dimanche 17 février 2013

Le Dit de Frontière

Ces derniers temps, j'ai souvent eu l'occasion de discuter avec des amis de différentes nationalités installés depuis plus ou moins longtemps en Suisse. Parmi eux, il y a une bonne quantité de Français, d'Américains ou de Japonais qui peinent souvent à comprendre les codes du Pays des vaches violettes.

Source: http://whatshouldwecallme.tumblr.com

Alors je ne vais pas parler ici des Frontaliers-qu'y-font-rien-qu'à-nous-piquer-nos-jobs. Mais plutôt de la difficulté de lier des liens pour ceux qui s'installent.

Lorsque j'étais au Japon, j'ai trouvé qu'il était incroyablement difficile de faire vraiment connaissance avec des Japonais. La langue y était pour beaucoup. J'ai pallié ce problème en posant systématiquement un dictionnaire franco-japonais rehaussant mon potentiel exotique – oui car j'accepte quand même d'être exotique dans un pays qui est à deux plaques tectoniques du mien, faut pas déconner quand même. Au Japon, on invite difficilement chez soi, et encore moins des étrangers, littéralement, outsider, gens de l'extérieur. Les lieux de sociabilité sont généralement en-dehors du foyer : travail, cafés dont tu te fais gicler au bout de trente minutes rapport à la file d'attente qui remonte jusqu'à la Malaisie, karaokés (rigole, mais ça n'a rien à voir avec ceux que la vieille Europe a essayé d'importer), parcs, etc. Mais la soirée Tabou entre amis, tu peux te la fourrer jusqu'aux amygdales si tu 'es pas nippone de la 48e génération.

En rentrant, j'étais quand même très heureuse de pouvoir retrouver ce temps passé entre amis à s'inviter parmi. Ce n'est qu'en commençant les tandems linguistiques (deux personnes de langue maternelle différente, une heure dans chaque langue) et en rencontrant justement ces gens de différentes cultures que j'ai appris quelque chose qui ne m'avait jamais frappée jusque là.

En fait, en Suisse, c'est pareil.

Bien sûr, cela dépend des milieux, et je parle en forçant la généralisation. Mais c'est une tendance apparemment assez affirmée : nous inviterions difficilement du monde à la maison.

Ah.

Il est vrai que dans les cultures germaniques et nordiques, les lieux de sociabilité se trouvent tout aussi facilement en dehors du foyer. Et le fait est que la Suisse est un pays germanique. Toute la Suisse. On peut être italophone (Tessinois, Grisons) ou francophone (Romands), nous sommes davantage de culture germanique que latine. La Weltanschauung en matière de transmission de la nationalité (droit du sang plutôt que du sol jusqu'à la fin des années 1990 en Allemagne) est toujours d'actualité en Helvétie; la conception de l'amitié, de la famille et des relations de travail notamment en témoignent. D'ailleurs, sus au cliché, les Allemands ont souvent une notion de la ponctualité plus stricte que les Suisses.

En même temps, 98% des Romands (selon un sondage effectué par Bounty Monogatari sur un échantillon de 12 pépins de raisin, 5 abricots séchés et 2 épisodes de Vampire Diaries) se débrouillent maladroitement en allemand (ce qui n'est pas bien grave, car les Suisses-allemands parlent suisse-allemand), ne comprennent pas le suisse-allemand (ce qui du coup est plus ennuyeux), et n'apprécient pas spécialement les Alémaniques, souvent parce qu'ils ne parlent pas français et restent très centrés sur leurs propres cantons (ces derniers répliquent souvent par un mélange de « parle à main » en reniflant nonchalamment à l'évocation de cette ridicule « arrogance romande » tout en mangeant des gratins fromage-cornettes à la compote de pommes. Rigole, mais c'est super bon).

Pourtant, les Romands tout en n'étant fermement pas suisses-allemands, ont plutôt tendance à clamer haut et fort leur identité suisse (ou plutôt de pas-Français) face aux Français venus s'installer (ce qui, quelque part, est anti-patriotique, car les Helvètes cultivent la modestie : être Suisse est suffisant en soi. Il n'est nul besoin de mettre cet état de grâce en avant en connaissant l'hymne national ou même l'histoire récente du pays. Même qu'on a la meilleure armée du monde. A défaut d'un cocorico, tu me concèderas un meuh).

