dimanche 30 juin 2013

Le Dit Décomplexé

Le politiquement correct (PC) pue du cul. Il faut se décomplexer la moindre. « Décomplexé » est paradoxalement souvent un terme PC pour « extrémiste ». La version soft du décomplexé, c'est l'onépamé : On est pas homophobe/ sexiste/ raciste/ sectaire/ Sookie Stackhouse, mais. La version hard en revanche, porte clairement ses couleurs (brunes) (Ouais, point Godwin dès la 4e ligne !). Fier-e-s- d'être intransigeant ; luttant contre la bien-pensance, ce concept nazi-communiste pour hippie ; fier-e-s de savoir ; d'être élu-e ; d'appeler un chat, un chat ; de faire preuve de bon sens ; de réalisme ; car il n'est d'autre vérité que la sienne.

La bien-pensance, c'est penser bisounours, c'est ne pas voir le Mal (ou être un poil hypocrite, rapport aux enjeux de luttes qui ne sont pas toujours égaux). On peut retourner la pièce et décider que c'est tout simplement refuser le Mal, refuser de laisser des sentiments négatifs entrer en nous. Malheureusement, à grande échelle, refuser cette partie de l'être humain tourne facilement en sucette : c'est qu'en face des bien-pensants, il y a des mal-pensants. Et depuis Cro-Magnon, le monde appartient aux détenteurs du plus gros gourdin. La peste brune ou le Traité de Versailles ne sont pas seuls responsables de la IIe Guerre mondiale : le pacifisme aveugle a bien participé.

Décomplexé...


Il y a deux façons de comprendre le terme décomplexé dans son utilisation actuelle: Au sens propre, il renvoie à l'absence de complexe, de tabou, ce qui est à double tranchant. Parler de sexe sans tabou permet de libérer la parole, l'esprit, les corps. Cela permet de dédramatiser un acte qui n'est pas forcément sacré, lorsqu'il se fait mécaniquement pour s'endormir ou lorsqu'on s'éclate avec un coup d'un soir. L'absence de tabou permet de réaliser qu'un vagin n'est pas qu'un monstre mystérieux, sombre et denté, (j'y reviendrai dans une prochaine série de billets), mais aussi un organe sympa, bien conçu, plutôt joli et doté d'un grand pouvoir (impliquant de grandes responsabilités). La tabouctomie entraîne parfois néanmoins des propos bien écœurants.

Tout est question de contexte et de public.

Une personne rencontrée dans un contexte professionnel et avec qui j'entretenais une excellente relation se livrait souvent à moi, m'entretenant notamment de ses conquêtes. Dans ce contexte, cela ne me gênait pas, déjà parce que j'ai une bonne capacité d'écoute, mais aussi parce que j'en faisais de même, que nous nous trouvions à ce moment-là dans des périodes plutôt difficiles de nos vie et que nous nous étions mutuellement assez bien cernés. Nous étions dans le soutien, dans le partage, dans la réflexion, dans l'amitié. Il avait besoin d'une épaule et je suis psychologiquement gaulée comme une nageuse est-allemande. D'autres personnes, pudiques (ce qui ne signifie pas nécessairement coincées), auraient été moins réceptives et se seraient rappelées qu'elles étaient dans un contexte professionnel, ce qui aurait été problématique. S'il s'était agi de quelqu'un d'autre, s'il n'y avait pas eu cette connexion, j'aurais naturellement proposé un lavement sur base de harissa.

Dans une autre vie, un collègue très désagréable tenait toujours absolument à nous raconter par le menu ses vacances en Thaïlande. Et il n'y allait pas pour le paysage. Le gus souffrait d'une maladie dégénérative rendant son élocution peu intelligible. A cause de ses histoires nous mettant tous très mal à l'aise, personne ne s'intéressait suffisamment à lui pour être au fait de sa maladie. Toute la boîte pensait qu'il était simplement super intelligent pour un mec avec une case en moins. Toute la boîte refusait de s'avouer que c'était un horrible bonhomme doté d'une intelligence moyenne qui jouait de sa maladie pour s'en tirer là où l'individu lambda y aurait laissé des plumes. En Thaïlande et en Suisse. Autant un handicap ou une maladie grave ne devraient priver personne d'une sexualité, autant les mains dans ses poches lorsqu'on parle avec des collègues du sexe opposé ou simplement préférer les plages aux bordels thaïlandais sont des concepts plutôt choupi. Un comportement décomplexé intelligent ici eût été de soulever le fait que son comportement était moyen, quels que soit sa maladie ou son état mental. Là, c'était du harcèlement, et plus, sans affinités.

Ou « décomplexifié » ?


