lundi 3 juin 2013

Le Dit futile

This is a man's world. Et dans ce monde d'hommes, les hommes de sexe féminin comptent pour de la margarine, le beurre faisant grossir. Les sujets et sports associés au féminin sont classés inimportants, futiles. Le foot et la danse sont deux sports intenses nécessitant puissance, rapidité, rythme, précision et un contrôle quasi absolu de chaque muscle de son corps. Lequel n'est considéré que comme un exercice réservé aux nénettes et aux pédés-du-cul ?

Hint:



Du point de vue des jouets, nous avons les poupées Mattel VS Bandai. Les premières pour simuler la vie de tous les jours, y compris des phénomènes aussi stupides qu'un mélange de phéromones et d'ocytocine déclenchant entre autres sudation, gémissements et dilatation provisoire des pupilles. Oui, je parle de cul. les secondes pour un mélange de testostérone et d'adrénaline pour simuler des activités provoquant une dilatation permanente des pupilles. Cette vieille histoire d'Eros et Thanatos, de pulsion de vie VS pulsion de mort.

Dans la sphère masculine, la compétition, le combat des coqs (en Suisse, nous parlerions de combats de reines, sauf qu'on fait référence ici à des bestiaux caractériels d'une demi-tonne, et non aux amies de Priscilla en goguette dans le désert), une lutte sans merci pour la possession d'un territoire, de ressources ou d'un objet de sexe féminin. Sont donc valorisés les sports ou jeux dont le gameplay se base sur l'affrontement.
Dans la sphère féminine, la douceur, l'amour, l'intérieur et le romantisme sont de mise. Donc il s'agit d'être joli et confortable (ce qui est profondément antinomique pour une discipline telle que la danse, forme esthétique de torture). La vestale sur un piédestal. Encore ce bon vieux complexe de la vierge.



Source: http://www.tumblr.com/tagged/pointe%20ballet?language=fr_FR


Ainsi, dans un monde dominé par des codes portant aux nues les valeurs de la mort et de la guerre, ou le Valhalla n'est accessible qu'aux braves tombant au combat, les formes de sport reposant sur une confrontation directe comme football, rugby ou basket ne peuvent être qu'au panthéon. La danse, sport d'équipe par excellence puisque plusieurs corps doivent respirer à l'unisson, sport coopératif exprimant une idée, la beauté, n'est qu'exercice futile où il s'agit de mater des culs moulés dans des matières synthétiques. Un poing dans la gueule lors d'un match de boxe a beaucoup plus d'importance, en matière de couverture médiatique.

Certes, les compétitions de sports dits féminins, en-dehors de Jeux Olympiques, n'ont pas la portée symbolique que les compétitions de sport-tout-court, à savoir masculines. En effet, Norbert Elias rappelait que depuis que la guerre n'est plus une histoire d'aller latter les paysans d'à côté et de revenir à temps pour mater pépère le début de la 6e saison de True Blood, les grands de ce monde ont du trouver d'autres moyens pour régler les concours de quéquettes internationales : Le sport devenait le nouvel endroit où cristalliser l'esprit d'une nation derrière l'homme parfait, le plus beau, le plus fort, le plus rapide. La guerre et la mort étant des affaires sérieuses, des affaires d'hommes, les compétitions mettant en avant des sports masculins basés sur la compétition et l'affrontement ont gardé ce caractère sérieux, parfois militaire, si on regarde l'organisation de certains supporters venus latter les couilles des fans de l'équipe adverse à coup de doc à coque rouillée cirées au tabasco.

En même temps, des disciplines acceptées comme masculines sont souvent décrédibilisées lorsque conjuguées au féminin. Le premier marathon couru par des femmes au vingtième fut hautement controversé : Jamais des donzelles (en short qui plus est!) ne pourraient avoir la condition physique nécessaire pour courir une telle distance, contrairement à leurs alter ego à barbe, disait-on. Si, lors du premier opus, la préparation insuffisante des dames fit mine de donner raison aux détracteurs, l'amélioration continue des chronomètres, au point de se rapprocher des exploits masculins, dément cette hypothèse.



Vint alors le contrecoup du coup de la secousse.

Une femme ayant de trop bons résultats sportifs est forcément une tricheuse, car pas assez femme. Une femme ayant naturellement plus de testostérone que la moyenne des femmes doit jouer sur ses hormones, car ce n'est pas du jeu. Qu'en est-il des hommes effroyablement hormonés ? Devrait-on raccourcir les basketteurs de plus de 2m car leurs caractéristiques physiques les avantages par rapports aux kékés d'1m65 ?

