mercredi 12 juin 2013

Le Dit de la Fin

J'ai testé pour vous la fin de droit. Droit à l'assurance chômage, bien sûr, mais aussi droit de s'amuser, d'aller boire des bières entre amis, de s'envoyer une petite toile de temps à autres, droit de bouquiner sans culpabiliser, droit au poisson (une fois par mois, pas plus, sinon tu tues l'océan, pourriture communiste!). Droit de se considérer comme un être humain valable. Parce que mine de rien, ne pas trouver d'emploi fixe en 18 mois fait méchamment mal aux alentours du colon. C'est profondément destructeur. Ca te montre à quel point personne ne serait prêt à t'engager. Ta vie devient une chanson de Mylène Farmer.

Tristesse. Souffrance. Solitude. Ne manquent que les symboles religieux.

Tu passes tes journées à ne penser qu'aux profondeurs extrêmes dans lesquelles tu es tombée. Tu fais mieux que le plutonium 239, plongeant allègrement à travers le la croûte terrestre. Tu ne sers à rien, tu ne seras rien, puisque tu n'as même pas les qualifications pour passer une serpillière ou confectionner un latte à base de sirop de maïs génétiquement modifié. Pour les dreamjobs, tu resteras l'éternelle Number Two : La grosse bouse n'arrivant jamais en premier, rapport à l'expérience manquante, au parcours chaotique, etc.

Ce n'est qu'une mauvaise passe, te dis ton entourage de plus en plus restreint.

Non, c'est la vie, la vraie. Celle où tu finis SDF et où tu perds toutes tes dents.

Lorsque tu te regardes dans le miroir le matin, tu vois le mot échec écrit en lettres sanguinolentes. Puis tu soupires et vas chercher ton dissolvant et ton bien nommé I'm Suzy and I'm Chocoholic afin de recommencer à t'insulter par glace interposée.

Pour te changer les idées, tu te plonges dans l'intégrale de Rémi sans famille. Et là, c'est le drame.

Tu chépasketattes sans pouvoir réaliser la seule action qui pourrait t'aider : laisser pisser. Parce que l'électricité est un concept vachement sympa te permettant notamment de regarder Rémi sans famille. Et pour payer la fée électricité, il te faut des sous, donc, du taf. Une histoire de mouvement perpétuel.

Tu procrastines, parce que tu réalises avec horreur qu'il va te falloir demander un coup de main à ta grand-mère, celle-là même qui t'a appris à jouer au Scrabble à l'âge de 4 ans. C'est un peu comme aller vers Fiona Apple ou Thom Yorke et leur avouer que non, t'es pas à la hauteur pour faire un jam avec eux, même s'ils insistent. Tu vas décevoir. L'ennui est que tu commences à te dire que tu n'as pas le niveau pour faire un boeuf avec Justin Bieber non plus . Ouch.

Tu perds courage, espoir, pied. Tu loupes un battement de cœur à chaque fois que tu ouvres ta boîte mail ou qu'un numéro inconnu s'affiche sur ton mobile : c'est peut-être un type en costard t'appelant pour t'expliquer à quel point tu es inemployable, en te soufflant au visage la fumée de son cigare par Android interposé.

Tu flippes un peu à l'idée de perdre ta nationalité et de devoir vivre en Apatrie, rapport au fait que tu n'es pas née Suisse, mais en Suisse, pays à qui seuls le Bouthan, le Japon, la Chine et la Corée du Nord peuvent en remontrer en matière de foutage de gueule quant à la transmission de la citoyenneté. Les profiteurs perdent le précieux passeport et la notion de parasite est extrêmement large.

Hans Zimmer illustre tes sentiments. Tu te fais des films à longueurs de journée. Tu ères sur Internet comme une âme en peine.



Source http://musingsofanawkwardblackgirl.tumblr.com/
  
Puis tu te reprends et continue d'appeler, d'appeler, d'appeler de potentiels employeurs. Jusqu'à ta prochaine crise de panique. Ça aurait pu être pire : Ta vie aurait pu être rédigée par George R. R. Martin.

Get the fuck out of bed.

2 commentaires:

  1. J'en suis là aussi.
    Avec la chance d'être en française en France donc d'avoir droit aux minima sociaux qui me permettent de ne pas demander d'aide à mes parents (qui m'en donnent quand même) pour manger et me chauffer. Mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que si ça se trouve en faisant moins d'études, je galèrerais peut-être moins actuellement.
    Je planifie limite à la journée parce que si je lève les yeux du guidon c'est la crise de panique instantanée.
    Une seule chose me tient en vie : nous sommes les aventuriers post-modernes, survivre est notre manière de "résister".

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  2. c'est aussi ce que je me dis. C'est tout de même dingue, sur le papier, les études sont sensées ouvrir des portes...

    enfin la prochaine fois, je développerai une passion invétérée pour les champs magnétiques, ce qui me permettra peut-être d'être ingénieure quelque part. Il y en a peut-être 5 en Suisse...

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