vendredi 31 mai 2013

Le Dit du Pigeon

Mon voisin est un pigeon. Littéralement. Il s'est installé sur mon balcon et est indéboulonnable. J'ai beau avoir obligé coloc-et-plus-si-affinités à bazarder les vieilles tours d'ordinateurs reconverties en HLM à pigeons qu'il stockait à côté de la fenêtre. Sans succès. Pas con, ces sales bêtes ont tout simplement construit un nid, que telle la sociologue, je passe mon temps à déconstruire. Oui, je dis sale bête : à partir du moment où elles roucoulent à 93 décibels de 5h à 8h du mat', ont retapissé mon balcon, sans parler de l’odeur, j'estime ne pas être très loin de la vérité. Un peu comme présumer qu'Ahmaninedjad est une enflure n'est pas forcément de la diffamation. Dormir, c'est sérieux.

A vrai dire, la gent aviaire dans son ensemble a décidé de me pourrir la vie. Hitchcock prouvait déjà à quel point les oiseaux font de mauvais colocataires.

Tout a commencé avec un moineau, prénommé PIOU! majuscules et ponctuation intégrées. Lors, je travaillais encore dans une petite salle de cinéma. PIOU ! avait trouvé le bon filon. Petit et mignon, nous ne pouvions résister à ses pépiements joyeux et lui donnions un grain de pop-corn à chacune de ses apparitions.
 
Don't feed the pioute



Sauf que ce maudit piaf a fini par devenir énorme. Quand je dis énorme, j'entends qu'il était suffisamment massif pour développer son propre champs de gravité. Il a mué, car un oiseau suffisamment gras pour avoir du cholestérol ressemble forcément un peu à Marlon Brando. Puis est arrivé le temps de l'intimidation. La bestiole avait compris qu'en beuglant dans le hall, il finirait par recevoir sa dose de maïs soufflé. Et pour cause, son puissant PIOU! s'entendait dans la salle quand nous projetions des films (sauf Fast&Furious, faut pas déconner quand même). Sisi. Des gens se sont plaints. Mieux, il a commencé à venir réclamer son tribu en plein entr'acte.

Balancer du pop sur le sol entre deux clients affamés est du meilleur effet. Mais on ne plaisante pas avec le PIOU ! Déjà parce qu'on sait qu'après avoir bouché leurs artères à l'huile de palme, les spectateurs retournent en salle. Nous laissant seuls. Avec lui.



Revenons à nos pigeons. Lorsque, rentrant du Japon, je déménageai à deux pas de l'université de Lausanne, dans un village envahi par cette plaie aviaire, j'avais encore un rapport amical envers ces gris volatiles. Ils n'étaient encore que peu envahissants. Et somme toutes mignons, à se disputer à 12 le même réverbère. Néanmoins, lorsque ma cheville gauche me lâcha pour la deuxième fois, un pigeon unijambiste me stalkait. À partir du moment où il lui manquait la patte gauche, je le pris très moyennement.

Les signes se sont accumulés, jusqu'à ce que la famille de Woot décide d'emménager dans les tours d'ordinateurs vides mentionnées plus haut.

Au début, coloc-et-plus-si-affinités et moi nous sommes simplement dit que c'était rigolo. Puis il y a eu des œufs, c'était meugnon, l'histoire de la vie, etc., et nous ne nous méfions toujours pas. Puis Woot est né et nous avons appris qu'un pigeonneau, c'est moche. 




Woot est un pigeon qui non seulement roucoule, mais accompagne le moindre de ses mouvements d'un « woot », un peu comme une manivelle qui n'aurait pas été huilée depuis la signature des Accords de Yalta. Au milieu de la nuit, c'est pénible. Remarque, au milieu de la journée, aussi. Puis Woot a grandi, a mué et a décidé de ne pas roucouler pépère comme le reste de sa famille. Non. Woot a décidé d'intégrer une bande trash metal. Woot part dans des crescendo de folaïe. Woot s'entraîne au chant dissonant. Woot me nargue de son vicieux petit œil rouge. Woot n'a jamais vraiment quitté le nid parental, un peu comme un Tanguy ayant compris qu'il n'y a pas de crèche plus rentable au monde.