Cette crainte de la femme masculinisée, de l'amazone, n'est pas nouvelle. Sous nos latitudes, outre les combats strictement politiques comme le mouvement des suffragettes ou le droit de disposer de nos corps, les restrictions pour les femmes se sont également liées à des niveaux plus symboliques. Le sport en fait partie et une de ses restrictions résidait dans l'habillement considéré comme approprié pour les ressortissantes du sexe démoniaque.

En effet, à partir du moment où de longues et lourdes jupes sont à l'honneur, il devient très difficile de faire du vélo, ou de se lancer dans le saut à la perche. Avant l'apparition du pantalon féminin, du maillot de bain ou des minijupes, les femmes n'étaient pas sensées être musclées, mais potelées, sages et à l'intérieur, que ce soit de leur maison où de celles où elles se montraient. Il s'agissait, au nom de la décence et de la beauté d'entraver des corps. Je défie quiconque de se lancer dans un affrontement de kung fu en vertugadin. Milla Jovovitch restant hors catégorie : elle tue aussi des zombies.



Le mercenariat n'est pas spécialement apprécié, il y a même quelques tentatives pour l'interdire ou au moins le réguler au niveau international. Il ne fait néanmoins jamais l'enjeu d'un débat de société aussi intenses que la prostitution, et lorsqu'on en discute, ce n'est certainement pas pour les mêmes raisons. L'insulte suprême pour un homme n'est jamais de vendre sa mort, sa force active de vie, pour une cause à laquelle il ne croit pas toujours contre de l'argent. En France, le mercenariat n'est pas conspué parce qu'on met ce que l'on a de plus précieux, sa vie, en jeu sur mandat, mais pour des questions de géopolitique ou de raison d'Etat – ce qui est déjà pas mal. Faudrait pas qu'un pays aléatoire africain parte en sucette parce que ses forces armées sont artificiellement grossies : ce serait du dopage. En Suisse, le milieu des organisations inter- et non gouvernementales met en avant la question de la responsabilité (accountability ou imputabilité). Un agent de sécurité privé, qui pratique une forme de mercenariat ; un militaire qui vend tout autant sa peau, mais cette fois dans le cadre de l'Etat ; ne se voient pas attribuer cette souillure incombant aux travailleuses du sexe. Thanatos est nettement plus coté que son pote Eros.

Le mercenariat touchant à la pulsion de vie, a.k.a., la prostitution est en revanche le summum de l'insulte pour une femme : cela touche au sexe, qui est déjà sale et malsain, et en plus pour de l'argent. La prostitution est donc honnie car les femmes (ou hommes, ou encore trans', bref...) la pratiquant vendent ce qu'on leur impute de plus précieux, à savoir leur sexualité, avec tous les fantasmes d'insulte à l'ordre social qu'une sexualité féminine (etc.) très active implique. En revanche pas d'insulte équivalente pour les purs et généreux clients de prostituée : dans notre monde, les clients ou amateurs de porno sont les Gentils, même s'ils contribuent à la pérennité d'une industrie ne mettant pas toujours en avant des concepts choupis, comme le consentement, la sécurité des conditions de travail ou l'intégrité physique. Je l'ai dit et je le répète : la femme et sa sexualité sont des taboussociaux, et ce sont toujours les tabous qui font l'objet des pires jurons
 

Parce que quand on pense femme, l'image associée n'est ni Eros, ni Thanatos, mais bien Anteros, frère oublié du premier : Si Eros est le dieu de l'Orgie, Antéros est le dieu de l'Amour réciproque. On revient à cette bonne vieille histoire de la mère VS la pute qui, forcément, a une fonction autrement plus défoulatoire que Bobonne à la maison. Parce que des crânes éclatés sont acceptables pour Facebook, mais pas une femme allaitant – peut-être avec les bébés hérissons la vision la moins sexuelle au monde (le slutshaming néanmoins entraîne une réaction nettement moins immédiate des modérateurs du site en F). La vue d'un sein risque de choquer les enfants suffisamment jeunes pour se souvenir encore très précisément du goût des nichons de leur daronne. Ou le message des Antigones aux Femen est censuré par Youtube, car des photos de seins nus sont diffusées. Il faut plus d'une minute, montre en main, afin d'accéder à la vidéo la plus WTF depuis la publicité de 1989 pour la Légende de Zelda.



Allez, c'est cadeau
C'est très freudien, tout cela.

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