pinent. Les chevaliers de l'anneau (tu ne verras plus jamais les hobbits de la même façon) se trouvent souvent affublés de petits noms féminins, de même que les pattes de velours se font traiter d'hommasses – quand bien même l'homosexualité ne se traduit pas nécessairement par le sentiment d'être une femme dans un corps d'homme et inversement. Les anandrynes, elles, obtiennent peut-être un cinquième des synonymes proposés par le même dictionnaire par rapport à leurs collègues uraniens. Pourtant, une femme invertie en vaut deux.

Parlons organes à présent (et misogynie du Robert des synonymes qui ne considère le mot « sexe » que comme appareil génital masculin, et non féminin). Parmi les synonymes les plus savoureux, nous avons agace-cul, Mont-Chauve (ce qui donne une toute autre résonance à la Nuit sur le Mont-Chauve de Mussorgski). Il faut pour ce dernier aller jusqu'à vulve pour que le vagin, mot signifiant originellement fourreau, endroit où ranger son arme, donc nommé en référence aux service trois pièces, se voie décliner en bonbon, gagne-pain et autres hérisson. Bien entendu, le clitoris ne fait pas partie du sexe féminin. Si le vit peut à la rigueur être partie noble, la vulve, elle, n'est qu'intime ou honteuse accordée au féminin.

Concluons sur Colette Renard et ses diverses poétiques de nommer l'acte amoureux.





dimanche 27 janvier 2013

Le chépaskejisme

Le chépaskejisme, c'est quand tu pleures la bouche en os pendant que tu te brosses les dents et que du coup tu ruines ta robe Desigual en t'en foutant partout ; quand tu chiales la bouche en vague devant ton crumble poires-pignons-amandes parce que t'as réussi à le foirer. Quand ta seule amie est ta couverture, ton seul horizon, le moniteur bienveillant qui te fournit ta dose hebdomadaire de Vampire Diaries. Quand t'es dépitée, parce que rien n'a jamais réussi à égaler Buffy. Quand tu es tellement à la Strasse que tu ne sais plus exactement si on est jeudi ou dimanche, mais t'as la vague impression qu'on est dimanche, rapport à ton haleine de poney et le fumet vert flottant dans ton sillage. Que tu te demandes à quoi bon prendre un bain, puisque personne, même pas ton lapin en peluche ne t'aime. En même temps, en l'appelant Usagi-chan , tu t'es pas foulée, alors il a des raisons de t'en vouloir un peu. Quand tu regardes les infos, que tu vois les situations des Grecs, Espagnols, Maliens, Algériens ou Japonais, et que tu te sens encore plus mal de te sentir mal alors que tu sais pas ce que t'as. Quand tu te sens mal d'arrêter les infos. Bref, le chépaskejisme, c'est quand tu couines sur ton propre petit nombril encore plus lourdement que FitzChevalerie Loinvoyant. 



Tu penses à des méthodes efficaces de suicide, par exemple en te noyant dans un lac de Ben&Jerry's. Seulement voilà, 'a plus, et ton compte en banque déjà infra-rouge risque la fission nucléaire si tu creuses encore ton découvert pour pallier ce problème. Alors tu te finis aux Ferrero que t'as reçus à Noël. Puis tu te loupes, parce que connement, après les Fêtes, ton pancréas a développé une sorte de résistance et tu deviens une nouvelle super-héroïne : Wonder Insuline. Pas la plus sexy du catalogue Marvel en plus.

Nauséeuse (même the Juggernaut peut être K.O. De temps à autres) et encore plus vidée, tu te dis que finalement, tu seras très bien dans ton pyjama en pilou à t'enfiler des vidéos de chatons à la pelle. Mais comme tu ne peux plus rien boulotter cefaisant, à quoi bon ? Au stade où t'en es, les petits plaisirs sont vitaux. Tant qu'à faire, tu pourrais aussi kidnapper et vendre les enfants de la voisine du troisième à la mafia russe pour t'offrir un petit passage chez Lush. Elle risque de mal le prendre, mais hé, aujourd'hui, c'était ton jour de buanderie. Ouais mais non : lors de ton dernier moment de lucidité émotionnelle, t'avais signé la pétition d'Avaaz pour pousser à la mise en œuvre de la Convention de Bâle sur l'exportation des déchets dangereux, donc tu peux pas répandre cette fange sur un autre continent.