Woot ne le sait pas encore, mais il va bientôt bouffer les petits pois par la racine. Une fois que j'aurais trouvé comment griller un pigeon au lance-flammes et rester choupi du karma.

mardi 28 mai 2013

Ma lutte est plus grosse que la tienne

De droite comme de gauche, les discours ont tendance à prendre le bon peuple atomisé en individus pour un conglomérat d'attardés du bulbe incapable de s'intéresser à plus d'un objet à la fois, comme obnubilés par un ver d'oreille particulièrement tenace. Si une poignée de militants perd du temps à parler disparition des abeilles, droits humains ou liberté d'opinion au lieu de s'intéresser aux vrais enjeux de société, comme ce que fait la voisine du troisième de sa teu-cha les soirs de pleine lune, ce sont des casseurs ou des activistes de Facebook. Donc il faut jeter la cause à laquelle ils se greffent comme un chewing-gum sous une Louboutin avec l'eau du bain. Ca fait cher la cause perdue.

Et pourtant, c'est simple: la seule lutte légitime, la vraie, c'est celle des pauvres contres les riches. Le mariage pour toutes et tous, on s'en bat les noix avec des portes-fenêtres : c'est un privilège ne concernant qu'une poignée de citadins fortunés. Bientôt, il faudra considérer ces gens-là comme des êtres humains.

La vraie lutte contre le racisme ne touche que les hommes noirs, pas les femmes. D'ailleurs, les Noires sont-elles vraiment des femmes ou juste des garçons vraiment manqués, genre avec un utérus (la plupart du temps) ?

Qu'en est-il d'une égalité entre Noirs et Blancs ? Entre Noirs et Noirs ? Où on n'est plus Noir à partir du moment où on ne se comporte pas comme le Black-de-service-à-la-télé ? Où on n'est plus Blanc à partir du moment où il y a paupérisation avancée, voire pire, métissage ? Et un vrai Blanc, c'est quoi ?

Les Espagnols ou les Grecs sont-ils toujours Européens et Blancs maintenant que le pays se paupérise? Après tout, au début du siècle passé, les Italiens ou Irlandais que la misère avaient poussé vers Ellis Island n'étaient pas forcément considérés comme Blancs par les Américains intégrés depuis cinq bonnes minutes: oui, être Irlandais était un phénotype à part entière, un peu comme être juif signifie avoir un gros pif et aimer l'or. Mais à part ça, la perception de la couleur de peau n'est pas un construit et le concept de « race » est une évidence non-évolutive.

La vraie violence physique, c'est celle du parking miteux dans une banlieue ravagée, pas celle du salon feutré d'un manoir de Davos. Les deux ne se valent pas. On fait tourner ou on bouscule. Un seul est vomitif, naturellement. La vraie misogynie est celle qui se passe très loin, là-bas, dans les pays ou un « non » féminin se solde par un jet d'acide. Ce n'est pas ici, sous notre nez. Alors baise un coup et viens pas nous faire chier.

D'ailleurs, un homme ne peut être victime de violence physique, puisque les hommes sont des prédateurs. Tous. Même Kurt Hummel. Et les seuls comprenant réellement la souffrance des émigrés sont les notables autochtones. Bah oui, les allochtones n'ont pas les moyens de comprendre les mécanismes de leur position de simple dominés. Ils sont étrangers : ils sont mignons, mais un peu cons. Faudrait voir à ne pas trop laisser la parole aux faces de citron qui ne comprennent pas que l'Europe, c'est pas la Chine. Surtout quand ils sont Danois.

Monsanto, la liberté d'expression, l'épidémie de diabète et d'obésité liée à la pauvreté et la malbouffe, tout ça, je m'en tape parce que je suis féministe. Ce qui m'intéresse est de trancher du mâle en petits morceaux et déguster le tout en tartare lors de réunions avec mes copines harpies en épiloguant sur la façon la plus appropriée d’assaisonner des testicules. Go vegan !

Je ne peux croire qu'en une seule lutte, et pas deux. Après tout, le poumon gauche est plus important que le droit.

Soit je suis écolo, soit je suis féministe.

Soit je suis myope, soit je boite.

Soit je suis avec vous, soit je suis contre vous.

Parce que c'est mon dieu à moi qui pisse le plus loin.