Ainsi l'expatrié arrive tel le cheveu permanenté et fourchu sur le velouté de potiron agrémenté de foie gras poêlé.

Il y a déjà les Anglophones, pour qui ces Européens / Continentaux sont quand même un peu spéciaux, mais divertissants. En même temps, ces spécimens n'ont pas réellement besoin de parler le français, trouvant suffisamment de bilingues ou d'anglophones pour éviter de se taper l'apprentissage du conditionnel II.

Il y a aussi l'Asiatique ou l'Oriental, parfois déjà habitué aux bizarreries des pays occidentaux avant d'atterrir céans. Parfois pas. Outre le fait que ce modèle doive se résoudre à l'idée qu'il n'existe que deux pays sur la plaque asiatique (la Musulmie et la Chinde), les dimanches fériés, où toute vie semble avoir quitté villes et villages, les clochers tonitruant de 6h à minuit et les chiens d'intérieur plus hauts que de petits poneys sont également des concepts difficile à accepter.

Parmi les expat', Africains, Antillais ou Sud-américains sont tout de même moins nombreux : ils visent plus souvent l'installation définitive, donc on parle d'immigration. C'est pas pareil. Moins glamour. En plus, la salsa s’accommode très mal du cor des alpes.

Enfin, vient le Français non-frontalier qui décide de venir bosser ses 42.5 heures avec 4 semaines de vacances par an. Malgré la proximité géographique et culturelle, c'est souvent ce dernier qui a le plus de difficultés à s'adapter (le même problème existe au Tessin pour les Italiens ou en Suisse alémanique pour les Allemands). Ceux qui viennent de plus loin savent que les us et coutumes changeront du tout au tout par rapport à leurs habitudes. Les expat' de pays proches par contre, tombent souvent de haut.

Déjà, s'installer est rigolo. Tu casques pour tout. Pour ton permis de séjour (délivré par la Confédération, mais à l'office cantonal), pour t'annoncer au niveau communal, pour ton assurance-maladie obligatoire dont le montant de la cotisation t'aurait permis de faire un aller-retour Genève-Tokyo tous les trois mois, pour envoyer tes gosses au lycée, pour porter plainte, pour tout.

Ensuite, tu découvres les bienfaits du fédéralisme, où les règles changent d'une région à l'autre. Venant d'un pays unitaire et limite royaliste, c'est un concept difficile à capter.

Enfin, dès que tu ouvres la bouche, on sait que tu n'es pas d'ici, rapport à ta prononciation incorrecte des circonflexes (ou des voyelles et diphtongues en général) et à ton incapacité à lire « Chexbres » sans te planter. Ensuite, il te faut découvrir les différents acronymes jonchant la vie du reste de la population et qui ne recouvrent que très rarement des réalités que tu connais. Puis tu prends l'habitude d'avoir toujours de la monnaie sur toi et tu commences à utiliser ton chéquier pour allumer le barbecue depuis qu'on a tenté de lapider le jour où tu as voulu payer tes courses avec. Tu te méfies depuis que tu t'es pris une méchante prune un jour pour ne pas avoir laissé la priorité à un piéton suicidaire, ou pire, que tu as proposé d'aller manger une fondue savoyarde (seuls les types de fondue n'étant pas au fromage nécessitent un qualificatif ; les recettes de fondue-tout-court ont été essaimées par des mercenaires de nos montagnes partis se vendre dans le reste de l'Europe).

Naturellement, comme dans tous les pays du monde, ceux qui se montrent méprisants envers la population autochtone se font jeter plus vite qu'un radiateur à deux pattes chez Paris Hilton. Mais même les ceusses tentant désespérément un effort d'intégration la rote. Même ceux qui prononcent directement « chèbre » et savent que le gruyère, contrairement à l'emmental, n'a pas de trous.

Donc tu deviens étranger(e) tout en continuant à parler ta langue maternelle. C'est spécial. Et très difficile au quotidien, surtout que tu t'étais préparé à partir dans un pays qui, somme toute, ressemble au tien, même si on ne compte pas en base vingt. Psychologiquement, on est à l'étranger que si et seulement si la contrainte de la langue se fait sentir.

