dimanche 27 janvier 2013

Le chépaskejisme

Le chépaskejisme, c'est quand tu pleures la bouche en os pendant que tu te brosses les dents et que du coup tu ruines ta robe Desigual en t'en foutant partout ; quand tu chiales la bouche en vague devant ton crumble poires-pignons-amandes parce que t'as réussi à le foirer. Quand ta seule amie est ta couverture, ton seul horizon, le moniteur bienveillant qui te fournit ta dose hebdomadaire de Vampire Diaries. Quand t'es dépitée, parce que rien n'a jamais réussi à égaler Buffy. Quand tu es tellement à la Strasse que tu ne sais plus exactement si on est jeudi ou dimanche, mais t'as la vague impression qu'on est dimanche, rapport à ton haleine de poney et le fumet vert flottant dans ton sillage. Que tu te demandes à quoi bon prendre un bain, puisque personne, même pas ton lapin en peluche ne t'aime. En même temps, en l'appelant Usagi-chan , tu t'es pas foulée, alors il a des raisons de t'en vouloir un peu. Quand tu regardes les infos, que tu vois les situations des Grecs, Espagnols, Maliens, Algériens ou Japonais, et que tu te sens encore plus mal de te sentir mal alors que tu sais pas ce que t'as. Quand tu te sens mal d'arrêter les infos. Bref, le chépaskejisme, c'est quand tu couines sur ton propre petit nombril encore plus lourdement que FitzChevalerie Loinvoyant. 



Tu penses à des méthodes efficaces de suicide, par exemple en te noyant dans un lac de Ben&Jerry's. Seulement voilà, 'a plus, et ton compte en banque déjà infra-rouge risque la fission nucléaire si tu creuses encore ton découvert pour pallier ce problème. Alors tu te finis aux Ferrero que t'as reçus à Noël. Puis tu te loupes, parce que connement, après les Fêtes, ton pancréas a développé une sorte de résistance et tu deviens une nouvelle super-héroïne : Wonder Insuline. Pas la plus sexy du catalogue Marvel en plus.

Nauséeuse (même the Juggernaut peut être K.O. De temps à autres) et encore plus vidée, tu te dis que finalement, tu seras très bien dans ton pyjama en pilou à t'enfiler des vidéos de chatons à la pelle. Mais comme tu ne peux plus rien boulotter cefaisant, à quoi bon ? Au stade où t'en es, les petits plaisirs sont vitaux. Tant qu'à faire, tu pourrais aussi kidnapper et vendre les enfants de la voisine du troisième à la mafia russe pour t'offrir un petit passage chez Lush. Elle risque de mal le prendre, mais hé, aujourd'hui, c'était ton jour de buanderie. Ouais mais non : lors de ton dernier moment de lucidité émotionnelle, t'avais signé la pétition d'Avaaz pour pousser à la mise en œuvre de la Convention de Bâle sur l'exportation des déchets dangereux, donc tu peux pas répandre cette fange sur un autre continent.

Le chépaskejisme a tendance à te rendre chiante. Personne n'est fan des grands dépressifs. Çà a sans doute à voir avec le quatuor à cordes qui s'en donne à cœur joie dès que tu ouvres la bouche. Nan, parce que le violon mal joué ressemble beaucoup à mon connard de chat aux alentours de 6h du matin les dimanches. La boucle est bouclée : tu chépasketattes parce que tu te sens seule, et tu saoules irrémédiablement toute bonne âme qui aurait envie de te tenir compagnie. Alors que justement, tel l'arbre à Spéculos, sans appui pour te soutenir, tu t'effondres comme une merde.

Le chépaskejisme tue. Il est à prendre au sérieux. Déjà parce qu'à la base, en général, on sait très bien ce que l'on a / n'a pas (le chépaskejisme est mal nommé) et qu'il est facile de se laisser choir dans un fossé aussi profond et poisseux qu'un épisode de Glee, et se noyer dans un océan d'insuline.

Heureusement, le chépaskejisme se soigne. Cela n'implique l'intervention de Kwak, rhum et autres Matcha Latte que dans les formes de chépaskejisme extrêmement bénignes : ces médicaments pourtant approuvés par la FDA ont fait leurs preuves si prodigués à doses infinitésimales : le second effet Kiss Cool étant bien sûr le syndrome céphalo-rectal de Trognagoutte. Plus nocifs, le visionnage de films de Walt Disney peuvent apaisent également les symptômes, mais les effets secondaires sur fond de vers d'oreilles / pain dans ta gueule / faillite personnelle pour cause de frais d'hôpital inaccessibles peuvent en définitive renforcer le mal initial. Les titres de Céline Dion ont les mêmes inconvénients, sans les avantages. 



La façon la plus sûre (et bénéfique, hein, parce qu'on a vu qu'il existait une autre issue beaucoup moins sympa) de sortir du chépaskejisme est aussi la plus difficile : Apprendre à laisser pisser. S'il n'y a rien qu'on puisse changer à sa situation, autant développer des stratégies pour vivre avec. Et modifier ce qui est modifiable. Ne surtout pas rester seule à ruminer et parler, parler, parler. Sur un rythme franchement rock où tu fais péter l’abcès.

8 commentaires:

  1. cet état d'âme est le pire de tous je crois :( tiens, je me laisse gagner on dirait...

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  2. Je suis fan (CQFD : tu vois, tu n'es pas une grande dépressive)!!!

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  3. Tes solutions contre le chépaskejisme sont pires que le mal !! j'adore cet article !

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  4. ah bah voilà; tu as mis un nom sur ce mal qui me ronge depuis quelques jours...
    La solution pour moi: sortir, s'occuper, faire des choses... sauf qu'en période de chaipaskejisme (oui ça s'écrit comme ça dans ma région) par définition je n'ai rien envie de faire....
    en tout cas j'ai les même symptomes sauf que je regarde des vidéos des plus beaux baisers de cinema et de tv sur youtube au lieu des films de WD....et ça m'englue encore plus dedans...

    me sens moins seule tiens!
    cecilou

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  5. ouh là, c'est de la chépaskejiste (j'insiste) sévère que tu nous fais là!

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