Suédois et Musulman ?

DC et Marvel ?

Ce n'est pas la taille de la lutte qui compte, mais la manière de s'en servir.




Source: démotivateur sur Facebook

lundi 20 mai 2013

Le syndrome du Baobab

Le Syndrome du Baobab (ou du séquoia géant, en Amérique du Nord) est une maladie affectant davantage l'entourage des personnes atteintes que ces dernières. Le syndrome du Baobab est ainsi nommé en référence à la taille conséquente du balai inséré dans l'as de pique d'un individu sans qu'icelui ne s'en aperçoive. Contrairement aux sorcières, les personnes atteintes du Syndrome du Baobab (dites baobabs) ne se servent pas de leur bout de bois à des fins utilitaires, comme tuer les enfants qui boulottent leur maison, faire un match de quidditch ou rendre visite à la tante Jeanine. Non, les victimes de ce mal se trouvent ainsi dotées d'une quantité non négligeable de bois et d'échardes mal placés par simple refus de mettre leurs positions en perspective. Le baobab dans le cul fait donc écho à celui qui pourrait pousser dans la main des adeptes de la procrastination : le premier est signe d'apathie sociale, le second, d'atonie physique et intellectuelle.

 
Les baobabs sont persuadés d'être en permanence dans leur bon droit. Les baobabs étant nécessairement dotés de chevilles d'une taille appréciable, ils ont besoin d'être entourés d'une cour d'admirateurs, broussaille aspirante baobab. Cette cour ne peut être trop importante : le baobab nécessitant de nombreux éléments dont le terreau dans lequel il plonge allègrement ses tentaculaires racines ne possède pas en abondance. Alors il accapare tout. Le baobab est endogame. Hors de question pour lui d'accueillir dans son cercle un cerisier ou une tulipe. Quelques autres congénères, tout au plus.

Le paroxysme du plaisir pour un baobab est de péter les rotules du bonheur d'autrui avec un coton tige, ce qui devient fort pénible les 3'000 dernières années. Rabat-joie est un doux euphémisme. Il réduit en charpie toute perspective de moment agréable pour quiconque n'accepte pas de se faire agrandir la rondelle à 34 m. de circonférence. Le Baobab a la nuque raide, forcément, avec l'arbre éponyme remontant tout le tube digestif. Il ne s'excuse pas, ne se remet pas en question, ne revient pas sur ses erreurs. D'ailleurs, il n'en fait pas. Jamais. Le baobab est omniscient. Le baobab n' a rien contre le harcèlement moral ou la diffamation. Dans Oliver Twist, il est bedeau. Dans Harry Potter, elle est Dolores Ombrage. Au travail, celui qui dépèce les bébés phoques sur sa pause de midi comme ça, juste pour le fun. La maladie implique une part de cruauté. Et pourtant, le baobab pense bien, dans le sens où il redéfini le politiquement correct à son image. Une image très carrée, interdisant la différence d'opinion, d'origine, de culture, de mode de vie ou de religion.

Pour atténuer les symptômes, il faut souvent passer par des substances psychotropes. Beaucoup. Hélas ! il est évident que les champis ou l'herbe impliquent une forme de cannibalisme végétal faisant encourir le risque au baobab de développer l'ESB : encéphalopathie spongiforme baobabe. Oui, avec un « e » : c'est un adjectif. Les substances ont néanmoins l'inconvénient d'être difficilement contrôlables. Le risque est grand de se retrouver avec Dark Baobab sur les bras, en référence au concept de Dark Timide présenté par Norman. Le problème reste entier.

Le syndrome du baobab ne doit pas être confondu avec d'autres maladies, telles les différentes formes d'autisme ou autres dysfonctionnements. On ne choisit pas d'être Asperger, Mais on choisit de ne jamais se remettre en question. D'où ce coup de gueule qui, il est vrai, adopte un ton haineux dont je ne suis pas très fière.




Quand je rencontre une personne atteinte du syndrome de Baobab.

mercredi 15 mai 2013

Vivre au Nerdistan

Vivre avec un nerd chimiste devenu physicien ascendant informaticien quand on sort de sciences humaines est une aventure garantissant sa bonne part de moments cocasses. Ainsi les patates ne peuvent plus être sautées en rondelles mais uniquement en dés : l'impératif déterminant ici n'étant pas le goût ou la texture, mais l'efficience thermodynamique en matière de cuisson. Sisi. Depuis 5 ans, mes rêves érotiques sont sur une base d'orgies de pommes de terre duchesses accompagnées de purée maison aux raisins secs.