Le chépaskejisme a tendance à te rendre chiante. Personne n'est fan des grands dépressifs. Çà a sans doute à voir avec le quatuor à cordes qui s'en donne à cœur joie dès que tu ouvres la bouche. Nan, parce que le violon mal joué ressemble beaucoup à mon connard de chat aux alentours de 6h du matin les dimanches. La boucle est bouclée : tu chépasketattes parce que tu te sens seule, et tu saoules irrémédiablement toute bonne âme qui aurait envie de te tenir compagnie. Alors que justement, tel l'arbre à Spéculos, sans appui pour te soutenir, tu t'effondres comme une merde.

Le chépaskejisme tue. Il est à prendre au sérieux. Déjà parce qu'à la base, en général, on sait très bien ce que l'on a / n'a pas (le chépaskejisme est mal nommé) et qu'il est facile de se laisser choir dans un fossé aussi profond et poisseux qu'un épisode de Glee, et se noyer dans un océan d'insuline.

Heureusement, le chépaskejisme se soigne. Cela n'implique l'intervention de Kwak, rhum et autres Matcha Latte que dans les formes de chépaskejisme extrêmement bénignes : ces médicaments pourtant approuvés par la FDA ont fait leurs preuves si prodigués à doses infinitésimales : le second effet Kiss Cool étant bien sûr le syndrome céphalo-rectal de Trognagoutte. Plus nocifs, le visionnage de films de Walt Disney peuvent apaisent également les symptômes, mais les effets secondaires sur fond de vers d'oreilles / pain dans ta gueule / faillite personnelle pour cause de frais d'hôpital inaccessibles peuvent en définitive renforcer le mal initial. Les titres de Céline Dion ont les mêmes inconvénients, sans les avantages. 



La façon la plus sûre (et bénéfique, hein, parce qu'on a vu qu'il existait une autre issue beaucoup moins sympa) de sortir du chépaskejisme est aussi la plus difficile : Apprendre à laisser pisser. S'il n'y a rien qu'on puisse changer à sa situation, autant développer des stratégies pour vivre avec. Et modifier ce qui est modifiable. Ne surtout pas rester seule à ruminer et parler, parler, parler. Sur un rythme franchement rock où tu fais péter l’abcès.

samedi 26 janvier 2013

Pink Different!

Aussi loin que remontent les souvenirs des membres de la génération Y, les petites filles aiment le rose, et les petits garçons aiment le bleu. C'est ainsi. C'est St-Marketeur qui l'a gravé en lettres de plastique fuchsia dans l'Evangile selon Mattel.



Et pourtant, les fillettes ayant grandi en bouffant des contes de fées à la truelle sur fond de robe couleur de temps de Peau d'Âne et autres pantalons dans la Caverne de la Rose d'Or, robe de bal jaune de Belle ou encore la tenue bleue, bifide et bouffante de Jasmin ont pu constater que même la très conservatrice Walt Disney Company ne cantonne pas les princesses impotentes au rose bonbon. A l'exception notable de Raiponce, qui, bien qu'à la base était sensé être axé women empowerment a tout de même une des héroïnes les plus cruches de toutes l'histoire du géant américain (voire de l'humanité). Blanche-Neige, ses petits oiseaux et sa robe jaune et bleue comprise.En revanche, suivant le cliché admis de nos jours, la gamme chromatique des tenues de princes ou héros masculins de Disney est restée limitée aux couleurs froides, à la rare exception du caricatural héros débiloïde d'Enchanted, quand les princesses, elles, avaient à leur disposition un vaste choix de couleurs chaudes et froides.