En tant qu'expat' il t'est très difficile d'entrer dans le cercle très fermé des amis qu'on invite chez soi, car cette proximité nécessite un minimum de 10 ans, 6 mois et 12 jours de relations. Les années passées avant 22 ans comptant double. Tes collègues suisses ne deviennent que très difficilement tes amis. Le gros de ton cercle social se compose de collègues expat' ou de Suisses ayant eux-même vécu à l'étranger.

En même temps, ces situations se trouvent dans presque tous les pays. Une amie française croisée au détour d'un forum avait fait un rejet profond de l'Australie car la vision du monde sur place était beaucoup trop éloignée de la sienne. Une autre amie partie visiter Oz, en revanche, n'a pas tellement l'air d'avoir envie d'en rentrer. Bien que se faire inviter chez des Japonais, comme je le mentionnais plus haut est à peu près aussi facile que de forcer Batman à danser la Cariocca. Ceci dit, les valeurs que les cultures suisses et japonaises mettent en avant sont très proches, aussi fus-je partie des personnes à avoir le moins de mal à m'en accommoder parmi mon cercle d'amis étrangers.

Et le plus sympa dans tout ça est que quand tu rentres chez toi, tu te rends compte que ce n'est plus vraiment chez toi non plus. C'est à ce moment-là qu'on commence à comprendre l'expression « citoyen du monde ». Oui parce même si tu y avais passé toute ta vie avant de partir, à ton retour dans ton pays natal, tu as parfois l'impression d'être un Burkinabé débarquant pour la première fois en Alaska. Le reverse culture choc. Autant le choc culturel à l'aller fut minime au Japon. Autant au retour, et pour la première fois de ma vie, j'ai trouver que la population suisse était étonnement impolie. Je parle du pays où on dit trois fois « merci » en payant à la caisse (5.- ; voici 10.- ; la monnaie ; merci ; Bonne journée ; merci, pareillement ; merci). Forcément, on s'habitue très rapidement au langage honorifique utilisé par les différents services japonais. Y compris les toilettes high tech qui te souhaite bonne journée en te félicitant de ton dur labeur.

La Suisse reste le joyau dont l'Europe n'est que l'écrin. Mais comme pour tous les pays, un séjour de longue durée nécessite un intense effort de préparation administrative et mentale. S'expatrier n'est pas un choix anodin. Il y a une énorme différence entre un Erasmus, où on se trouve dans le cocon protecteur qu'est le contexte universitaire, et un séjour de 2 à 5 ans loin de son entourage, où les codes comportementaux diffèrent de ce que l'on considère comme normal.

Puis si tu pensais tomber sur une édition désormais presque introuvable du livre de Léa Silhol, désolée, ça s'écrit « Frontier ».

mercredi 13 février 2013

Série noire

En ce moment, il y a pas mal de saloperies glaçantes tombant sur la gueule de mon entourage (non je ne parle pas de la neige, j'aime la neige, il devrait neiger 378 jours par an). Et sur la mienne. Oui parce que depuis une semaine, avec coloc-et-plus-si-affinités, je romps et romps, petit patapon.

Une de mes partenaires de tandems linguistiques (où on s'apprend mutuellement la langue de l'autre, à coups de venti soy Macha Latte interposés / Kwak et Maredsous quand la Police du Commerce nous fout dehors) a vu disparaître un proche par mois depuis le début de l'hiver. Terrible loi des séries qui me rappelle l'hiver 2005 où :

Je ne sais plus quel ouragan au nom de starlette avait frappé Haïti en défonçant complètement les routes que des Sims avaient placés sur l'île ; Ce sur quoi ma grand-mère est tombée dans un coma diabétique juste après que ma mère soit rentrée in extremis de ses « vacances » dans son pays natal, après avoir engagé deux types à kalach' pour la protéger des autres types à kalach' (quand on est valdo-antillais, on a tendance à doublement louper ses avions) ; Alors qu'elle nous racontait comment on avait failli ne jamais la revoir, un coup de téléphone lui apprend que son frère avait eu un accident en empruntant un tape-tape pour aller rendre visite à sa mère.

Ça, c'était les bonnes nouvelles.

La semaine suivante, un collègue décédait le jour de Noël.

Trois jours plus tard, une de mes grands-mères de cœur, celle qui m'avait élevée jusqu'à mes huit ans allait rejoindre son époux.

Un mois plus tard, mon concierge y passait.