D'un autre côté, le terme « décomplexé » est utilisé par abus de langage: plutôt que de retirer du complexe, de la honte, il est simplificateur à l'extrême. Simpliste, décomplexifié. Il retire de la complexité (plutôt que du complexe-tabou) aux faits sociaux pour ne plus voir comme alternatives envisageables que des solutions fi simplistes. En Suisse, l'UDC en est la grande championne avec sa réponse universelle de l'étranger responsable de tous les maux. Même pour les questions d'approvisionnement énergétique. Pavlov aurait adoré.

Cette deuxième acception du terme « décomplexé » inclut la première. 1) Il n'y a pas de tabou ET 2) le monde est unidimensionnel. Le virage droitiste « décomplexé » (soit un terme poli pour ne pas dire extrémiste, xénophobe, rétrograde, voire facho faisandé) européen s'y inscrit. Ce d'autant plus que les gauchistes d'en face s'empêtrent dans des considérations déconstructivistes et relativistes : plus personne ne les suit car il devient très difficile de comprendre où ils veulent en venir (puis ce sont un peu des traîtres).

Exemple tout trouvé : le hijab, symbole d'oppression, non de foi, non d'extrémisme, non de communautarisme, non de liberté, non de différence: En France où le sentiment d'appartenance nationale est basée sur l'universalisme, il n'est pas franchement adulé. Dans les pays anglo-saxons où l'appartenance se fonde sur les particularismes, on dit s'en taper. Sauf dans les banques ou les aéroports, pour des questions de sécurité. La sécurité ici peut renvoyer au racisme : les nonnes n'ont pas besoin de se découvrir lorsqu'elles prennent l'avion. Dans le même registre, les afros de célébrités  ou de simples quidams représentent un tel danger potentiel qu'ils nécessitent une fouille minutieuse. Il peut néanmoins parfois y avoir un souci légitime de sécurité lorsqu'un niqab ou une burqa empêchent les passeports biométriques ou les caméras de surveillance de faire leur taf. Heureusement, il reste les smartphones traqués par la NSA.

Ce décomplexé-là, l'amateur de solutions simples, renvoie souvent aux « onépamé » mentionnés plus haut, et a du prononcer une ou deux fois « on a toujours fait ainsi », « c'est universel », « c'est comme ça », « c'est pas naturel », « 'y a 'pu d'valeurs » et autres arguments finement développés. Il s'appuie sur l'ostracisme. Il y a soi et il y a les autres. Et les autres ne devraient pas exister, car selon tel précepte religieux / la théorie des pompons poilus / la Tradition / le comportement des poulpes dans la Nature, ce sont des abominations. Comme Sookie Stackhouse.

Casuistique des décomplexé-e-s


Partant de là, certains actes répréhensibles ne sont plus que le fait d'une absence de complexe.

Ainsi, un cycliste dopé aux hormones de requin-baleine n'est jamais qu'un gagnant décomplexé.

Un queutard sautant sur tout ce qui bouge avec une notion aléatoire du consentement est simplement un dragueur décomplexé.

Un général glabre ordonnant l'épuration ethnique d'un village peuplé de barbus n'est autre qu'un Mr. Propre décomplexé.

Tepco propose depuis deux ans un sauna à ciel ouvert de manière décomplexée.

Il n'est point de pillards, uniquement des collectionneurs décomplexés.

Starbucks propose des gourmandises à base d'acides gras décomplexés.

Les cadres dirigeants de l'UBS ont tout au plus des incisives décomplexées.

C'est cool le simplisme décomplexé.



Source: http://www.cityboy.biz/node/193 

lundi 17 juin 2013

Dit Noir sur Blanc

Il y a un bon moment, je suis tombée sur un article paru sur un blog aujourd'hui disparu, les histoires de c, pour ne pas le nommer. Il y a longtemps que je voulais y répondre. D'ailleurs mon commentaire long comme le bras est parti dans les nimbes en même temps que le blog. Aujourd'hui, l'Oracle m'a indiqué qu'il était temps de laisser ma verve s'écouler telle le sang d'un Stark.

Il y a un an et demi éclatait une polémique suite à la parution d'un article du magazine Elle. Il parlait des nouvelles étoiles montantes noires de la mode en des « termes malheureux » : En fait, c'était plutôt l'idée de départ de l'article qui avait des relents un peu douteux:

Les Keu-bla, tavu, c'est cool grâce aux effets combinés de Michelle Obama en version jazzy (WTF inside: Merkel est-elle la version métal d'Elisabeth d'Autriche?) de Jackie Kennedy et du style vestimentaire des Afro-américains qui serait donc intrinsèquement différent de celui des autres Américains: De même que les hippies blondes aux yeux bleus portant sarouels le font pour se rappeler leurs origines indiennes / aryennes. Ces Noires, ethniques, ont donc découvert le wax uniquement depuis que Barack est au pouvoir et que Bobonne Obama s'affiche. Il fallait donc une légitimité extérieure, eurocentrée, pour expliquer que le wax, à petite dose, c'est swag (enfin était. Soooo 2012 tout ça). Les cheveux crépus et les afros n'existaient donc pas avant Solange Knowles. Après tout, les tartans écossais n'ont cessé d'être ridicules que lorsque Jean-Paul Gaultier a commencé à en porter.