De ta vie, plus jamais tu ne feras bouillir de lait à feu vif, même en restant devant la plaque avec des réflexes de ninja : parce que pour te punir d'avoir osé mettre le thermostat au maximum, ton coloc t'as expliqué dans le détail comment les protéines dégradées par le choc thermique altèrent le goût du précieux liquide, alors que les molécules chauffées à feu doux se réchauffent gentiment en tricotant des fleurs. Désormais, il me faut 3h pour me faire un chaï. Donc je bois de la Kwak.

Vivre avec un nerd, c'est aussi en recevoir plein la gueule capillairement parlant (enfin, plein l'afro). Lorsque je commettais encore l'erreur de dormir sans foulard ni tresses ou twists protégeant tes petites pointes sans défense (oui, tu as l'air de la grand-mère de Laura Ingalls, mais ta tignasse t'en remercie), je me réveillais avec un 'fro passablement défoncé. Ce qui me valut de nombreux surnoms, de Batman à Marge Simpson (les éructations me servant de rire ont d'ailleurs confirmé ce dernier épithète), en passant par la quasi totalité des super saïans. Réorganisant mon afro en une structure elliptique, je me suis quand même fait dire que dans Minecraft, mes cheveux seraient une ressource. Rien que ça.


Source : http://care4curls.tumblr.com/

Vivre avec un nerd, c'est aussi développer un humour qui ne fait rire personne. Puis tout à coup, tu te rends compte que tu es capable d'expliquer pourquoi tous les plats à base de carottes contiennent du sucre, rapport aux molécules géantes d'amidon se délitant en simple glucose ; que tu sais que les micro-ondes récents ont un plateau car les ondes ne se focalisant qu'en certains points, elles ne peuvent agiter les molécules tortelliniennes qu'en certains points ; Pire, tu commences à te marrer sur des blagues mettant en scène des électrons spinant dans des orbitales (les cochons). Avec le fait que tu sois capable de lire du Bourdieu et de le traduire en français, tu te rends compte que tu as recouvert presque l'entier du continuum entre le chevelu des sciences molles et la nerd des sciences inhumaines.
Source : I fucking Love Science sur Facebook

Là tu touches le fond.

Tu envisages sérieusement d'appeler ton chat Schrödinger. Tu fais une différence entre statistiques et probabilités. Tu rallumes ton ordinateur en pleine nuit parce qu'une idée fait barrage au Marchand de Sable, alors qu'ayant eu ton bac il y a 13 ans, concrètement, t'en n'as rien à branler : ln(e), ça fait 0 ou 1 déjà ? A chaque fois que tu croises un Mac, tu penses à ce pauvre Alan Turing, même si le logo à la pomme est sensé ne rien avoir à faire avec le suicide du père des sciences informatiques. Tu sais que le terme « chocolat blanc » est un abus de langage, puisque cette hérésie ne contient pas de cacao. Tu culpabilises presque de lire de la fiction et non uniquement de la littérature scientifique. J'ai dis presque, faut pas déconner quand même. Puis Robin Hobb, c'est purement anthropologique.

samedi 11 mai 2013

Le mariage gay et les minarets

J'avais juré sur la tombe de ma tante Berthe de ne pas épiloguer sur la question du mariage pour tous. Déjà parce que tout a déjà été dit dans des dizaines, non, des centaines d'articles de manière intelligente, drôle et incisive / aberrante, consternante et incohérente. Puis en tant que ressortissante de Suisse, où le nouveau droit des familles reconnaît du bout des lèvres la possibilité fortuite de l'éventuelle existence d'une potentialité envisageable d'une parenté homosexuelle virtuelle (à prendre avec des pincettes) pour les fourbes qui auraient eu le toupet de se reproduire avant d'emprunter la voie de Satan – et je ne parle pas d'une carrière chez Monsanto –, il serait malvenu de pointer du doigt nos voisins français. 

