dimanche 15 septembre 2013

Licornes, féminisme et schizophrénie


Quand tu es féministe, quand tu es anti-raciste, quand tu es écologiste, quand tu es « bien-pensante », il est attendu de toi une cohérence parfaite : Tu dois être Bisounours jusqu'au bout. Sans quoi, l'entier de ton discours n'est qu'une vaste hypocrisie qui doit être jetée avec l'eau du bain. Et la petite bête sera traquée sans relâche par tes connaissances décomplexées.



Tu te dis féministe, mais amatrice d'un univers rétro 1950's en sachant que cette période n'était pas trop trop branchée girl power ? Féministe, mais gothique en permettant à Ninon et Charlotte de s'exposer joyeusement au balcon ? Tu sacrifies des poneys vierges chaque soir pour que Zalando propose un jour des escarpins Charlotte Olympia à prix abordable ? Tu es plutôt cupcake, coquette, et le rose ne te colle un urticaire galopant que si et seulement s'il t'es imposé de part ta fonction de femelle – en-dehors de cela, tu aimes ce rouge diaphane? Tu t'adonnes à des fantasmes / pratiques BDSM tout en étant parfaitement consciente de l'extrême violence symbolique (misogyne tant que misandre) que ces jeux comportent ? Pire, tu aimes certains films de Polanski-qu'a-violé-une-gamine-de-13-ans-mais-elle-faisait-plus ou tu te laisses à écouter tes vieux albums de Noir Désir les soirs de pleine lune ?

Ben tu vois, t'es pas féministe, t'es une putain de sale raclure hypocrite et menteuse.

Genre, t'es ce type de licorne



Puis franchement, avoue, c'est sympa les blagues sur les Kosovars. Même que t'en as raconté une hier qui a bien fait rire toute ta clique de bobos cyniques. Donc bon, les beaufs que tu snobes si aisément, les spectateurs-de-TF1-sur-qui-tout-le-monde-vomit, finalement, tu ne vaux pas mieux. Alors tes grands discours sur l'égalité des droits et des chances, sur l'environnement, sur l'industrie pharmaceutique, sur le Moyen-Orient, tu te les carres bien profond pendant que je me fais plaisir en m'envoyant la dernière vidéo de Soral. Oh, et va baiser un coup. Un mec. Sale gouine. T'en profiteras pour t'épiler.

Sauf que, les féministes, les anti-racistes, les bien-pensants-qui-font-suer-tout-le-monde sont humains (sisi), et partant, ont aussi leur domaine d'intolérance. Moi, c'est les gens qui roulent des pelles à leur chien alors que tu es en face d'eux à la terrasse d'un café. Tu sais que viendra le moment où tu devras leur faire la bise.  Il y a aussi les anti-spécistes, spécistes envers leur propre espèce (des spécistes bienveillants ?), et tenant absolument à l'équation Magdo=Auschwitz. La chaîne de fast food symbolise bon nombre de problèmes socio-économiques ne tournant pas rond dans notre société: obésité, OGM, circuits de production aberrants, cuisine moléculaire digne d'un roman de Stephen King (la fabrication des burgers rose fluo avant cuisson ou des « frites » me laissent songeuse); Or, que je sache, elle ne cherche pas à rayer les bœufs, les porcs ou les buns imputrescibles de la face de la planète parce qu'ils ont un gros pif, bouffent les enfants et sont responsables de la crise financière, économique et sociale actuelle. Et puis, les Baobabs. Surtout les Baobabs.

Sauf que ce discours manichéen assez commun parmi les Bisounours-Killers cache en fait un besoin de justification, d'approbation et de légitimation de leur(s) idées décomplexées ou mal-pensantes. Si j'arrive à prouver que tu es bidon avec tous tes grands discours sur les licornes copulant joyeusement avec des dauphins au solstice d'été dans le Triangle des Bermudes, cela légitime mes discours réalistes et lucides sur les femmes, les pédégouines et les étrangers.

Ouais, sauf que ma licorne est pote avec Batman



La porte est alors ouverte à tout discours nauséabond, du masculinisme au racisme, en passant par tous les -ismes que la haine et l'égoïsme, sentiments amplement humains, peuvent impliquer. Ces sentiments étant naturels, toute personne luttant contre eux ferme forcément les yeux sur la véritable nature humaine. A ce titre, le Cinéma est politique fait une merveilleuse analyse du discours anti-PC en prenant pour exemple l'excellent film Carnage (quand je te disais que j'étais schizophrène : les dialogues étaient excellents, mais le message, à vomir).

Certes, la haine, l'exclusion, sont humaines, voire animales. Mais l'humanité, à mes yeux, c'est aussi chercher à s'améliorer. C'est aller plus loin. C'est comprendre ses faiblesses, et développer des mécanismes pour les dépasser. C'est du moins la forme d'humanité à laquelle j'aspire. Puis l'altruisme n'est après tout qu'une forme extrêmement subtile d'égoïsme. Évidemment, se cantonner à ses bas instincts, sa quête de puissance, assurer ses privilèges réels ou supposés en défendant un statu quo faisant l'impasse sur des idéaux bien-pensants, comme la justice sociale, la durabilité et autres fantasmes de bobos, est beaucoup plus rémunérateur en termes immédiats. Et surtout beaucoup moins frustrant : c'est que les causes de Bisounours exigent un travail de longue haleine, contrairement à la perpétuation de l'ordre établi, qui ne demande qu'une simple reproduction et un bashing impitoyable de tout élément le défiant.

Ce discours bobos VS lucides révèle en fait deux visions de l'humanité : l'une optimiste, pensant que l'être humain est une créature capable d'améliorer la société dans laquelle il vit ; l'autre pessimiste, dans laquelle il n'est qu'un effroyable connard dans un monde où la raison de l'effroyable connard le plus puissant restera toujours la meilleure.

Et depuis le début de l'Histoire, des périodes progressistes succèdent aux périodes obscurantistes, en cycles d'une à deux générations.

On n'est pas rendus.

3 commentaires:

  1. C'est aussi difficile de s'affirmer de tel bord et puis de se dire "je suis faible, j'ai craqué". On a l'impression d'être moins crédible ou même d'être hypocrite pour le coup. Mais personne n'est parfait s'pas?

    PS: Batman sur la licorne... ça vend du rêve, j'étais pliée, merci xD

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  2. Tes articles sont tjrs aussi bons. Tu arrives à exposer de manière argumenter ce que mon esprit arrive juste à balbutier.

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