Source : www.fanpop.com


Sophie Gourion rappelle ici que l'apparition du rose comme couleur féminine par excellence est pourtant historiquement très récente. De plus, en-dehors de la parenthèse traditionaliste ayant succédé à la Seconde Guerre mondiale et le retour des hommes au foyer et au turbin, faisant comprendre que Rosie la riveteuse avait meilleur temps de retourner dans sa cuisine, le marketing genré était inexistant jusqu'au milieu des années 1980. Et pourtant, il a fait bien plus qu'empirer depuis.

Le sempiternel « les enfants choisissent eux-mêmes des jouets selon leur genre » a un caractère performatif. Beaucoup plus réceptifs au message des marketeurs, et aux règles en général, ils craignent plus que tout s'éloigner de la norme (entre 3 et 7 ans, le manquement aux règles est une trahison beaucoup plus grave qu'après 10 ans. La socialisation primaire étant très premier degré). 3 à 7 ans, c'est encore l'âge où on est contente de porter les mêmes vêtements, de posséder les mêmes jouets que sa BFF, bref d'être exactement dans la norme sociale. Aussi, si Mme Télé m'expliquent que les rôles des garçons et des filles est d'adopter certains loisirs, goûts et comportements particuliers, je dois m'y conformer. Dire qu'un objet ou une couleur est masculine ou féminine, c'est dire aux petits ce qu'ils doivent choisir.

Ceci dit, le marketing genré a un impact encore plus important lorsqu'il s'intéresse au garçons : Si avoir des attributs masculins pour une fille est discutable mais encore excusable, pour le garçon, aller à l'encontre du modèle du mâle alpha est une faute beaucoup plus grave. Une petite fille peut porter une salopette bleue en jouant avec un camion et rester mignonne. Un petit garçon s'amusant avec une poupée dans un cardigan rose est un futur homosexuel. Pas de ça à la maison.



Et pourtant, ce blog explique qu'historiquement, jusqu'aux années 1900, la vesture des tous-petits étaient la même : le blanc faisait foi pour de bêtes histoires de lessive à bouillir. Du point de vue social, l'important était moins de distinguer les garçons des filles que les adultes autorisés aux couleurs vives des moutards limités aux couleurs pastelles. Cette distinction par l'âge plutôt que le genre dans les jeunes années se voyait également dans le fait que les petits garçons portaient alors des robes jusqu'à 5 ans, tout comme leur sœurs. 

Franklin Delano Roosevelt enfant



Mieux : à l'origine, dans la tradition chrétienne, le rose était même la couleur des garçons, car le rouge, couleur royale exprimant la puissance par excellence car couleur du sang, était celle des hommes. Le bleu délicat et virginal renvoyait à Marie : il était lors l'apanage des donzelles. Ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale que la tendance s'inversa, avec l'apparition des cols bleus – masculins. Il est d'ailleurs intéressant de constater que les prolétaires, socialement peu puissant se voyaient ainsi marquer par la couleur de la féminité, soit celle des êtres dominés.

Les tableaux Blue Boy et Pink Boy de Gainsborough montrent qu'au début du 18e siècle, les couleurs n'avaint pas la même résonnance qu'aujourd'hui.



Dès les années 1940, le rose fut estampillé couleur féminine par excellence. D'aucuns tiennent les nazis responsables de cette évolution en raison du triangle rose réservé aux homosexuels dans leur camps d'extermination; d'autres l'imputent à l'égérie de Mattel. Changement de génération oblige, des années 70 au milieu des années 1980, les vêtements pour enfant de même que les jouets revinrent à une neutralité: leurs parents les Baby-Boomers n'ayant connu ni guerre, ni récession, avaient moins besoin d'étaler leurs gonades sur la table pour faire comprendre ce qu'était un homme ou une femme. Des vrais. Par la suite, les échographies permettant de découvrir le sexe de sa progéniture, les développeurs produits ne tardèrent pas à sortir des langes roses ou bleus : diviser le marché pour mieux régner. Puis des couches-culottes, cette distinction a conquis l'entier des marchés, désormais segmentés entre XX et XY.