J'avais juré, donc, mais cette poufiasse de Berthe m'ayant forcé à avaler des petits pois jusqu'à ce que je la poignarde à coups de Babibel, je n'aurais pas trop de scrupule à l'envoyer bouffer des mouches chez Dionysos pour l'éternité.

Pendant les huit mois de frittage entre pro- et anti-mariage pour tous sur fond de papas et mamans « catholiques » qui ne sont pas homophobes, hein, mais qui ne veulent pas de ça chez, eux au nom de Djizeusse VS tolérants se battant à coups de galoches intempestives entre hétéros de même sexe, les discussions et contre-discussions de tous les indignés de Facebook m'ont rappelé une votation populaire, enfin plutôt populiste, qui a durablement embelli l'image de la Suisse à l'étranger : L'initiative contre l'attaque des Minarets Phalliques.



Affiche de campagne où on voit quand même les Alpes se faire fister par un minaret-missile, quand même. Dans le genre subtil, on repassera. Source : http://www.interet-general.info/IMG/jpg/Suisse-Affiche-Minarets-1.jpg

Dans les deux cas, il y eut absence de dialogue absolue entre les Gentils Tolérants et les Méchants Réacs. Les Gentils Tolérants aiment tout le monde, mettent en perspective, relativisent et se rappellent des théories parcourues en anthropo, dans leurs jeunes années chevelues. Les Méchants Réacs n'ayant plus de sorcière à flamber sous la main se contentent de griller tout ce qui ne leur ressemble pas – mais n'ont rien contre eux, bien au contraire, même que le maître du copain du chien de ma mémé aime les garçons musulmans. En gros, si le Parlement français statuait il y a quelques semaines sur les droits de Français un peu moins français que d'autres (les Pacomnou), la population helvète votait il y a quelques années sur une population doublement honnie : d'immigration récente et croyant faux (les Padchénou).



Pour être un membre émérite de la société dans laquelle on s'inscrit, il faut donc distinguer les Pacomnou et les Padchénou. Les Pacomnou sont comme nous, mais pas tout à fait, d'où leur nom. Au moins, ils sont de chez nous et partagent une histoire commune. Les Padchénou ne sont vraiment pas comme nous, et en plus ils ne sont pas de chez nous. Le tiercé dans l'ordre. Dès lors, il n'y a plus rien à sauver. Il faut leur faire comprendre que puisqu'ils sont d'ailleurs (comme une majorité de Suisses à partir du moment où on remonte à la troisième génération), ils ne font pas partie de notre société. Ils doivent faire un effort d'intégration, contrairement aux nationaux-comnou, pour qui de l'adolescence consistant à se sentir bien dans leurs baskets dans un corps n'évoluant pas, donc ne créant aucune perturbation ; à la prime vieillesse où la déconnexion au monde du travail après 42 ans de bons et loyaux services se fait sans la moindre anicroche ; les périodes de transition vers de nouveaux cercles sociaux n'existent pas et ne sont guère une quête de reconnaissance sociale ou de sentiment d’appartenance : cela se fait automatiquement. Ce n'est pas une tentative d'intégration.

Me réjouis d'en reparler plus tard, lors d'une 3e guerre mondiale qui aura très certainement été déclenchée par deux personnes se tenant par la main devant un coucher du soleil, (et pas pour des raisons économiques, sociales, politiques, de sécurité environnementale, alimentaire, informatique ou physique, etc.). D'ailleurs, le mariage gay est très certainement ce qui a fait imploser l'économie espagnole ou les différents gouvernements belges. Et les quatre minarets existant en Suisse sont potentiellement responsables de la guerre civile pour l’éradication des vieux de 2021-2023 qui permettra de sauver les systèmes de retraites. Au moins, on tuera des Papadchénou. D'ici là, ce sera politiquement correct.

vendredi 10 mai 2013

Le Dit du Langage

L'amour des francophones pour l'immuabilité est légendaire : il se constate déjà dans le refus jusqu'à janvier 2013 d'abroger les lois et décrets interdisant aux femmes de porter pantalon, en vertu du haut niveau de ridicule desdites lois (je n'ai toujours pas compris en quoi cet argument était pertinent). Il se constate également dans le réflexe d'opposition basique à toute simplification de la langue. Son bon usage permet de distinguer entre intellos et imbéciles depuis les lumières et surtout le 19e siècle. Cela vaut pour les livres, la Culture, le langage, pour tout. Sous nos contrées, un français parfait est recherché par tous, alors que seuls les anglophones non natifs utilisent au quotidien une syntaxe parfaite. Enfin, la simple existence d'une Police du Langage – a.k.a l'Académie Française – en dit très long sur notre rapport au changement. Pour une fois je ne ferai pas de détour par Yamato, car le japonais ne connaît ni masculin, ni féminin – ce qui ne l'empêche pas de distinguer entre langages féminin et masculin.