Deux jours plus tard, entre l'examen de sociopo et celui de stats, ma mère m'appelait pour s'enquérir de ma réaction si je devais apprendre qu'il était arrivé quelque chose à celui qui avait pris ses jambes à son cou en apprenant sa grossesse et avait vaguement expliqué 16 ans plus tard que je devais m'être reproduite par mitose, malgré ma ressemblance quasi gémellaire avec les autres membres de sa grouillante marmaille. Dotée de mon humour subtil et délicat, bien qu'anthracite, je demandai s'il n'était pas mort (c'eût été un peu gros quand même).

Bah en fait, il avait fait un malaise le jour de l'enterrement de sa propre mère.

Je pense que ma réaction a terrifié ma mère.

C'était trop. La goutte d'eau. Le tiercé-quarté-quinté-plus. Improbable. Un gag.

J'ai éclaté de rire. Parce qu'au bout d'un moment je n'étais plus capable que de voir l'absurdité de ces merdes en fermentation. J'ai passé les deux mois suivants à laisser des messages sur la base de "rassure-moi, t'es en vie?" dès que je tombais sur des boîtes vocales.

Dans ma tête, je me repassais la chanson Raindrops keep falling on my head tirée de la bande son de Spiderman 2 où tout par en sucette en même temps dans la vie de Peter Parker, alors il décide de faire l'autruche et de remiser son costume de super-héros.



N'est pas Bree van de Kamp qui veut. Quand je reçois un choc, mon pouvoir de réflexion vole plus bas qu'un derrière de cochon.

Je ne me rappelle plus du reste de cet hiver-là. Je l'ai passé comme dans une bulle de chépaskejisme qui a duré plusieurs mois, jusqu'à ce que je me fixe comme objectif de partir vive au Japon.

Ma copine est déjà en train de vivre son aventure dans un pays lointain. Je ne sais que lui conseiller pour qu'elle se sente mieux. Je sens juste que Captain Insuline va entrer en jeu à un moment donné.

dimanche 10 février 2013

Victimes du crime

(Et si tu l'as toi aussi dans la tête maintenant, bienvenue dans mon monde).


L'autre jour, en faisant mon petit tour bi-hebdomadaire sur Vie de Meuf, je suis tombée sur un article faisant référence à Vie de Mec, un blog construit en réaction à Vie de Meuf et pour se moquer de ce que son auteur considère comme de la victimisation étalée à longueur de pages. Les deux blogs existent depuis bien 2.5 ans maintenant, mais j'avais complètement oublié jusqu'à l'existence du dernier. Déjà son côté foutage de gueule m'avait un peu agacée – certes il s'agit d'une position assumée, mais la démarche satirique ne prend que lorsqu'il y a un vrai second degré : quand on veut réellement se moquer du monde, on le fait bien, et on devient CEO chez Novartis.

Derrière le caca nerveux qui a poussé à la création de ce 3e VDM, il y a 4 points à relever. Le premier porte sur le calimérisme des quotes sur Vie de Meuf : ce blog n'est d'après lui qu'un autre coussin péteur sur lequel une poignée de féministes s'assoient pour balancer leurs flatulences émotionnelles (si tu trouves la référence, tu as tout mon respect).

Alors certes, il y a sur ce site quelques anecdotes qui traduisent davantage la susceptibilité ("environnementalisme" est aussi exclus de l'alphabet de base) de leurs autrices ou la goujaterie de leur entourage (combien de petits frères/sœurs sont passés par là?) plutôt que le côté strictement sexiste de certains comportements. Néanmoins, la vidéo d'une étudiante belge sur le harcèlement de rue et autres hashtags ayant circulé l'été dernier à ce sujet fonctionnent de la même façon : Il ne s'agit pas de se plaindre, mais de sensibiliser. Montrer que certains phénomènes ne sont pas isolés. Provoquer une prise de conscience. Parce que penser très très très fort à quelque chose pour qu'il se réalise ne fonctionne que si l'on s'appelle Jean Grey. Mettre le doigt sur un problème, et le publiciser à ce point sert à lutter contre des visions du monde et des stéréotypes prétéritant un genre par rapport à l'autre, du niveau le plus symbolique au plus drastiquement concret. Réduction de la valeur d'une personne à son physique seulement pour un genre ; Utiliser cette beauté comme valeur marchande pour un autre objet; négation / surévaluation des besoins sexuels et désirs de l'autre; négation de l'autre suivant qu'il ou elle se comporte selon les codes imposés à son genre ; Violence symbolique du langage, où contrairement aux normes en vigueur avant le siècle des Lumières, le féminin n'existe plus dès lors que le masculin apparaît (et à partir du moment où l'on pense avec des mots, les règles de grammaire ont un sens sur les relations entre femmes et hommes) ; Utilisation du féminin comme degré suprême d'une insulte (se battre/pleurer/etc. comme une fillette, avoir ses règles, etc.); Violence d'un type de langage qui importe de plus en plus de nos jours: l'image; violence physique bien sûr, non seulement pour prouver qui porte la (petite) culotte, mais surtout pour montrer qui a droit de vie et de mort sur le jouet animé qu'est l'autre.