L'autrice de ce blog, donc, ne comprenant pas le pourquoi de cette polémique, s'insurgeait : que peut-on (i.e. les gens normaux, nous, les Caucasiens) dire ou non sur les Noirs (ben, les autres, quoi) ? Les Blacks seraient-ils devenus paranos ? Voient-ils le racisme partout ?


C'est-à-dire que ça marche un peu comme pour le sexisme. Il est effectivement à peu près partout. Simplement, sa présence est plus ou moins évidente. Le racisme angélique (ouais mais les [insère la catégorie de ton choix] sont tellement mieux que nous, parce que) fait également des dégâts. Les homos s'habillant comme des merdes ou les femmes dont l'instinct maternel est à peu près aussi poussé que celui d'une Twingo en savent quelque chose. Vient un moment où le cliché, à force de répétitions, devient une vérité. Le 2e degré est parfois un 1e degré mal maquillé.

Après on peut en plaisanter, forcer le trait, mais il est nécessaire de choisir son public. Je ne balance pas la blague « papa, caca » au premier venu qui pourrait, à juste titre, mal la prendre. 

Parlons ethnique


Parmi les termes galvaudés, s'il en est, il y a le terme ethnique en parlant de mode : sarouel ? Vaguement ethnique. Sari ? Ethnique. Bonnet de rastafari (à la base une religion qui pour faire court, rejetait les Blancs, mais passons) ? Aussi. Kilt ? Bracelets en cuirs vaguement celtisants ? Houppelande ? Traditionnel, ancien, médiéval, mais pas ethniques.

Scoop : les différents peuples caucasiens sont aussi une ethnie, c'est-à-dire un peuple (Captain Obvious, pour vous servir). Mais « ethnie » fait partie de ces termes aux définitions plutôt vaste : famille, clan, phénotype, nationaux. Pour faire court, j'entends par ce terme « ethno-linguistique », c'est-à-dire « possédant un ou plusieurs traits socioculturels communs, comme une langue, une religion ou des traditions communes ». Pour être plus intelligible dans ce billet, j'ajoute aussi exceptionnellement l'ascendance commune.

Les éléments ressortant d'un folklore ou d'un autre pays et remis au goût du jour méritent également cet épithète, qu'il s'agisse d'une robe à motif écossais ou d'une autre alliant polyester et wax. Désigner les vêtements d'inspiration africaine (où l'Afrique est applatie à une seule dimension, sans rivalité entre les différentes ethnies, puisqu'il n'y en a pas : Tutsi = Hutu) comme ethniques, a contrario d'un vêtement dont l'origine est européenne, c'est établir un référentiel sur une base binaire Blanc / non-Blanc. Car toutes les autres couleurs de peaux, toutes les autres trajectoires historiques sont à gommer : Brésilien ou malgache, on s'en tape ! L'important est que ce ne soit pas européen : le costume traditionnel bavarois et la tenue de torero sont identiquement européens : leur caractère ethnique (c-à-d ici, appartenant à un peuple particulier et non à la normalité) est complètement évacué. Ils sont le commencement, la source.

Aux Etats-Unis, « ethnic » est une façon polie de dire non-caucasien. Parler en Europe de tenue « ethnique » pour tout vêtement, bijou ou accessoire n'étant pas directement inspiré du folklore européen a un petit relent saumâtre. Un peu comme si « Noir » était un vilain mot, « Black » étant trop sujet à controverse rapport à l'anglais-qui-fait-staïle. Pourtant, il y a un mot : d'inspiration camerounaise, créole, moldave, bretonne, mandchoue. Si c'est camerounais, dis camerounais. Il n'y a pas de mal à être camerounais. Seul le Japon échappe à cette règle. Mais uniquement parce que le Japon est intrinsèquement cool.

Accessoirement, selon Wikipedia, « une création d'inspiration étrangère cesse d'être exotique lorsqu'elle inspire en retour cet étranger, comme L'impressionnisme au Japon ou Picasso en Afrique ». Donc un boubou signé JPG cesserait d'être exotique. Le terme ethnique perd encore plus de son sens. Les spaghouzes ne sont plus considérés comme spécifiquement italiens: ils sont entrés dans les moeurs alimentaires de tout fauché qui se respecte. CQFD.

Ouais, mais bon, faut pas pousser les orties dans mémé !

La polémique sur l'article d'Elle est passée, les esprits se sont apaisés, l'histoire est oubliée.

Mais elle revient, encore et toujours, d'une façon ou d'une autre.