Simultanément, les développeurs produits n'ont pas hésité à s'imaginer que les femmes adultes, dans leur ensemble, étaient génétiquement programmées pour aimer le rose, comme Gourion le rappelle dans cet autre article. Ainsi, Wilkinson, Gilette et autres Bic commencèrent à sortir des produits coûtant le quadruple de la gamme masculine sous prétexte que la peinture rose se trouve dans les mines de diamant d'Afrique du Sud, juste à côté des épilateurs bruts. Dès qu'un évènement ou un produit est développé spécialement pour les femmes, il prend souvent cette teinte de fesses de bébé, des fois qu'on oublierait notre fonction unique d'utérus ambulants. Le rose a changé de sens. Il n'est plus un rouge en devenir, mais LA couleur de la douceur, de la féminité, pardon, de la fragilité, de l'enfance, donc de l'inabouti, et bien sûr, de la futilité.


(En même temps, un laptop pareil, je signe tout de suite : le kitsch, c'est la vie)

La deuxième vague du féminisme, celle de la fin des années 1960 a durablement interdit tout ce qui pouvait être genré. L'image erronée et méprisante de féministes incapables d'être « féminines » a longtemps perduré – et ce n'est que par pur optimisme que j'utilise la forme passée.

Pour une féministe, donc, il devient difficile d'avouer aimer le rose. Pour une féministe, il est difficile et paradoxal de se réclamer « féminine ». Le « féminin » devint peu à peu connoté très négativement au sein même de mouvements féministes. Parfois pas complètement à tort. Si on suit l'analyse de ce blog, le féminin, c'est l'absence de choix. Le masculin, c'est la normalité. Etre un garçon manqué n'est pas si négatif : c'est ne pas être une chieuse (le concept de fille réussie par contre est fort difficile à établir). Refuser les attributs dits féminins, c'est prouver qu'on était un être humain comme les autres. Ni salope, ni stupide, ni faible, ni douce, ni vénale, ni veule.

Bref, tout l'inverse de ceci :


Pour certaines femmes confrontées à un entourage exclusivement masculin, c'est parfois aussi se montrer d'une misogynie extrême en insultant leurs pairs par la féminisation (t'es qu'une gonzesse, fillette, salope, chieuse, etc.). Les forts signaux sexués commencent à freiner autant les femmes que les hommes : être réduite à sa simple qualité de machine à pondre / bobonne plutôt que de sujet pensant y est peut-être pour quelque chose.

Le féminisme en général rejette les stéréotypes genrés et l'obligation de s'y conformer, ce qui est à mon sens une bonne chose. Hélas, il arrive parfois que certains courants en créent de nouvelles, ce qui est moins heureux. Parfois en se fourvoyant dans la misandrie, parfois en prenant de haut d'autres femmes qui se sentent bien dans un mode de vie plutôt conforme à la vision genrée traditionnelle de mère au foyer ou se laissant aller à la coquetterie, féminisme dit lipstick ou cupcake. Parfois encore en rejetant une bonne partie des qualificatifs dits « féminins » ou « masculins » et en tachant de garder un esprit critique.


Le statut du rose ici est éminemment symbolique. Comme on l'a vu plus haut, le sens donné aux couleurs, comme tous les symboles, changent à travers le temps et l'espace. Rouge, rose, noir, jaune et bleu ne sont pas plus ou moins futile l'un que l'autre. Ce qui l'est en revanche est cette croyance soutenue en un déterminisme chromatique, où le mélange des couleurs deviendrait le départ de troubles de l'identité sexuelle jusqu'à la troisième génération. Un déterminisme des goûts selon le genre.



