mardi 16 juillet 2013

Un livre, un péché

C'est l'été, l'heure des billets plus frivoles, aussi succombé-je au plaisir de relever le challenge de l'été que propose sur son blog une copine rencontrée dans une ruelle obscure et sombre des Internets. Ouvrant son trench coat beige, elle me proposait de m'entraîner dans les méandres étourdissants du stupre et de la luxure en proposant le défit suivant: Lire trois ouvrages traitant chacun d'un péché capital.

N'écoutant que mon courage, mon premier choix porta sur l'orgueil, avec le meilleur roman que j'ai lu depuis le début de l'année, à savoir, Chansons populaires de l'ère Showa de Ryû Murakami – aucun lien, il est fils unique. A l'instar de son collègue et contemporain Haruki, Ryû Murakami est un auteur à succès au Japon. Idéaliste, mais pessimiste, il brosse dans la quasi-totalité de ses romans un portrait au vitriol de la société japonaise, portrait qui peut néammoins souvent se transposer aux sociétés occidentales.

Le récit suit tour à tour deux groupes antagonistes : d'un côté, une bande de jeunes hommes complètement à la ramasse ascendant Beavis and Butthead. De l'autre un club formés de femmes s'appelant toutes Midori (vert en japonais).

Et vertes elles sont effectivement, lorsqu'elles découvrent qu'un de ces hommes avait tué l'une d'entre elles sans motif apparent.

Pourtant, ayant perdu à feuille-caillou-ciseaux, donc désigné Sam de la soirée, il fut contraint de  rentrer seul et sobre, ce qui justifie et explique le meurtre de Midori qui avait eu l'audace de mettre une robe blanche. Faut pas déconner quand même. 

Une des Midori restantes le traque et la venge. Ce à quoi la bande de paumés répond par un nouveau meurtre, prélude à une nouvelle vengeance. S'ensuit une escalade qui n'est pas sans rappeler la culture du dernier mot dans laquelle nous nous inscrivons. C'est à qui pissera le plus loin dans un délire hilarant d'absurdité. Ce livre – qui passe le Bechdel test – devrait être une lecture obligatoire pour les étudiants en Relations Internationales.

Murakami tape là où ça fait en mal, insistant sur l'individualisme extrême d'une société où la communauté est pourtant sensée primer sur l'individu (la première personne à trouver le cadavre de la première Midori n'appelle pas la police car elle craint de tâcher son chemisier blanc – puis elle avait rendez-vous un mec, il y a des priorités dans la vie) ; où des amitiés de façade, sans partage ni écoute se fondent sur des bases purement cosmétiques ; où la camaraderie s'exprime par la violence ; où l'absence de liens sociaux pousse à la folie.

Jouissif, délirant, excellent, et, comme souvent chez Murakami, plus profond que ce que la débauche de violence laisse entendre. Un régal hélas trop vite englouti.


2 commentaires:

  1. Héhé, le trench est plein de surprises ;)

    Je me souviens de ce livre, tu en avais pas mal parlé sur le blog, avec Ciantroy si mon souvenir est bon?
    Je n'ai pas encore tenté la littérature japonaise mais ça finira bien par arriver un jour

    RépondreSupprimer
  2. En effet, il est entré directement dans mon top 20. Après, la littérature japonaise, c'est comme la française ou l'anglophone: tu as du lard et du cochon

    RépondreSupprimer