En matière de -isme, le fameux « il ne faut pas voir le mal partout » est souvent l'équivalent du mansplaining. Par exemple, de nombreux commentaires de cette vie de merde ne voient pas où est le problème : Le gros de ces naïfs, pour rester polie, répondent en substance « il pensait peut-être que comme tu es noir, tu supportes mieux la chaleur : C'est un cliché, pas du racisme ».


Un cliché, c'est prédire qu'un individu va se comporter de telle façon de par son genre / phénotype / origine / etc. parce que le cliché le prédit ainsi. C'est enfermer les comportements. C'est déterministe. Le cliché est le premier jalon du sexisme, de l'homophobie ou du racisme. C'est présumer qu'être blanc fait de toi un gros con.

Parce qu'être noir, c'est comme être LGBT. Intrinsèquement cool, pointu, classe, ce que tu veux, mais jamais au grand jamais normal. Car tu es définie par ce petit détail. Tu es un peuple parce que tu n'es pas blanc. Tu es un sexe parce que tu n'es pas un homme cisgenre. De toutes façons, être châtain aux yeux noisettes est beaucoup trop mainstream pour qu'il vaille la peine de mentionner les particularités de ce groupe d'êtres humains. « Hétérosexuel », en français, n'a pas de synonyme.

C'est un peu comme prendre Paris comme LA ville francophone standard. Ne pas reconnaître qu'il y a plusieurs normes est écarter de larges pans de réalité. Nous, êtres humains, percevons notre environnement à 80% par la vue, aussi est-il difficile de gommer les différences de phénotypes dans notre façon d'appréhender nos semblables (donc les autres humains). Mais de même qu'il est stupide de décréter qu'une voiture noire est nécessairement plus rapide qu'une voiture rouge, il n'est pas sain de décider qu'un phénotype aléatoire se voit attribuer d'emblée une préférence particulière. 

Que dire / ne pas dire alors ?


Il est naturel d'avoir des questions, mais certaines ne peuvent être posées qu'à des gens proches, ou que le feu de la conversation a déjà établi comme n'étant pas spécialement pudiques. Réfléchis à si tu demanderais quelque chose de similaire à une personne croisée de même manière, mais de ta couleur de peau.

Pour t'aider à ne pas commettre d'impairs, voici un bref listing non-exhaustif des questions à ne pas poser :
  • A moins de tomber sur quelqu'un qui t'y invite, ne demande pas à toucher les cheveux. Quand je croise des cheveux jusqu'aux hanches, j'ai envie de jouer à la Barbie, mais de façon surprenante, je m'en abstiens. 

  • BTW, oui, les cheveux crépus poussent, comme tout poil humain.
  • N'essaie pas de deviner l'origine de quelqu'un si cette personne te l'as déjà donnée. Vraiment, n'insiste pas
  • Ce n'est pas la couleur de peau qui détermine ta musique ou ton sport préférés. Est-ce que tous tes amis au teint mat et aux cheveux bouclés essaient de planter la Vache qui Rit façon corrida ? Est-ce que tu crois que le fantasme des Inuits est de fister des pingouins ? De même, les typés asiatiques n'adorent pas forcément Jackie Chan.
  • Oui, les Noirs bronzent, et même souvent davantage que les blonds : chimie élémentaire, la mélanine réagit aux U.V.. Je te laisse faire un rapide calcul de ce qu'il se passe quand un épiderme en est chargé.
  • Non, les Noirs n'aiment pas forcément le soleil ou la chaleur, tous comme les bruns ou les roux peuvent parfois mal tolérer le froid. En ce qui me concerne, ce long hiver était absolument parfait.
  • Il n'y a pas de style black. Il y a des hipsters noirs comme il y en a de toutes les couleurs. En revanche, les gothiques noirs galèrent un peu plus en matière de contraste entre la couleur de leur peau et leur vêture. C'est un peu comme décider que les roux s'habillent différemment des blonds.

  • Non, elle n'est pas plus grosse, ou alors je ne suis tombée que sur des Blancs un peu trop bien pourvus / Non, les Noires ne sont pas forcément plus chaudes dans un lit, c'est à la fois culturel et individuel. Forcément, si tu grandis dans une famille ou le sexe entre personnes consentantes est considéré comme normal et plutôt cool ; ou si tu as toujours entendu que c'est la voie royale menant à Satan, au pieu, t'auras ni les mêmes positions, ni les mêmes réactions. Freud a fait des dégâts.



Suis cette liste et en échange, personne ne te demandera en pleine réunion devant les big boss quelle est la couleur de tes tétons. C'est un peu personnel quand même.

vendredi 14 juin 2013

Dit Ailleurs

Je suis une dévoreuse de livres. Lorsqu'il m'arrive d'opter pour un roman contemporain français, un détail me broie les ovaires à la moissonneuse-batteuse : En tant que francophone non française, et encore moins parisienne, je ne connais pas le plan du métro par cœur, ni les quartiers ou paysages auxquels une pléthore d'auteurs font référence à tours de plumes. 