Longtemps, très longtemps, je n'ai porté pratiquement que du noir ou autre couleur insaturée et sombre, ne tolérant de me rattraper que sur la coupe : le rose, c'était pour celles qui chient des arcs-en-ciel et développent des techniques de malade pour s'en torcher les résidus:



Et pourtant, jusqu'à la pré-adolescence, le rose était avec le vert ma couleur préférée. Maintenant que je suis une adulte jeune plutôt qu'une jeune adulte, voire une adulescente, j'y reviens et assume beaucoup mieux mon amour du rose pâle, du vieux rose, du saumon, du violet, du pourpre – bref, vous voyez l'idée. L'amour du beau n'est pas à mon sens futilité. Ce n'est pas parce que je l'exprime dans la lecture d'heroic fantasy, les vêtements colorés de Valda Costa, de jeux vidéo, d'anime, au cinéma, au restaurant, lorsque je réalise un grand jeté parfait, mon amour des bains Lush, des rouges à lèvres M.A.C, des parfums Penhaligon's et des gratins de pâtisson au safran que je suis une demeurée incapable de comprendre les choses sérieuses, Les affaires d'homme. Comme la grande littérature, la recherche, le travail, la politique, le troubleshooting, la Maredsous, la guerre, les vaches, les Porsche et les patates. Ce qui importe réellement est l'existence et la possibilité d'un choix.

Que ce soit du point de vue marketeurs imposant le rose ou de certains courants féministes interdisant le girly, la façon de penser est essentiellement binaire : rose = fille / femme, ou greluche, enfant, esclave des messages publicitaires et formatage en tous genre. Au point d'oublier que le choix d'acquérir quelque chose se fait à la base plutôt en fonction de l'objet. Pour un stylo, un vêtement de sport ou un rasoir, je recherche la simplicité, le côté pratique, et surtout, le meilleur rapport-qualité/prix possible. En revanche, quand on entre dans le domaine du loisir, du plaisir ou de l'esthétique pure et dure, les manettes de consoles roses par exemple n'ont pas la même dimension de foutage de gueule qu'un bic spécial femelle décérébrée (attention, pléonasme) recèle.



Dans le cas de l'objet-plaisir, on rentre peut rentrer dans l'ironie. Ainsi, même si je comprends que la généralisation de l'ironie n'allant que dans un sens, répétant continuellement les mêmes messages sexistes, implique un premier degré camouflé en message humoristique, comme Feminist Frequency l'expose dans cette vidéo, je n'adhère pas complètement à cette idée. Vient un moment où en choisissant un objet considéré comme genré, kitsch au possible et rose poufiasse, on veut tout simplement se faire plaisir. Que ce soit par ironie ou tout simplement parce que ce rose-là reste une belle couleur.


Oui, j'aime jouer à Lollipop Chainsaw en buvant du thé avec des muffins au chocolat à portée de main. Ainsi j'assume complètement mon côté masculin en m'autorisant un objet rose de temps à autres. Parce qu'on peut être féministe et aimer le rose.


jeudi 10 janvier 2013

Dis-moi qui tu es, JE te dirai qui tu es

Maintenant que j'ai enfin complètement décuvé de 8 jours de libations ininterrompues, il faut que je vous parle de mon copain Clampin. En matière de construction de l'identité, Clampin a fait le tiercé dans l'ordre. Né de parents italo-japonais, il a fait ses classes à Tokyo, dans une école internationale. Polyglotte, ses langues maternelles sont donc le japonais et l'italien, mais aussi l'anglais – là-dessus on peut ajouter l'espagnol, le français, l'allemand et probablement le picte. Bref, il t'apprend l'araméen en deux semaines, pendant un championnat du monde de jokari. Avec l'accent. Et en te niquant au Scrabble.

Clampin est donc à moitié japonais.

