dimanche 30 juin 2013

Le Dit Décomplexé

Le politiquement correct (PC) pue du cul. Il faut se décomplexer la moindre. « Décomplexé » est paradoxalement souvent un terme PC pour « extrémiste ». La version soft du décomplexé, c'est l'onépamé : On est pas homophobe/ sexiste/ raciste/ sectaire/ Sookie Stackhouse, mais. La version hard en revanche, porte clairement ses couleurs (brunes) (Ouais, point Godwin dès la 4e ligne !). Fier-e-s- d'être intransigeant ; luttant contre la bien-pensance, ce concept nazi-communiste pour hippie ; fier-e-s de savoir ; d'être élu-e ; d'appeler un chat, un chat ; de faire preuve de bon sens ; de réalisme ; car il n'est d'autre vérité que la sienne.

La bien-pensance, c'est penser bisounours, c'est ne pas voir le Mal (ou être un poil hypocrite, rapport aux enjeux de luttes qui ne sont pas toujours égaux). On peut retourner la pièce et décider que c'est tout simplement refuser le Mal, refuser de laisser des sentiments négatifs entrer en nous. Malheureusement, à grande échelle, refuser cette partie de l'être humain tourne facilement en sucette : c'est qu'en face des bien-pensants, il y a des mal-pensants. Et depuis Cro-Magnon, le monde appartient aux détenteurs du plus gros gourdin. La peste brune ou le Traité de Versailles ne sont pas seuls responsables de la IIe Guerre mondiale : le pacifisme aveugle a bien participé.

Décomplexé...


Il y a deux façons de comprendre le terme décomplexé dans son utilisation actuelle: Au sens propre, il renvoie à l'absence de complexe, de tabou, ce qui est à double tranchant. Parler de sexe sans tabou permet de libérer la parole, l'esprit, les corps. Cela permet de dédramatiser un acte qui n'est pas forcément sacré, lorsqu'il se fait mécaniquement pour s'endormir ou lorsqu'on s'éclate avec un coup d'un soir. L'absence de tabou permet de réaliser qu'un vagin n'est pas qu'un monstre mystérieux, sombre et denté, (j'y reviendrai dans une prochaine série de billets), mais aussi un organe sympa, bien conçu, plutôt joli et doté d'un grand pouvoir (impliquant de grandes responsabilités). La tabouctomie entraîne parfois néanmoins des propos bien écœurants.

Tout est question de contexte et de public.

Une personne rencontrée dans un contexte professionnel et avec qui j'entretenais une excellente relation se livrait souvent à moi, m'entretenant notamment de ses conquêtes. Dans ce contexte, cela ne me gênait pas, déjà parce que j'ai une bonne capacité d'écoute, mais aussi parce que j'en faisais de même, que nous nous trouvions à ce moment-là dans des périodes plutôt difficiles de nos vie et que nous nous étions mutuellement assez bien cernés. Nous étions dans le soutien, dans le partage, dans la réflexion, dans l'amitié. Il avait besoin d'une épaule et je suis psychologiquement gaulée comme une nageuse est-allemande. D'autres personnes, pudiques (ce qui ne signifie pas nécessairement coincées), auraient été moins réceptives et se seraient rappelées qu'elles étaient dans un contexte professionnel, ce qui aurait été problématique. S'il s'était agi de quelqu'un d'autre, s'il n'y avait pas eu cette connexion, j'aurais naturellement proposé un lavement sur base de harissa.

Dans une autre vie, un collègue très désagréable tenait toujours absolument à nous raconter par le menu ses vacances en Thaïlande. Et il n'y allait pas pour le paysage. Le gus souffrait d'une maladie dégénérative rendant son élocution peu intelligible. A cause de ses histoires nous mettant tous très mal à l'aise, personne ne s'intéressait suffisamment à lui pour être au fait de sa maladie. Toute la boîte pensait qu'il était simplement super intelligent pour un mec avec une case en moins. Toute la boîte refusait de s'avouer que c'était un horrible bonhomme doté d'une intelligence moyenne qui jouait de sa maladie pour s'en tirer là où l'individu lambda y aurait laissé des plumes. En Thaïlande et en Suisse. Autant un handicap ou une maladie grave ne devraient priver personne d'une sexualité, autant les mains dans ses poches lorsqu'on parle avec des collègues du sexe opposé ou simplement préférer les plages aux bordels thaïlandais sont des concepts plutôt choupi. Un comportement décomplexé intelligent ici eût été de soulever le fait que son comportement était moyen, quels que soit sa maladie ou son état mental. Là, c'était du harcèlement, et plus, sans affinités.

Ou « décomplexifié » ?