À vrai dire, lorsque je lis un roman américain, je suis capable de me figurer Central Park ou la 8e rue uniquement grâce à une poignée de décors installés en Californie, où je n'ai jamais foutu les pieds. Lorsque je lis de la Fantasy, je me retrouve à Castelcerf, en Skala ou dans ce qu'il reste de Winterfell. Rebelotte pour tout récit japonais se déroulant par exemple dans le Kyûshû ou à Okinawa, coins que mes Minna Parikka n'ont encore jamais eu l'heur de fouler. Néanmoins, j'ai beaucoup plus de facilité à me représenter ces lieux, car ils me sont à la fois exotiques et mystérieux. Des coins que je rêverais de découvrir (en-dehors de toute guerre civile, on est bien d'accord).


Et pourtant, ce n'est pas comme si Paname était complètement inaccessible : en un peu moins de 4h, je pourrais me retrouver dans la boutique Lush de la rue de Buci. Techniquement en 18h : Il m'a fallu trois semaines pour réussir à parcourir les 300m séparant l'Université de Kyoto de ma chambre d'étudiante sans me tromper: Je tiens mon sens de l'orientation de Roland. Je pourrais me poser à une terrasse avec un verre de rouge à la fois comestible et pour lequel je n'aurais plus besoin de vendre des bébés phoques à la mafia russe afin de financer ce petit plaisir (quand on dit que la Suisse est un pays cher, ce n'est pas une légende). Je pourrais visiter mille ruelles charmantes, musées, librairies.

Il n'empêche, ce n'est pas chez moi. Ce n'est pas une ville ou une atmosphère qui me fasse autrement rêver. Au contraire, cette insistance sur la ville lumière comme unique ville francophone est parfois pour moi un frein à l'immersion. Les auteurs se complaisent dans cette manie de t'expliquer par quelle rue n'évoquant rien pour toi les protagonnistes passent afin d'arriver devant la fontaine dont tu te gausses comme de ton premier test d'algèbre. Sans les décrire. Parce que tout le monde connaît Paris. Seuls les autres lieux méritent d'être dépeints à peu près correctement, comme si la grande ville était l'unique réalité, et que le reste du monde, ma foi, n'est que fiction.

C'est un point ressortant particulièrement dans les très rares occasions où je lis des ouvrages évoquant des coins que je connais. Hector Malot avait fait traverser à son pauvre petit Rémi sans famille les patelins où j'ai vécu une partie de mon enfance – dans un ordre complètement improbable, à moins qu'il marche en crabe, mais il n'empêche que pour une fois, je pouvais visualiser très précisément de quoi il s'agissait.

Ma grand-mère m'a offert une nouvelle écrite par une autrice suisse, et je fus transportée par un récit évoquant le zoo de Bâle (que je n'ai jamais eu le temps de visiter, bien que les locaux d'un ancien employeur en soient à un jet de pierre), les environs de Lausanne, Fribourg, parfois même de Genève. Ces lieux sont assez distants les uns des autres (toutes proportions gardées : je vis dans une contrée où il suffit de faire 2h d'autoroute dans n'importe quelle direction pour changer soit de langue, soit de pays). Et c'est bête, mais ce simple détail me réchauffait le cœur, créait un lien de proximité.




Auteur : Zep ; Source : http://journal.24heures.ch/titeuf-lausanne


Serais-je devenue chauvine ? Peut-être un peu. Mais principalement, je suis fatiguée de ce postulat selon lequel la Francophonie se résume à la capitale française. Ce n'est clairement pas la ville la plus affreuse du monde, mais voilà, j'en ai fait une overdose littéraire. Un coup de gueule de provinciale.

mercredi 12 juin 2013

Le Dit de la Fin

J'ai testé pour vous la fin de droit. Droit à l'assurance chômage, bien sûr, mais aussi droit de s'amuser, d'aller boire des bières entre amis, de s'envoyer une petite toile de temps à autres, droit de bouquiner sans culpabiliser, droit au poisson (une fois par mois, pas plus, sinon tu tues l'océan, pourriture communiste!). Droit de se considérer comme un être humain valable. Parce que mine de rien, ne pas trouver d'emploi fixe en 18 mois fait méchamment mal aux alentours du colon. C'est profondément destructeur. Ca te montre à quel point personne ne serait prêt à t'engager. Ta vie devient une chanson de Mylène Farmer.

Tristesse. Souffrance. Solitude. Ne manquent que les symboles religieux.