Attention, séquence historique


Source: http://ctrlmajsuppr.blogspot.ch/2008_08_01_archive.html 

Il faut savoir que le Japon a cultivé une identité et une fierté nationales fortes. Je ne veux pas dire par là que d'autres pays asiatiques ou autres n'ont aucune fierté ou raison d'en avoir. Simplement, le Japon a été le premier peuple non-caucasien a avoir latté deux fois de suite en l'espace de cinq ans des Blancs – les Russes du tout début du 20e siècle en l’occurrence, et vu les frictions qu'il peut persister sur des questions territoriales, la pilule n'est toujours pas passée ; à avoir été colonisateur au moment où c'était fashionable, mais jamais vraiment colonisé – les Américains y ont certes des bases militaires, mais ne l'ont jamais peuplé, et Tokyo agit aussi librement par rapport à Washington que Londres ou Berlin (ce qui n'est pas énorme, on est bien d'accord) ; à avoir sérieusement mis à mal les défenses d'une super-puissance sur son propre territoire (Pearl Harbour), et surtout, surtout, à avoir accompli un double boom économique et technologique au point de dépasser ses modèles et concurrents sans ôter la chemise – jusqu'aux années 1970, le made in Japan avait pourtant la même réputation que le made in China actuel. Maintenant, et malgré les tremblements de terre / destruction des usines high-tech de la région du Tohoku / problèmes d'approvisionnement énergétique rapport aux centrales nucléaires arrêtées pour de triviales raisons de sécurité / 22 ans de crise économique, le pays a tout juste perdu de son avance.

Après la Seconde Guerre mondiale, en généralisant et en forçant le trait, les Japonais de l'Archipel ont en moyenne continué à se percevoir comme supérieurs aux Asiatiques continentaux – un peu comme les Européens de l'Ouest se gaussaient du plombier polonais il y a quelques années – mais aussi des phénotypes non asiatiques (qui sont bien sûr tous Américains à l'exception d'une poignée de français aux boucles blondes reconnaissable à leur rose rouge entre les dents et à leur blanc destrier entre les cuisses). 

Le Français moyen, selon le cliché japonais


De nombreux Caucasiens ayant passé toute leur vie dans un pays européen ressentent du racisme en vivant au Japon, pour diverses raisons (déjà, parce que comme dans tous les pays du monde, il y a des xénophobes, et il y a des gens ouverts). Ainsi, il est possible de sentir comme un rejet de la population autochtone (amis, collègues) simplement parce qu'il n'est pas dans les mœurs d'inviter facilement un étranger à la maison – étranger dans le sens littéral de gaikokujin, 外国人, « personne de l'extérieur » du pays, mais parfois aussi étranger à la sphère familiale : la population allochtone résidant à Londres a exactement le même problème, qu'ils soient Français ou Kényans. Une autre raison peut aussi venir du fait que les Blancs européens ayant grandi entourés de Blancs européens n'ont pas forcément l'habitude d'être le seul Caucasien de la pièce et de devenir du coup le barbare de service (quoi que tu fasses, quel que soit ton niveau de préparation avant de t'y rendre, tu mettras forcément les pieds dans le plat, par exemple en t'adressant à un inconnu en disant « vous » ou en mangeant un sandwich à l'aéroport). Situation qui n'est en revanche pas inconnue à un Tamoul en sciences politiques en Suisse, quelle que soit la taille de l'auditoire. Aussi, lorsque j'ai passé une année d'échange au Japon, je partais avec cette habitude d'être la seule de ma couleur bien ancrée, alors que mes amis Suédois, Autrichiens ou Canadiens le vivaient pour la première fois. Pour moi, que ce soit au Japon, à Paris – ou le fait est un poil plus rare – ou à Zürich – où c'est nettement plus fréquent – rien ne changeait. Je restais la Noire de service. Pour mes amis en revanche, c'était une toute autre paire de manches que de se sentir tout à coups « étrangers immédiatement repérables » face à la société où ils vivaient.


En tant que Japonais vivant sur place, donc, Clampin a construit une partie de son identité en pensant faire partie d'une nation légèrement au-dessus du panier des Asiatiques, en particulier des Coréens ou des Chinois qui furent colonisés, massacrés (Nankin a tout de même inspiré les Nazis), importés (comme quasi-esclaves). Le Japon sait se faire des copains. Ueli Maurer aurait pu être chef de communication du gouvernement nippon, si Zürich n'était pas l'unique pays digne d'être défendu. C'est dire. En même temps, Clampin se pensait à l'époque surtout comme Européen – Italien en l’occurrence, excusez du peu, les métissés caucasiens (half en japonais) étant considérés comme étant plus agréables à regarder que le reste de la population nippone à 100%. Comme quoi, un complexe d'infériorité japonais face aux Caucasiens a grandi après guerre.

