vendredi 31 mai 2013

Le Dit du Pigeon

Mon voisin est un pigeon. Littéralement. Il s'est installé sur mon balcon et est indéboulonnable. J'ai beau avoir obligé coloc-et-plus-si-affinités à bazarder les vieilles tours d'ordinateurs reconverties en HLM à pigeons qu'il stockait à côté de la fenêtre. Sans succès. Pas con, ces sales bêtes ont tout simplement construit un nid, que telle la sociologue, je passe mon temps à déconstruire. Oui, je dis sale bête : à partir du moment où elles roucoulent à 93 décibels de 5h à 8h du mat', ont retapissé mon balcon, sans parler de l’odeur, j'estime ne pas être très loin de la vérité. Un peu comme présumer qu'Ahmaninedjad est une enflure n'est pas forcément de la diffamation. Dormir, c'est sérieux.

A vrai dire, la gent aviaire dans son ensemble a décidé de me pourrir la vie. Hitchcock prouvait déjà à quel point les oiseaux font de mauvais colocataires.

Tout a commencé avec un moineau, prénommé PIOU! majuscules et ponctuation intégrées. Lors, je travaillais encore dans une petite salle de cinéma. PIOU ! avait trouvé le bon filon. Petit et mignon, nous ne pouvions résister à ses pépiements joyeux et lui donnions un grain de pop-corn à chacune de ses apparitions.
 
Don't feed the pioute



Sauf que ce maudit piaf a fini par devenir énorme. Quand je dis énorme, j'entends qu'il était suffisamment massif pour développer son propre champs de gravité. Il a mué, car un oiseau suffisamment gras pour avoir du cholestérol ressemble forcément un peu à Marlon Brando. Puis est arrivé le temps de l'intimidation. La bestiole avait compris qu'en beuglant dans le hall, il finirait par recevoir sa dose de maïs soufflé. Et pour cause, son puissant PIOU! s'entendait dans la salle quand nous projetions des films (sauf Fast&Furious, faut pas déconner quand même). Sisi. Des gens se sont plaints. Mieux, il a commencé à venir réclamer son tribu en plein entr'acte.

Balancer du pop sur le sol entre deux clients affamés est du meilleur effet. Mais on ne plaisante pas avec le PIOU ! Déjà parce qu'on sait qu'après avoir bouché leurs artères à l'huile de palme, les spectateurs retournent en salle. Nous laissant seuls. Avec lui.



Revenons à nos pigeons. Lorsque, rentrant du Japon, je déménageai à deux pas de l'université de Lausanne, dans un village envahi par cette plaie aviaire, j'avais encore un rapport amical envers ces gris volatiles. Ils n'étaient encore que peu envahissants. Et somme toutes mignons, à se disputer à 12 le même réverbère. Néanmoins, lorsque ma cheville gauche me lâcha pour la deuxième fois, un pigeon unijambiste me stalkait. À partir du moment où il lui manquait la patte gauche, je le pris très moyennement.

Les signes se sont accumulés, jusqu'à ce que la famille de Woot décide d'emménager dans les tours d'ordinateurs vides mentionnées plus haut.

Au début, coloc-et-plus-si-affinités et moi nous sommes simplement dit que c'était rigolo. Puis il y a eu des œufs, c'était meugnon, l'histoire de la vie, etc., et nous ne nous méfions toujours pas. Puis Woot est né et nous avons appris qu'un pigeonneau, c'est moche. 




Woot est un pigeon qui non seulement roucoule, mais accompagne le moindre de ses mouvements d'un « woot », un peu comme une manivelle qui n'aurait pas été huilée depuis la signature des Accords de Yalta. Au milieu de la nuit, c'est pénible. Remarque, au milieu de la journée, aussi. Puis Woot a grandi, a mué et a décidé de ne pas roucouler pépère comme le reste de sa famille. Non. Woot a décidé d'intégrer une bande trash metal. Woot part dans des crescendo de folaïe. Woot s'entraîne au chant dissonant. Woot me nargue de son vicieux petit œil rouge. Woot n'a jamais vraiment quitté le nid parental, un peu comme un Tanguy ayant compris qu'il n'y a pas de crèche plus rentable au monde.

Woot ne le sait pas encore, mais il va bientôt bouffer les petits pois par la racine. Une fois que j'aurais trouvé comment griller un pigeon au lance-flammes et rester choupi du karma.

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