D'un autre côté, le terme « décomplexé » est utilisé par abus de langage: plutôt que de retirer du complexe, de la honte, il est simplificateur à l'extrême. Simpliste, décomplexifié. Il retire de la complexité (plutôt que du complexe-tabou) aux faits sociaux pour ne plus voir comme alternatives envisageables que des solutions fi simplistes. En Suisse, l'UDC en est la grande championne avec sa réponse universelle de l'étranger responsable de tous les maux. Même pour les questions d'approvisionnement énergétique. Pavlov aurait adoré.

Cette deuxième acception du terme « décomplexé » inclut la première. 1) Il n'y a pas de tabou ET 2) le monde est unidimensionnel. Le virage droitiste « décomplexé » (soit un terme poli pour ne pas dire extrémiste, xénophobe, rétrograde, voire facho faisandé) européen s'y inscrit. Ce d'autant plus que les gauchistes d'en face s'empêtrent dans des considérations déconstructivistes et relativistes : plus personne ne les suit car il devient très difficile de comprendre où ils veulent en venir (puis ce sont un peu des traîtres).

Exemple tout trouvé : le hijab, symbole d'oppression, non de foi, non d'extrémisme, non de communautarisme, non de liberté, non de différence: En France où le sentiment d'appartenance nationale est basée sur l'universalisme, il n'est pas franchement adulé. Dans les pays anglo-saxons où l'appartenance se fonde sur les particularismes, on dit s'en taper. Sauf dans les banques ou les aéroports, pour des questions de sécurité. La sécurité ici peut renvoyer au racisme : les nonnes n'ont pas besoin de se découvrir lorsqu'elles prennent l'avion. Dans le même registre, les afros de célébrités  ou de simples quidams représentent un tel danger potentiel qu'ils nécessitent une fouille minutieuse. Il peut néanmoins parfois y avoir un souci légitime de sécurité lorsqu'un niqab ou une burqa empêchent les passeports biométriques ou les caméras de surveillance de faire leur taf. Heureusement, il reste les smartphones traqués par la NSA.

Ce décomplexé-là, l'amateur de solutions simples, renvoie souvent aux « onépamé » mentionnés plus haut, et a du prononcer une ou deux fois « on a toujours fait ainsi », « c'est universel », « c'est comme ça », « c'est pas naturel », « 'y a 'pu d'valeurs » et autres arguments finement développés. Il s'appuie sur l'ostracisme. Il y a soi et il y a les autres. Et les autres ne devraient pas exister, car selon tel précepte religieux / la théorie des pompons poilus / la Tradition / le comportement des poulpes dans la Nature, ce sont des abominations. Comme Sookie Stackhouse.

Casuistique des décomplexé-e-s


Partant de là, certains actes répréhensibles ne sont plus que le fait d'une absence de complexe.

Ainsi, un cycliste dopé aux hormones de requin-baleine n'est jamais qu'un gagnant décomplexé.

Un queutard sautant sur tout ce qui bouge avec une notion aléatoire du consentement est simplement un dragueur décomplexé.

Un général glabre ordonnant l'épuration ethnique d'un village peuplé de barbus n'est autre qu'un Mr. Propre décomplexé.

Tepco propose depuis deux ans un sauna à ciel ouvert de manière décomplexée.

Il n'est point de pillards, uniquement des collectionneurs décomplexés.

Starbucks propose des gourmandises à base d'acides gras décomplexés.

Les cadres dirigeants de l'UBS ont tout au plus des incisives décomplexées.

C'est cool le simplisme décomplexé.



Source: http://www.cityboy.biz/node/193 

2 commentaires:

  1. "Il avait besoin d'une épaule et je suis psychologiquement gaulée comme une nageuse est-allemande" Mais quelle plume, bordel! :)

    Et sinon, difficile de rebondir (surtout en tant que Bisounours assumé) mais excellente analyse. Il y a peu de temps, un voisin d'atelier m'assurait qu'il n'était pas homophobe mais qu'il fallait reconnaitre que Barjot avait je cite "le courage de ses opinions", n'attendant qu'une approbation de ma part pour continuer sur cette lancée. Je me fais taxer d'angelisme et d'hypocrisie dès que je m'oppose à ce type de discours, donc en réalité, le "mal pensant" étant souvent synonyme de minorité, je me demande si les roles ne s'inverseront pas tôt ou tard. Ca fait un peu froid dans le dos.

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  2. Merci *rosit délicatement*

    Oui, c'est la revendication de pouvoir dire des saloperies sans pour autant être pris pour un salaud. C'est un peu fort quand même.

    Une amie m'avait parlé d'une étude disant qu'en général, dans toute société, on a 20% de "mal-pensants" s'exprimant partout et persuadés de faire partie de la majorité et 80% de "bien-pensants" silencieux appartenant poourtant à la majorité.

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