Tu passes tes journées à ne penser qu'aux profondeurs extrêmes dans lesquelles tu es tombée. Tu fais mieux que le plutonium 239, plongeant allègrement à travers le la croûte terrestre. Tu ne sers à rien, tu ne seras rien, puisque tu n'as même pas les qualifications pour passer une serpillière ou confectionner un latte à base de sirop de maïs génétiquement modifié. Pour les dreamjobs, tu resteras l'éternelle Number Two : La grosse bouse n'arrivant jamais en premier, rapport à l'expérience manquante, au parcours chaotique, etc.

Ce n'est qu'une mauvaise passe, te dis ton entourage de plus en plus restreint.

Non, c'est la vie, la vraie. Celle où tu finis SDF et où tu perds toutes tes dents.

Lorsque tu te regardes dans le miroir le matin, tu vois le mot échec écrit en lettres sanguinolentes. Puis tu soupires et vas chercher ton dissolvant et ton bien nommé I'm Suzy and I'm Chocoholic afin de recommencer à t'insulter par glace interposée.

Pour te changer les idées, tu te plonges dans l'intégrale de Rémi sans famille. Et là, c'est le drame.

Tu chépasketattes sans pouvoir réaliser la seule action qui pourrait t'aider : laisser pisser. Parce que l'électricité est un concept vachement sympa te permettant notamment de regarder Rémi sans famille. Et pour payer la fée électricité, il te faut des sous, donc, du taf. Une histoire de mouvement perpétuel.

Tu procrastines, parce que tu réalises avec horreur qu'il va te falloir demander un coup de main à ta grand-mère, celle-là même qui t'a appris à jouer au Scrabble à l'âge de 4 ans. C'est un peu comme aller vers Fiona Apple ou Thom Yorke et leur avouer que non, t'es pas à la hauteur pour faire un jam avec eux, même s'ils insistent. Tu vas décevoir. L'ennui est que tu commences à te dire que tu n'as pas le niveau pour faire un boeuf avec Justin Bieber non plus . Ouch.

Tu perds courage, espoir, pied. Tu loupes un battement de cœur à chaque fois que tu ouvres ta boîte mail ou qu'un numéro inconnu s'affiche sur ton mobile : c'est peut-être un type en costard t'appelant pour t'expliquer à quel point tu es inemployable, en te soufflant au visage la fumée de son cigare par Android interposé.

Tu flippes un peu à l'idée de perdre ta nationalité et de devoir vivre en Apatrie, rapport au fait que tu n'es pas née Suisse, mais en Suisse, pays à qui seuls le Bouthan, le Japon, la Chine et la Corée du Nord peuvent en remontrer en matière de foutage de gueule quant à la transmission de la citoyenneté. Les profiteurs perdent le précieux passeport et la notion de parasite est extrêmement large.

Hans Zimmer illustre tes sentiments. Tu te fais des films à longueurs de journée. Tu ères sur Internet comme une âme en peine.



Source http://musingsofanawkwardblackgirl.tumblr.com/
  
Puis tu te reprends et continue d'appeler, d'appeler, d'appeler de potentiels employeurs. Jusqu'à ta prochaine crise de panique. Ça aurait pu être pire : Ta vie aurait pu être rédigée par George R. R. Martin.

Get the fuck out of bed.

lundi 10 juin 2013

Dur

La septième révision de la loi suisse sur l'asile a été acceptée en votations populaires à plus de 78.5%. Plébiscitée dans tous les cantons, de 60.1% à plus de 86%. Plébiscitée, oui, mais dans l'indifférence, tant de la population avec 39% de votants, que de la presse romande, qui à part quelques quotidiens pour socialo-chevelus, s'intéresse davantage à l'autre sujet de votation (le mode d'élection du Conseil fédéral).

Ce dernier durcissement de conditions posant déjà problème à Amnesty a de fortes chances d'être nourries d'effets pervers. Un peu comme, la Lex Blocher qui a essentiellement consisté à prolonger le délai d'attente des requérants d'asile, à les précariser encore davantage, et partant, à peupler nos villes d'une armée de réserve inépuisable de dealers.

Parmi ces terroristes-étrangers-qui-n'aiment-pas-les-combats-de-reines, 11% se voient néanmoins accorder l'asile. Cela en fait presque 9 sur 10 qui se retrouvent à faire des aller-retours entre leur pays d'origine qui n'en veut plus, et la terre d'accueil qui les rejette également (aux frais d'une population effrayée par ces profiteurs-voleurs-d'emplois).

Il faut voir les conditions: paupérisation, droit de recours passant de 30 à 5 jours, détention administrative (genre si tu prends le train sans billet parce que t'as pas d'aide sociale, mais que le trajet Genève-Lausanne équivaut au PNB du Danemark) jusqu'à 18 mois pour les « insoumis » (les dangereux-terroristes-resquilleurs, alors que l'épouse francophone est placée à St-Gall, dans la partie germanophone, et son mari à Genève).

