vendredi 14 juin 2013

Dit Ailleurs

Je suis une dévoreuse de livres. Lorsqu'il m'arrive d'opter pour un roman contemporain français, un détail me broie les ovaires à la moissonneuse-batteuse : En tant que francophone non française, et encore moins parisienne, je ne connais pas le plan du métro par cœur, ni les quartiers ou paysages auxquels une pléthore d'auteurs font référence à tours de plumes. 

À vrai dire, lorsque je lis un roman américain, je suis capable de me figurer Central Park ou la 8e rue uniquement grâce à une poignée de décors installés en Californie, où je n'ai jamais foutu les pieds. Lorsque je lis de la Fantasy, je me retrouve à Castelcerf, en Skala ou dans ce qu'il reste de Winterfell. Rebelotte pour tout récit japonais se déroulant par exemple dans le Kyûshû ou à Okinawa, coins que mes Minna Parikka n'ont encore jamais eu l'heur de fouler. Néanmoins, j'ai beaucoup plus de facilité à me représenter ces lieux, car ils me sont à la fois exotiques et mystérieux. Des coins que je rêverais de découvrir (en-dehors de toute guerre civile, on est bien d'accord).


Et pourtant, ce n'est pas comme si Paname était complètement inaccessible : en un peu moins de 4h, je pourrais me retrouver dans la boutique Lush de la rue de Buci. Techniquement en 18h : Il m'a fallu trois semaines pour réussir à parcourir les 300m séparant l'Université de Kyoto de ma chambre d'étudiante sans me tromper: Je tiens mon sens de l'orientation de Roland. Je pourrais me poser à une terrasse avec un verre de rouge à la fois comestible et pour lequel je n'aurais plus besoin de vendre des bébés phoques à la mafia russe afin de financer ce petit plaisir (quand on dit que la Suisse est un pays cher, ce n'est pas une légende). Je pourrais visiter mille ruelles charmantes, musées, librairies.

Il n'empêche, ce n'est pas chez moi. Ce n'est pas une ville ou une atmosphère qui me fasse autrement rêver. Au contraire, cette insistance sur la ville lumière comme unique ville francophone est parfois pour moi un frein à l'immersion. Les auteurs se complaisent dans cette manie de t'expliquer par quelle rue n'évoquant rien pour toi les protagonnistes passent afin d'arriver devant la fontaine dont tu te gausses comme de ton premier test d'algèbre. Sans les décrire. Parce que tout le monde connaît Paris. Seuls les autres lieux méritent d'être dépeints à peu près correctement, comme si la grande ville était l'unique réalité, et que le reste du monde, ma foi, n'est que fiction.

C'est un point ressortant particulièrement dans les très rares occasions où je lis des ouvrages évoquant des coins que je connais. Hector Malot avait fait traverser à son pauvre petit Rémi sans famille les patelins où j'ai vécu une partie de mon enfance – dans un ordre complètement improbable, à moins qu'il marche en crabe, mais il n'empêche que pour une fois, je pouvais visualiser très précisément de quoi il s'agissait.

Ma grand-mère m'a offert une nouvelle écrite par une autrice suisse, et je fus transportée par un récit évoquant le zoo de Bâle (que je n'ai jamais eu le temps de visiter, bien que les locaux d'un ancien employeur en soient à un jet de pierre), les environs de Lausanne, Fribourg, parfois même de Genève. Ces lieux sont assez distants les uns des autres (toutes proportions gardées : je vis dans une contrée où il suffit de faire 2h d'autoroute dans n'importe quelle direction pour changer soit de langue, soit de pays). Et c'est bête, mais ce simple détail me réchauffait le cœur, créait un lien de proximité.




Auteur : Zep ; Source : http://journal.24heures.ch/titeuf-lausanne


Serais-je devenue chauvine ? Peut-être un peu. Mais principalement, je suis fatiguée de ce postulat selon lequel la Francophonie se résume à la capitale française. Ce n'est clairement pas la ville la plus affreuse du monde, mais voilà, j'en ai fait une overdose littéraire. Un coup de gueule de provinciale.

3 commentaires:

  1. La francophonie est bien plus vaste: la Suisse, la Belgique (moi, chauvine aussi?), le Québec et même toutes les anciennes colonies françaises ou les DOM TOM ..

    RépondreSupprimer
  2. Si ça peut te consoler, moi aussi, en tant que Française originairement provinciale et expatriée en Italie, ce parisianocentrisme me les brise au casse-noix.
    Les livres, les films... Paris, toujours Paris. Et quand c'est pas Paris, c'est pour montrer volontairement des gros ploucs "si typiques mais attachants". Suivez mon regard vers Bienvenue Chez les Ch'tits.
    Et du coup, les étrangers n'ont que cette ville à la bouche, Paris, Paris, Paris.
    99% des Italiens que je rencontre, quand ils savent que je suis Française, leur phrase d'après contient le mot Paris.
    Ils sont déjà allé à Paris en vacances, oh ça alors, c'est TELLEMENT intéressant (moi je ne suis JAMAIS allé à Paris en vacances, t'espérais que ça nous ferait un point commun, dommage ma poule).
    Et en tant que Française, pour eux, je suis censée connaitre Paris. Évidemment.

    Merci qui ?
    Merci Pennac (un des auteurs contemporains français les plus connus ici)

    Mais d'un autre côté.... avouez que quand on vous dit Italie, vous pensez illico Rome, non ? ;)


    RépondreSupprimer
  3. Coucou le chat!

    Pas forcément, étant dans un territoire fragmenté, je pense par région, plutôt que pays = capitale.

    Ainsi, il y a l'Angleterre et il y a Londres, une autre Angleterre. Pareil pour la France. Mes grands-parents de coeur étaient d'Isère.

    Après, en lisant des romans contemporains américains, il ne me viendrait pas à l'esprit que le Maine ou le Montana soit plus US que New York ou la Californie. Ils ne sont jamais gommés à ce point là.

    Mais tu as raison, merci Pennac et autres auteurs francophones européens à succès traduits (parce que Nothomb est aussi à mettre dans le lot)

    RépondreSupprimer