 Source: http://fr.kichka.com/2012/12/15/chinejapon/ 

Clampin est donc à moitié italien.

Au début de l'âge adulte, Clampin a débarqué sur son autre terre d'origine. Et il est devenu Chinois. Double choc, donc, puisque non seulement il avait toujours fait partie de la famille que tout le monde savait européenne ; mais en plus, car il était soudain assimilé par ceux qu'il considérait comme ses pairs à ceux qu'il avait inconsciemment appris toute sa vie à regarder de haut. Autant dire que le réajustement d'identité fut rude. D'autant plus qu'il s'est mangé une bonne quantité d'insultes racistes sur base de Péril Jaune, etc.

Là-dessus, Clampin était quand même un poil Banana. Être une banane est au Japon – je ne peux me prononcer pour le reste de l'Asie – ce qu'être un Bounty est pour un Noir : Jaune a l'extérieur, Blanc a l'intérieur. Trop occidentalisé, traître à sa race. Un peu comme un Noir qui ne sait pas danser. Travers de porc dans lequel il est déjà très difficile de ne pas tomber en tant que métis lambda, mais alors en tant qu'enfant de diplomate, membre de la bourgeoisie internationale (les riches n'ont pas de patrie), ce n'est pas loin d'être mission impossible.




Clampin a en fait bouffé pas mal de merde ces dix dernières années, à vouloir devenir une meilleure personne. A accepter de sortir des ornières qu'une éducation aussi élitiste que rigide avait tracé en lui. A découvrir son identité, et à faire exploser les idées préconçues qu'il avait emmagasinées. A comprendre que l'image fantasmée de l'homo japonicus mâle alpha, hétérosexuel, supérieur en intelligence au reste de la race humaine était peut-être un poil erronée - et surtout à tenter vainement de le faire comprendre à ses potes bourgeois-chevelus.

En matière de construction de l'identité en Europe, Clampin et moi avons une expérience commune. Dès que nous sortons dans la rue, nous sommes pris pour ce que nous ne sommes pas. Etant Noire, je suis considérée comme Africaine. Pour moi, j'ai des origines haïtiennes, c'est un fait, mais je suis suissesse avant tout : En plus de la nationalité, j'ai deux des langues officielles, la culture et j'y suis née. Et surtout, je m'y sens chez moi. Je ne connais que trois mots de créole et ne suis pas sûre que mon mélèze dans le cul s'accommoderait très bien de l'atmosphère caraïbéenne. Ma mère, elle, est Haïtienne, une vraie. Elle y est née, en a la langue, et est imprégnée d'une toute autre histoire que moi, d'une vision du monde qu'elle ne m'a pas transmise. Si je débarquais en Haïti, comme le dit Ngijol dans cette vidéo, je serais une petite Blanche (malheureusement, je ne peux pas intégrer cette vidéo). Je ne suis pas blédarde, mais je n'en suis pas moins noire, avec une expérience de Noire en Europe. 

Me déclarer Africaine à part entière, c'est déjà m'inventer et m'imposer une identité dans laquelle je ne me reconnais pas du tout (déjà rien que pour l'absence de rhum digne de ce nom). Encore une fois, la Noirie n'existe pas, et l'Afrique n'est pas un pays, mais un continent. Dans la boîte de consultants dans le domaine du Mal où je travaillais autrefois, j'étais naturellement la seule Noire. J'étais aussi la seule Suissesse parmi la vingtaine de francophones.