Alors oui, changer les habitudes de langage est pénible, surtout lorsqu'il s'agit de verser dans le politiquement correct. Après tout, dans les années 90, nombreux étaient ceux qui défendaient mordicus l'usage selon lequel les têtes en choco devaient rester nègres. Détails, détails, le diable portant pourtant Prada se cache dans les détails. Pourtant, au commencement était le verbe, et c'est avec le verbe que l'on pense et crée le monde.


Là-dessus, les francophones sont élitistes. Notre langue est difficile, c'est un fait. Il est donc hors de question de la réformer, que ce soit dans le sens d'une simplification ou d'un changement de philosophie. Bien sûr, cela dépend de l'ampleur de la modification. Somme toute, passer de « nègre » à « noir » n'impacte que peu les conversations quotidiennes. Surtout maintenant que les biscuits « Bamboula » (synonyme de « nègre » dès le 19e siècle) ont mystérieusement disparu. Et oui, les mots et les images ont un impact sur la formation des valeurs. Asséner dès le plus jeune âge dans l'esprit des enfants que Noir égale sauvage à la tunique en peau de panthère (ou que tous les Asiatiques font du kung-fu. Tous ! ) a un impact de longue durée sur la vision du monde, surtout au moment où les Noirs européens étaient supposés être connus comme le dahu. Pourtant, des Noirs ou des Orientaux ont habité le continent européen sans discontinuer depuis trois millénaires. L'élimination de noms de sucreries racistes s'est faite grâce à une volonté politique, mais aussi parce que la population était prête à accepter cette idée. Ce n'est pas le cas avec la féminisation du langage. Volonté politique il y a, mais elle coexiste avec un rejet massif de toute tentative de retirer à la langue de Molière un peu de son sexisme.
Dans cette publicité pour les biscuits Bamboula, les mauvais sauvages se jetant sur le négrillon européanisé et aux lèvres minuscules sont frappés d'hypertrophie labiales, mais c'est sans doute une heureuse coïncidence. On laissait les potes tranquilles dans les années 1980.


Le politiquement correct dans le langage se réfère en Occident plus facilement aux races alternatives (ouais, il y a white et non-white) qu'aux questions de genre. Lorsqu'il s'agit de repenser l'entier de la grammaire française en supprimant la soi-disant neutralité du masculin, l'entreprise fait peur, ce qui est compréhensible. Ce qui l'est moins sont les raisons avancées le plus souvent pour contrer l'inclusion de l'ensemble du genre humain dans le langage : On a toujours fait ainsi ; ouais mais le masculin est neutre ; c'est beaucoup trop compliqué : tu crois pas qu'il y a des problèmes plus importants à régler, comme les Indiennes, là-bas, très loin, qui se font violer à tours de bras, alors que chez nous on laisse des Femen se balader à poil !

La neutralité du masculin est un fait récent, au regard de l'histoire. Émise à la base au 17e siècle, c'est vers le 18e siècle, quand le « Peuple » est avant tout devenu roturier et masculin que l'idée d'une neutralité s'est décidée comme relevant exclusivement du sexe supérieur. Celui qui dépasse.
Après tout, l'idée que le suffrage universel en France date de 1848 et non de 1945 est extrêmement présente. Pour relativiser, en Suisse, l'Argovie a attendu 1991 pour autoriser le suffrage féminin. Berne a attendu 20 ans et un coup de semonce de l'Europe pour que la Constitution soit appliquée partout. Encore 20 ans plus tard, donc maintenant, une Argovienne est au Conseil federal. Doris Leuthard est en charge d'un des plus gros département et figure parmi les 10 meilleures personnalités politiques que la Suisse ait jamais connues. 
Source: http://boumbox.wordpress.com/

Le terme « homme » pour « humain » vient assez évidemment du latin « homo » qui veut dire... Humain... Mais petit à petit cet « homme » dérivant de « homo » a subi un glissement sémantique le rapprochant de la racine « vir », qui signifie « humain de sexe masculin ». Cela vaut encore de nos jours, y compris dans les représentations : Monsieur Renard ressemble à un Renard, quand Madame Renarde porte du rouge-à-lèvres. Ce n'est jamais Madame Renarde représentée de façon neutre contre un Monsieur Renard avec une moustache.

