mardi 22 octobre 2013

A ma Muse

Nous avons passé 5 années sous le même toit. Nous sommes devenus adultes ensemble. Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas, comme dans toute relation. Tu t'es moqué de mes cheveux et moi de ton Poil-Tout-Seul sur la pomme d'Adam. Je te parlais sauce pour accompagner le poulet, tu me parlais dispersion de curry dans une solution saline. Tu me parlais de la valeur nutritive comparée des lentilles rouges turkmènes ayurvédiques par rapport aux pousses de bambous macrobiotiques cultivées tous les 28 du mois par des moines ouzbeks vierges; je te parlais marketing des boîtes de céréales où les femmes ne sont jamais représentées parmi les animaux anthropomorphiques habitant les paquets pour enfants, habituant cefaisant les mioches à considérer le masculin comme la norme et à gommer le féminin.

On s'est engueulé à cause de cette saloperie de Notre Dame de Paris qui n'aurait jamais été érigée sans une mystique symbolique et religieuse OU si les Français n'avaient pas voulu frimer face aux Anglais. La question n'a jamais été tranchée.

Tu m'achetais aux noix de cajou et je t'amenais des figues au compte-goutte. Tu aimais la simplicité. J'aimais le baroque. Tu m'as envoyé des images de chatons mignons et je t'ai fait découvrir le Joueur du Grenier, Antoine Daniel et autres Usul. J'ai appris le valaisan et tu parles mieux français.

Puis est arrivée cette longue période où tu t'es retrouvé sans emploi à longuement réfléchir sur ta vie pendant que je me débattais dans la boîte qui allait me conduire au burnout, puis à la dépression. C'est le moment où notre rêve de nous expatrier au Japon ensemble s'est effondré. C'est aussi le moment où tu as enfin réussi à décrocher une place de doctorat en science folle et où je me suis retrouvée dans la position presque inverse : sans emploi, à enchaîner stages, cours et ETS dans l'espoir abscons de surclasser Joss Whedon en écriture scénaristique et à exploser le record mondial de solitaire.

Je dépérissais alors que tu t'épanouissais enfin. Tu as essayé de me remonter le moral, souvent maladroitement, à contre-emploi, avec brusquerie, sans comprendre réellement ce qui se passait. Puis le contact s'est fragilisé. La communication s'est brisée. Je n'arrivais plus à avancer. Et il m'a fallu partir. Il t'a fallu me faire déguerpir. Un grand changement qui sera peut-être le déclic d'une nouvelle vie me permettant de grandir à mon tour, plutôt que rester à tourner en rond en reproduisant sans cesse les mêmes erreurs.

Tu as été un amour pendant cette cohabitation. Tes sifflements joyeux, mais faux, vont horriblement me manquer. Tu restes une personne importante dans ma vie et je ne veux pas t'oublier. Tu restes un ami cher que j'espère recroiser au détour d'un matcha latte avec lait de soja, sans sirop de maïs.

Je te souhaite d'avancer, mon cher adorable Vieux Machin.

Prends soin de toi.

Et laisse-moi quelques noix de cajou.


Source: www.gifdrole.com


5 commentaires:

  1. C'est difficile de commenter un texte aussi personnel. Mais je voudrais juste encore une fois te souhaiter tout le meilleur pour la suite et que ta muse puisse rester une source d'inspiration malgré la distance.

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  2. Oooh c'est trop triste... Je vis un peu ça en ce moment, sauf que nous ça faisait un an et bien sûr le contexte était différent (et plus jeunes aussi). Ca me touche beaucoup ce que tu as écrit.
    Je te souhaite plein de bonheurs à venir, plein de courage et de la chance.
    ImagineDragons (les chevelus)

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  3. @ Céline: merci mon chaton aquatique!

    @ImagineDragons: quel que soit l'âge, quelle que soit la durée de la relation, une rupture définitive n'est jamais aisée. Ma muse et moi nous étions quittés depuis longtemps tout en cohabitant. Mais la vie commune n'était tout simplement plus possible.

    Je te souhaite de toi aussi pouvoir avancer rapidement et emprunter un chemin plus joyeux

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  4. Parfois tout est une question de timing, c'est le sentiment que j'ai en lisant ton histoire...
    Là il est temps de prendre soin de toi et de rebondir, qui sait le futur réserve bien souvent des (bonnes) surprises !

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  5. Tu as raison Fanny. On a toujours eu un timing désastreux.

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