Entre Caucasiens, un Italien n'appréciera pas forcément d'être réduit à sa condition supposée et imposée de Polonais. Condition imaginée par le quidam ignorant, pour la bonne et simple raison qu'en Pologne, les gens ont plutôt tendance à être Blanc, et Ranafout' qu'il existe d'autres pays en Europe. La Pologne, c'est l'Europe, point ! Pas parce que les Italiens seraient programmés pour être des xénophobes patentés, mais parce que l'Italie – ou plutôt les villes italiennes, puisqu'on est Napolitain avant d'être Italien, et partant, on n'est proprement Italien qu'à l'étranger – a une vision du monde, une façon de vivre, des valeurs, des mentalités, et surtout, une trajectoire historique et une construction nationale qui lui est propre, et très lointaine des tribulations d'un pays jadis suffisamment puissant pour faire transpirer son voisin russe avant d'être complètement rayé de la carte et recréé par quelques alliances politiques bien placées.

Les personnes dont le phénotype est différent de la majorité de la population se font très souvent demander d'où elle viennent. C'est agaçant à la longue, mais je peux encore comprendre la curiosité. Après tout, je demande aussi facilement à un Suisse s'il est Neuchâtelois, ou à un Américain s'il vient de l'Oregon. Là où cela devient malsain est que la réponse donnée satisfait rarement le besoin d'exotisme et de supériorité de l'interlocuteur. Clampin ne peut pas simplement répondre qu'il est Italien, même lorsque la question lui est posée en Suisse francophone et qu'il répond avec sa pointe d'accent italien plutôt que japonais. Ce qu'on lui demande, à ce brave gaillard, c'est de faire voyager, de parler épices, droits de l’homme bafoués et boules de Geisha, pas de bêtement venir du pays d'à côté.

Exemple de conversation-type.

- Crétin Premier (de préférence un client dans un de mes jobs alimentaires que pour mon plus grand regret, je n'ai pas le droit d'insulter en suisse-allemand) : Vous venez d'où ? (le vouvoiement étant bien sûr optionnel)
- Bounty Monogatari : de Suisse 
- CP (en insistant lourdement) : Non, mais je veux dire, vous venez d'où ? 
- BM (qu'est-ce que ça peut te foutre, pauvre tâche ?) : oh, du canton de Vaud. 
- Non mais vous voyez-ce que je veux dire, vous venez d'où ? 
- (OK, donc toi, t'as pas compris que j'ai pas à te déballer mon CV, coprolithe !) Non mais si vous tenez absolument à faire le listing sur trois générations, j'ai des origines haïtiennes, indiennes, amérindiennes, néerlandaises, françaises, portugaises et capverdiennes. 
- Ah, j'aurais dit Kényane ! Donc vous êtes Capverdienne ? (notons que mes origines haïtiennes sont complètement balayées, car le but est que mon pays soit sur la plaque africaine) 
- Non. (donc pour toi les Noirs sont un peu comme des chats et le but du jeux est de distinguer entre les chats Persans, les Angoras et les Forêts norvégiennes ? Puis après tu colles les différentes nationalités que tu croises sur ton album Panini, c'est ça?)
Certes, je pourrais simplement répondre que je suis Haïtienne, mais c'est laisser la porte ouverte à toute sorte de commentaires de type je-connais-quelqu'un-du-même-pays-que-toi-donc-tu-vois-qui-c'est / et ça te manque pas ? / etc. Que cette intrusion vienne de quelqu'un a qui je suis simplement sensée vendre un poney me met en boule. Pour moi, c'est un peu comme si on demandait :

- Comment tu t'appelles ?
- Jacqueline.
- Non mais en vrai ?
- Jacqueline.
- Non mais franchement ?
- Jacqueline Anne Cunégonde Piaihaut-Hucques.
- Ah bon ? Pourtant t'as une tête de Brunehilde. Çà te dérange pas si je t'appelle comme ça ?
Et si l'identité d'une personne était simplement celle dans laquelle elle se reconnaît et décide de transmettre ? Si on pose une question, pourquoi ne pas prendre la réponse pour une... euh... réponse ?


Et si tu as tenu jusqu'ici, je te souhaite une excellente année 2013 (et un poney)