Par exemple, devine quelle fut une des premières mesures de notre bien-aimé Conseiller fédéral (pour faire court, on va dire que c'est un de nos 7 premiers ministres) en charge des affaires étrangères en accédant à son nouveau poste : 

a) Offrir les bons services de la Suisse à Kim Jong Un, qui à l'instar de la plupart des dictateurs du monde, offre au Pays des Vaches Violettes une place particulière dans son petit cœur de plutonium. Après tout, il a fait ses études dans mon université et en même temps que moi. Si ça se trouve, on a pris le métro ensemble. 

b) Mener une fronde pour protéger le secret bancaire : Quitte à ce que l'argent des autres se retrouvent dans un paradis fiscal, autant que cela reste entre gens civilisés. Après tout, personne n'a mené de guerre conventionnelle contre la Suisse depuis le 19e siècle, il reste donc en sécurité, bien caché sous du papier alu.
c) Revenir sur la mesure symbolique de la Conseillère fédérale précédente en rétablissant le terme « droits de l'homme » (de préférence blanc, banquier et hétérosexuel) en lieu et place de « droits humains ». Parce que « l'humain » prête à confusion, contrairement à « l'homme » qui est neutre (t'façons, se battre pour ses froits est un délire de gonzesse, de tapette ou de Bougnoule).
 
d) C'est quoi cette histoire de 7 Premiers Ministres ? Bandes de tarés ! 


Hint: Monsieur Burkhalter aime les vrais combats, ceux qui vont dans le sens de l'Histoire.



Ma tête en apprenant que Didier Burkhalter avait choisi la troisième option Source: http://culturallydisoriented.wordpress.com/

Le français partant du principe général que la forme antérieure est la plus élégante, l'ancienne règle de proximité (la fraise et le chou sont sains, mais le chou et la fraise sont saines) devrait séduire. Seulement, il s'agit de faire semblant de ne pas voir le problème dans l'appellation « tête de nègre », parce que le changement bouleverserait des habitudes. Puis inventer de nouveaux pronoms où ni le féminin, ni le masculin ne primeraient, comme « illes » qui, fait d'une certaine manière écho à la formule anglaise « they » serait somme toute beaucoup de tracas pour une démarche des plus symboliques. Mieux vaut s'occuper des droits d'habitantes de pays lointains, très lointains. Encore une fois, non seulement agiter les troubles extrêmement sérieux du Darfour ne vont pas faire passer plus de petits pois dans l'estomac récalcitrant ; mais surtout, il est possible de combattre sur plusieurs fronts en même temps. Il paraît même que sans cela les Européens porteraient aujourd'hui davantage la moustache tronquée que la barbe faussement négligée.

Or, à l'instar du détesté bobo-qui-fait-mieux-que-tout-le-monde, le politiquement correct attaque les gonades du bon peuple avec autant d'efficacité que de l'acide de batterie injecté directement dans les glandes de Bartholin. Oui, c'est un peu douloureux.

Dans politiquement correct, il y a correct : on peut parler faux. Parler faux n'est pas faire des erreurs de langage (face de citron est grammaticalement juste, même si je doute qu'un Laotien soit ravi par cette dénomination). C'est employer des termes inconvenants, comme « Hé, salope, tu suces ? » plutôt que « Bonjour ».  



Dans politiquement correct, il y a aussi politique, donc propre à la société organisée. Le politiquement correct est ce qui par consensus est considéré comme acceptable par un ensemble de personnes. Par ses détracteurs, il peut être compris comme un ensemble d'euphémismes et de coquetteries handicapant la compréhension (où une aveugle n'est que malvoyante, quand bien même elle ne voit pas « mal », mais pas du tout) ; une police de la pensée (c'est à dire que les têtes en choco n'ont pas la même saveur : à l'intérieur, il y a du blanc battu) ou encore une façon neutre, respectueuse et non blessante de se comporter.  