Et si au bout de trois ans le propos peut sembler répétitif, c'est bien parce qu'à moins de graver le mot « idée » sur une balle, l'itération est une des meilleures façons de faire rentrer un concept dans la tête (les marketeurs de Juvamine l'ont bien compris) : Une femme n'est pas un doux petit sex toy de chair, fragile, niais, manipulateur et sans âme qu'on peut tabasser à l'envi, pendant qu'elle nettoie ton bordel alors qu'elle perd les eaux. Un homme n'est pas un violeur manchot, stupide, sale et paresseux, pissant sur tout ce qu'il trouve de vertical pendant qu'il mitraille tout ce qui n'est pas d'accord avec lui. Certains des éléments apparaissant sur VDMec pourraient aussi bien figurer sur VDMeuf, car montrant également que les hommes sont également victimes de la société patriarcale. Mais un homme ne peut pas être une victime. Donc c'est ironique.

Même sur les points qui paraissent les plus banaux : passer de la galanterie à la politesse n'empêche pas les petites attentions pour son/sa binôme. Et pour les personnes s'accrochant à l'idée que la galanterie consiste à faire entrer la dame en premier, sachez que cela va précisément à son encontre : Les hommes entrent ou sortent en premier afin de faire barrage de leurs corps au cas où Saddam Ben Laden attendrait en embuscade de l'autre côté de la porte. Tout de suite moins glamour.

Autant VDMec, comme beaucoup, confond féminisme et misandrie, autant ce site reste paradoxalement assez féministe dans sa considération juridique de ce que devrait être l'égalité pour tous et toutes, sans catégorisation. En revanche, le discours devient schizophrène quand il refuse l'existence d'une égalité des sexes, mais uniquement une devant la loi sans distinction biologique aucune. L'égalité devant la loi est LE combat du féminisme et le but est atteint dans nos contrées d'après son auteur (au passage, il y en a d'autres). Donc le féminisme n'a plus de raison d'exister. Ouais, mais Louloute, il y a une différence entre l'égalité sur le papier et l'égalité de fait. Et accessoirement, c'est un peu comme dire qu'il faut arrêter les restos du cœur, car la vraie famine est au Darfour. On trouvera toujours pire ailleurs, c'est par une raison pour ne pas améliorer les choses chez nous. Bel exemple de mansplaining (ou ici si tu préfères la faire en français). Accessoirement, il apparaît  en filigrane sur VDMec que femme = féministe. Et bien, à mon grand regret, c'est trèèèèèèèèèès loin d'être le cas.

Là où une question est intelligemment posée en revanche (oui parce que personne ne peut être complètement con), est dans l'action concrète menée par les « victimes » une fois le travail de sensibilisation terminé pour sortir du carcan qu'on veut leur imposer.

Car oui, s'il faut toujours l'aval de la majorité sociologique (dominants) pour changer une situation, la minorité sociologique (dominés) a également un travail à faire. Et ne pas se contenter de patauger dans la dénonciation jusqu'à plus soif, car le risque est grand de passer du doigt pointé de la justice au doigt dans le cul de la victime professionnelle.