La nouvelle loi a au moins pour mérite d'accélérer les procédures de traitement des dossiers de requérants. Or, à moins d'engager des myriades de fonctionnaires cantonaux, je vois assez mal comment elle pourrait se traduire autrement que par des montagnes de NEM distribuées aléatoirement selon la méthode d'Am, Stram & Gram (1956).

Malheureusement, ce résultat n'est pas une surprise. En revanche, l'ampleur de l'acceptation en est une, bien que le projet, largement soutenu par l'UDC, soit porté par une ministre inscrite au PS. Sinon, le siège du HCR est où déjà ?

Durcir encore et toujours le droit d'asile. Tant qu'à faire revenons au temps où fuir une société malade était classé comme une maladie mentale.



Source : ladernieregorgeedebiere.tumblr.com/


lundi 3 juin 2013

Le Dit futile

This is a man's world. Et dans ce monde d'hommes, les hommes de sexe féminin comptent pour de la margarine, le beurre faisant grossir. Les sujets et sports associés au féminin sont classés inimportants, futiles. Le foot et la danse sont deux sports intenses nécessitant puissance, rapidité, rythme, précision et un contrôle quasi absolu de chaque muscle de son corps. Lequel n'est considéré que comme un exercice réservé aux nénettes et aux pédés-du-cul ?

Hint:



Du point de vue des jouets, nous avons les poupées Mattel VS Bandai. Les premières pour simuler la vie de tous les jours, y compris des phénomènes aussi stupides qu'un mélange de phéromones et d'ocytocine déclenchant entre autres sudation, gémissements et dilatation provisoire des pupilles. Oui, je parle de cul. les secondes pour un mélange de testostérone et d'adrénaline pour simuler des activités provoquant une dilatation permanente des pupilles. Cette vieille histoire d'Eros et Thanatos, de pulsion de vie VS pulsion de mort.

Dans la sphère masculine, la compétition, le combat des coqs (en Suisse, nous parlerions de combats de reines, sauf qu'on fait référence ici à des bestiaux caractériels d'une demi-tonne, et non aux amies de Priscilla en goguette dans le désert), une lutte sans merci pour la possession d'un territoire, de ressources ou d'un objet de sexe féminin. Sont donc valorisés les sports ou jeux dont le gameplay se base sur l'affrontement.
Dans la sphère féminine, la douceur, l'amour, l'intérieur et le romantisme sont de mise. Donc il s'agit d'être joli et confortable (ce qui est profondément antinomique pour une discipline telle que la danse, forme esthétique de torture). La vestale sur un piédestal. Encore ce bon vieux complexe de la vierge.



Source: http://www.tumblr.com/tagged/pointe%20ballet?language=fr_FR


Ainsi, dans un monde dominé par des codes portant aux nues les valeurs de la mort et de la guerre, ou le Valhalla n'est accessible qu'aux braves tombant au combat, les formes de sport reposant sur une confrontation directe comme football, rugby ou basket ne peuvent être qu'au panthéon. La danse, sport d'équipe par excellence puisque plusieurs corps doivent respirer à l'unisson, sport coopératif exprimant une idée, la beauté, n'est qu'exercice futile où il s'agit de mater des culs moulés dans des matières synthétiques. Un poing dans la gueule lors d'un match de boxe a beaucoup plus d'importance, en matière de couverture médiatique.

Certes, les compétitions de sports dits féminins, en-dehors de Jeux Olympiques, n'ont pas la portée symbolique que les compétitions de sport-tout-court, à savoir masculines. En effet, Norbert Elias rappelait que depuis que la guerre n'est plus une histoire d'aller latter les paysans d'à côté et de revenir à temps pour mater pépère le début de la 6e saison de True Blood, les grands de ce monde ont du trouver d'autres moyens pour régler les concours de quéquettes internationales : Le sport devenait le nouvel endroit où cristalliser l'esprit d'une nation derrière l'homme parfait, le plus beau, le plus fort, le plus rapide. La guerre et la mort étant des affaires sérieuses, des affaires d'hommes, les compétitions mettant en avant des sports masculins basés sur la compétition et l'affrontement ont gardé ce caractère sérieux, parfois militaire, si on regarde l'organisation de certains supporters venus latter les couilles des fans de l'équipe adverse à coup de doc à coque rouillée cirées au tabasco.

En même temps, des disciplines acceptées comme masculines sont souvent décrédibilisées lorsque conjuguées au féminin. Le premier marathon couru par des femmes au vingtième fut hautement controversé : Jamais des donzelles (en short qui plus est!) ne pourraient avoir la condition physique nécessaire pour courir une telle distance, contrairement à leurs alter ego à barbe, disait-on. Si, lors du premier opus, la préparation insuffisante des dames fit mine de donner raison aux détracteurs, l'amélioration continue des chronomètres, au point de se rapprocher des exploits masculins, dément cette hypothèse.



Vint alors le contrecoup du coup de la secousse.