Après, s'il y a politiquement correct, il y a politiquement incorrect. Il y a donc un parler faux. La police du langage apprécie souvent peu les néologismes (comme les « smileys » ou les « illes »). Elle n'est pas fan non plus de l'utilisation de termes féminins, pourtant anciens, désignant des fonctions que le « bon français » ne réserve qu'à une élite au masculin : Les autrices ou doctoresses doivent céder le pas aux auteurs et docteurs. Des noms pourtant à consonance neutre doivent artificiellement se féminiser pour que les femmes y soient comprises : les juges deviennent jugesses et les Suisses, Suissesses. Le Tribunal Fédéral s'appuya d'ailleurs sur ce tour de passe-passe linguistique pour refuser aux dames le droit de vote en avançant qu'il était un peu cavalier d'inférer que les Suissesses faisaient partie de la population suisse, puisque la Constitution n'autorisait le droit de vote qu'aux seuls Suisses jusqu'aux votations de 1971. Ce suffixe en -esse signifiait à la base « femme de » : la Ministresse était la femme du Ministre. 
Parce que fonction n'est pas genre.


Source: http://jesuisunevraiefille.tumblr.com/ 

On ne compte plus les articles mettant en avant que si des adjectifs comme « policière » ne heurtent pas l'oreille, il n'y a pas de raison que le substantif pose problème. On ne compte pas non plus les articles soutenant mordicus la thèse inverse. Il y a quelques temps, l'Odieux Connard s'en prenait également à la féminisation du langage, à mettre au même niveau que l'assassinat de l'orthographe à coups de textos sur l'autel de la novlangue. Moins caustique et plus sérieux, l'Académicien Jean-François Revel s'érigeait vigoureusement contre la féminisation du langage, parce que fonction n'est pas genre . C'est confondre à dessein le masculin / féminin grammatical des objets, plantes et animaux (une girafe, un chat ; on peut néanmoins relever que les animaux dont l'appellation générique est au féminin n'ont pas de forme masculine, comme la girafe mâle) et des fonctions-métiers qui se sont suffisamment féminisées ou masculinisées pour que deux formes puissent exister. Si les maïeuticiens n'ont plus besoin d'être sage-femmes-hommes, qu'est-ce qui empêche Calixthe Beyala d'être écrivaine ? Ah oui, j'oubliai, cela rime avec « vaine » au contraire de « écrivain », qui rime avec « tournesol ».



Source: http://quandtuesfeministe.tumblr.com/

A mes yeux, le premier pas le plus important pour la neutralisation du langage réside avant tout dans une féminisation des titres (métiers, fonctions). Pourtant, en dehors des règles de proximité et des néologismes, il existe de nombreuses façons de rendre un texte neutre. Un exemple ici ou .

Les cultures germaniques et anglo-saxonnes, en général, ont souvent moins de problème sur le papier avec les notions de neutralisation du langage et autres questions politiquement correctes que les cultures latines. Sur le papier seulement. Les manifestations de phallocratie ou de racisme se retrouvent ailleurs, par exemple dans les politiques familiales, où les Françaises sont nettement avantagées (la Suisse vient de rejeter en votation populaire l'ouverture de davantage de crèches). Si on veut la jouer à la Weber, cela a peut-être à voir avec une doctrine inscrite dans le catholicisme, très hiérarchisé, conservateur et immuable, où le Soldat Ryan ne vaut pas tripette face à la société dans son ensemble versus les idéaux du protestantisme, très individualistes. L'éthique protestante ne s'est pas limitée au décollage du capitalisme.

Même en étant sensible à ces questions, écrire de manière neutre demande une vigilance de tous les instants, surtout lorsqu'on commence à peine l'exercice. Ce billet est peut-être un des premiers où mes exemples ne sont pas systématiquement au masculin. Il va sans doute dans le travers inverse, où le masculin a été éradiqué.

En guise de consolation, voici des cupcakes banane-noix-sirop d'érable et une suite coming vachement pas soon.