En faisant un parallèle entre racisme et sexisme, c'est un peu le même mécanisme que le « c'est parce que je suis Noir, c'est ça? » utilisé à mauvais escient. Bien sûr que des gens se font discriminer sur la base de leur couleur de peau, orientation sexuelle ou au nom attribué à leur 2e chromosome. S'imaginer que tout le monde il est gentil est faire preuve d'une naïveté criminelle. Si tout le monde était gentil, les licornes et les dragons galoperaient encore joyeusement dans des forêts enchantées qui ont malheureusement été brûlées et bétonnées quand il ne s'agissait pas de les raser pour y faire pousser du soja transgénique.

Un jour, dans le métro, j'ai demandée à la femme assise à côté de moi si elle pouvait déplacer un peu son sac car j'étais très serrée. Devant son refus en termes fort peu diplomatiques, j'ai appuyé mon coude dessus, histoire de relâcher mon épaule endolorie (les bienfaits de la scoliose). Elle est partie d'un « c'est parce que je suis grosse, c'est ça ? ». Je dois avouer que celle-là m'a laissée coite. Non, mon petit chat, c'est parce qu'on est dans des transports publics et que t'as tout à fait le droit de mettre tes affaires sur tes genoux, comme tout le monde. Si je n'ai aucune peine à imaginer qu'en d'autres circonstances, son léger surpoids ait pu lui jouer plus d'un méchant tour, sa saillie était complètement à côté de la plaque. Il est donc évident que d'aucuns se comportent comme les derniers des crétins, mais considèrent toute réaction négative comme le -isme les concernant. Et cela n'a rien à voir avec le fait qu'éteindre ta clope dans l’œil de la voisine du 3e n'est pas forcément un comportement socialement acceptable.

Troisième point, peut-on combattre les inégalités en érigeant des catégories ?

Ha!

Putain de bonne question!


Égalité ne signifie pas formatage absolu. Ce n'est de loin pas ce que recherchent la majorité des mouvements féministes (ouais parce qu'il y en a plusieurs, un peu comme les Vert ; t'as les Verts, les Verts Libéraux, les Verts au Mali, les Verts chez Cléopâtre, les Verts des étoiles, les Verts font la cuisine etc. Ben là t'as des misandres, des lipsticks, des butch-fem, des Femen, des protestantes, des classistes – aussi bien de la haute que des moins favorisées – des qui tapent dans l'intéressant concept féministes-mais-misogynes – nan, parce que la maternité, c'est pour les tapettes –, des LGBT et autres lettres entrant dans cet acronyme, des homophobes, etc. Bref, autant de titres que pour Martine et Astérix réunis).

Au contraire, le droit à la différence est fréquemment demandé. C'est un droit à la reconnaissance plutôt qu'une uniformisation des individus qui est demandée. Le droit d'être grand, poilu, Malaysien, pied-bot, sexy, blond, etc. sans rencontrer des difficultés basées sur ces critères (cachés ou explicites) pour trouver un appart, se faire contrôler plus souvent dans le bus, ou tout simplement voir ses arguments balayés non par rapport à leur validité intrinsèque, mais à cause d'un ensemble de caractéristiques biologiques et/ou culturelles de la personne qui les émet. Egalité dans la possibilité de mener sa vie. Sans mettre sur le même pied des comportements entre adultes consentants et des crimes abjects (non, être trans' et être pédophile, ce n'est pas du tout la même catégorie).

Si je n'aime pas être mise dans une case, je me rends de plus en plus compte que l'absence de case est difficile. En revanche, puisqu'il faut choisir le moindre mal, autant utiliser les cases dans lesquelles les principaux concernés se reconnaissent, et surtout, rendre ces cases perméables (genre autoriser les bi-nationaux, bi-sexuels, bi-Oman – oui j'ai bouffé un clown triste ce matin)

Par exemple, je fais partie de la communauté des gens qui ont deux grains de beauté sur le sein droit, en même temps que j'appartiens au groupe des binoclards. Par contre, qu'on ne me confonde pas avec ceux qui en ont un sur sur l'épaule gauche. Il y en a des très sympas, mais je ne me reconnais pas dans ce groupe.

Quatrième question a.k.a. WTF d'or 2013: Faut-il combattre toutes les inégalités ?

Euh, oui ? Or die trying... Tant qu'encore une fois on parle de droits d'adultes consentants à mener leur barque sans empiéter sur les plates-bandes de personne.

La vraie question est comment.


Coming soon : de la discrimination positive

Et un grand merci aux lectrices et lecteurs de ce blog. Vos retours me font un grand chonocoeur