vendredi 19 juillet 2013

Le Woot en clan

Dans un précédent billet, je te racontais comment un Genghis Piaf avait décidé d'entrer en guerre contre moi. Répondant au doux nom de Woot, cette sale bête avait décidé de braire – oui, je suis tombée sur le seul pigeon témoin de Jéhovah mal huilé imitant à la perfection l'âne en plein acte de reproduction – par tranche de 2h de 5h du matin à minuit. Voici l'histoire d'une confrontation, façon Chansons populaire de l'ère Showa de Ryû Murakami.

Woot était né entouré de plastique. Son nid natal avait été amoureusement construit par ses parents à l'intérieur d'une tour d'ordinateur délestée des composites polluants ayant un jour fait la fierté de leur propriétaire. Si son premier son mot fut un piou tout mignon, son premier bruit fut une espèce de crissement. En effet, chacun de ses gestes était ponctué d'un woot, comme s'il portait une crinoline brodée de cordes vocales de crécelles. Les parents de Woot l'aimèrent néanmoins suffisamment pour le nourrir, lui apprendre à voler et dégager lorsque Woot atteint l'âge adulte.

Pendant ce temps, deux humains vivant en colocation dans l'appartement adjacent au balcon où la tour de Woot était posée se mordaient les doigts d'avoir craqué sur les mignons pitits œufs de pigeons. Qu'il était naïf d'avoir espéré que les bébés pigeons, comme tout bébé animal qui se respecte, étaient aussi choupi qu'un licorneau (il faut bien donner un nom au poulain de la licorne) – plutôt aussi ragoûtant que Frigide Barjot vêtue uniquement d'un Pampers en latex rose fuchsia chantant son discours haineux lors d'un concert de black metal. Bref, ce n'était ni beau à voir, ni à entendre. Lorsque Woot, adulte, amena sa dulcinée sur le balcon et la montait allègrement en prenant soin au surplus de faire tinter les barres métalliques de la rambarde, l'humain femelle prit une décision : les résidus de petits pois devaient dégager. N'écoutant que son courage, une nuit de pleine lune, elle pris une bouteille vide en PET et fit valdinguer du dinosaure. 


Source: http://omgpost.com/birds-sparta.html

Les dinosaures en question étant dotés d'ailes, ils se contentèrent de se poser sur le lampadaire érigé une vingtaine de mètres plus loin, d'attendre de ne plus voir de silhouette de primate en station bipède et de revenir s'envoyer en l'air sur le balcon de la discorde. Mieux, petit à petit, ils s'amusèrent à narguer les faiseurs de crotte solide, se dépêchant de meugler jusqu'à ce que la porte-fenêtre séparant les deux habitations s'ouvre. Dès que les bipèdes cloués au sol étaient en mesure de les virer, ils se mettaient juste en-dehors de leur portée, attendant patiemment que le froid pousse ces géants à rentrer se terrer derrière les fenêtres. Un jeu de pigeonneau.

L'humain mâle dormait habituellement d'un sommeil de plomb. Pourtant, une nuit de printemps moins glaciale que les précédentes, sa fenêtre ouverte le laissa goûter les rugissements orduriers des sales bêtes. Pour la première fois, il comprit ce que sa colocataire à l'ouïe fine entendait par concert nocturne de brachiosaures castrats pour malentendants. L'humain femelle n'était plus seule dans sa lutte. Dotée d'un coloc et de la force combinée des Internets, elle était désormais dotée du savoir et de la puissance nécessaires à l'expulsion de ses ennemis.

Un jour, les pigeons commencèrent à empiler des brindilles dans le coin du balcon où les tours gisaient autrefois. Supplice de Sisyphe que les bipèdes s'amusaient à rallonger en détruisant leur proto-nid deux fois par jour. Finalement, profitant de l'absence des humains pour cause de festival-cuite-gueule de bois, les piafs parachevèrent leur œuvre architecturale. Entre les tas de guano, un nid était apparu. Les pigeons s'étaient installés pour de bon.

Après avoir décuvé son vin, la femelle humaine découvrit la vision d'horreur : Sur le balcon, un nid. Dans le nid, un piaf. Sous le piaf, des œufs. « Saloperie de pigeons », dit son ami Google, « je vais t'aider à t'en débarrasser ». La femelle humaine se servit d'un parapluie en fin de vie pour faire déguerpir sa Némésis aviaire et se saisit des œufs. Premières victimes. Première étape.

Alors toi, au fond, qui me jetterait la pierre pour avoir détruit des œufs sans même les avoir mis au composte, que fais-tu de tes araignées / limaces / petits frères ?

Les pigeons n'étaient pas contents-contents, mais décidèrent que le balcon restait tout de même un endroit sûr pour continuer de tenter de perpétuer leurs gènes. Après deux jours d'errance, ils revinrent, plus dopés aux hormones de Lara Fabian que jamais.


Source: http://talkingxena.yuku.com/reply/384462/countdown-to-10-000

Mais les humains n'en avaient pas terminés. Google leur expliqua que si les voisins de l'immeuble d'en face avait disposé une farandole de CDs, ce n'était pas uniquement pour faire joli. La chose semblant plus simple et moins onéreuse qu'adopter une buse, prédatrice naturelle de l'oiseau maudit, ils installèrent donc une guirlande anti-pigeon qui se révéla efficace pour tous les membres de la gent aviaire sauf deux : ceux dont ils tentaient désespérément d'éradiquer de la surface de leur balcon.

Le pigeon est un animal territorial. Où il naît, il crèche. Woot revint accompagné de ses bramantes, de ses fiantes et de ses crissements.

Ne restait aux colocs qu'une solution : au sacrifice de la vue plongeante sur les immeubles et le cimetière avoisinants, ils décidèrent d'installer un filet. L'humain mâle se colla à la tâche, puis récura le balcon.

Woot et sa compagne essayèrent bien de revenir d'un tonitruant flap-flap, mais ce fut cause perdue. Ils abdiquèrent leurs prétentions au trône du 4e étage et s'en furent à l'étage supérieur, peuplé d'enfants, de sarbacanes et de pistolet à eau. Les colocataires s'en satisfirent, avec 40 décibels en moins, leur vie redevint tolérable.


Source: http://frenchcinema4d.fr/showthread.php?73563-Photo-de-famille-2011-2012

Mais un soir, dans un coin sombre, on raconte que Woot assis sur un siège, caressant la tête d'un chat de ses affreuses pattes rouges pendant qu'Hans Zimmer dans un coin dirigeait un quatuor à cordes se retourna brusquement. Certainement le signe d'un nouvel opus.


1 commentaire:

  1. Hans Zimmer?? Tu rigoles, il faut bien un John Williams (et des cymbales, je vois bien des cymbales) pour exprimer toute la tension dramatique de la fin!!! :)
    Tu m'as fait rire, merci!!

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