Une femme ayant de trop bons résultats sportifs est forcément une tricheuse, car pas assez femme. Une femme ayant naturellement plus de testostérone que la moyenne des femmes doit jouer sur ses hormones, car ce n'est pas du jeu. Qu'en est-il des hommes effroyablement hormonés ? Devrait-on raccourcir les basketteurs de plus de 2m car leurs caractéristiques physiques les avantages par rapports aux kékés d'1m65 ?

Cette crainte de la femme masculinisée, de l'amazone, n'est pas nouvelle. Sous nos latitudes, outre les combats strictement politiques comme le mouvement des suffragettes ou le droit de disposer de nos corps, les restrictions pour les femmes se sont également liées à des niveaux plus symboliques. Le sport en fait partie et une de ses restrictions résidait dans l'habillement considéré comme approprié pour les ressortissantes du sexe démoniaque.

En effet, à partir du moment où de longues et lourdes jupes sont à l'honneur, il devient très difficile de faire du vélo, ou de se lancer dans le saut à la perche. Avant l'apparition du pantalon féminin, du maillot de bain ou des minijupes, les femmes n'étaient pas sensées être musclées, mais potelées, sages et à l'intérieur, que ce soit de leur maison où de celles où elles se montraient. Il s'agissait, au nom de la décence et de la beauté d'entraver des corps. Je défie quiconque de se lancer dans un affrontement de kung fu en vertugadin. Milla Jovovitch restant hors catégorie : elle tue aussi des zombies.



Le mercenariat n'est pas spécialement apprécié, il y a même quelques tentatives pour l'interdire ou au moins le réguler au niveau international. Il ne fait néanmoins jamais l'enjeu d'un débat de société aussi intenses que la prostitution, et lorsqu'on en discute, ce n'est certainement pas pour les mêmes raisons. L'insulte suprême pour un homme n'est jamais de vendre sa mort, sa force active de vie, pour une cause à laquelle il ne croit pas toujours contre de l'argent. En France, le mercenariat n'est pas conspué parce qu'on met ce que l'on a de plus précieux, sa vie, en jeu sur mandat, mais pour des questions de géopolitique ou de raison d'Etat – ce qui est déjà pas mal. Faudrait pas qu'un pays aléatoire africain parte en sucette parce que ses forces armées sont artificiellement grossies : ce serait du dopage. En Suisse, le milieu des organisations inter- et non gouvernementales met en avant la question de la responsabilité (accountability ou imputabilité). Un agent de sécurité privé, qui pratique une forme de mercenariat ; un militaire qui vend tout autant sa peau, mais cette fois dans le cadre de l'Etat ; ne se voient pas attribuer cette souillure incombant aux travailleuses du sexe. Thanatos est nettement plus coté que son pote Eros.

Le mercenariat touchant à la pulsion de vie, a.k.a., la prostitution est en revanche le summum de l'insulte pour une femme : cela touche au sexe, qui est déjà sale et malsain, et en plus pour de l'argent. La prostitution est donc honnie car les femmes (ou hommes, ou encore trans', bref...) la pratiquant vendent ce qu'on leur impute de plus précieux, à savoir leur sexualité, avec tous les fantasmes d'insulte à l'ordre social qu'une sexualité féminine (etc.) très active implique. En revanche pas d'insulte équivalente pour les purs et généreux clients de prostituée : dans notre monde, les clients ou amateurs de porno sont les Gentils, même s'ils contribuent à la pérennité d'une industrie ne mettant pas toujours en avant des concepts choupis, comme le consentement, la sécurité des conditions de travail ou l'intégrité physique. Je l'ai dit et je le répète : la femme et sa sexualité sont des taboussociaux, et ce sont toujours les tabous qui font l'objet des pires jurons
 

Parce que quand on pense femme, l'image associée n'est ni Eros, ni Thanatos, mais bien Anteros, frère oublié du premier : Si Eros est le dieu de l'Orgie, Antéros est le dieu de l'Amour réciproque. On revient à cette bonne vieille histoire de la mère VS la pute qui, forcément, a une fonction autrement plus défoulatoire que Bobonne à la maison. Parce que des crânes éclatés sont acceptables pour Facebook, mais pas une femme allaitant – peut-être avec les bébés hérissons la vision la moins sexuelle au monde (le slutshaming néanmoins entraîne une réaction nettement moins immédiate des modérateurs du site en F). La vue d'un sein risque de choquer les enfants suffisamment jeunes pour se souvenir encore très précisément du goût des nichons de leur daronne. Ou le message des Antigones aux Femen est censuré par Youtube, car des photos de seins nus sont diffusées. Il faut plus d'une minute, montre en main, afin d'accéder à la vidéo la plus WTF depuis la publicité de 1989 pour la Légende de Zelda.



Allez, c'est cadeau
C'est très freudien, tout cela.