lundi 11 août 2014

547 à 1

La sérotonine est l'hormone que mon cerveau malade a quelque peine à sécréter. Celle-ci et sa copine mélatonine (pas le groupe de métal, hein) naissent de la partouze que Morphée, Nounours de Bonne nuit les petits, ton oreiller et tes synapses se font chaque nuit. Si tu te couches avant minuit. Si tu n'es pas à tendance insomniaque.

Trololo.

La sérotonine est ton amie. C'est un neurotransmetteur faisant en sorte que tes synapses, en plus d'être un mot faisant péter les gros scores au Scrabble sur mot contre triple, transmettent des informations de base, de type: tiens, 'faut manger pour vivre; me lever avant 17h du matin; et si je ne veux pas qu'Eole finisse ma clope, faudrait voir à  porter icelle entre mes lèvres pulpeuses. C'est ce qui te fait agir. C'est ce qui te donne envie d'agir. Et quand tu n'en sécrètes plus en suffisance, c'est plus du chépaskjejisme, mais cette maladie socialement peu acceptable qu'est la dépression.

La sérotonine, saylebien. Parce que sans elle, tu as la puissance de réflexion d'une pantoufle, la mémoire d'un poisson rouge et la dégaine d'une parturiente après 54h de travail sur un grand huit. Tu as adopté la structure moléculaire de ton pyjama, à moins que ce ne soit l'inverse.



Avec ton cœur dans le rôle du cerf

La moindre action te semble à peu près aussi faisable que lire Tacite en latin sans dictionnaire, en faisant du base-jump à dos de lama. La dépression est une maladie pire que le féminisme. Lire ton courrier te donne envie de t'enterrer dans un clapier et de n'en sortir que les nuits de pleine lune. Te brosser les dents est aussi motivant que te taper le film Empire d'Andy Warhol consistant en un plan fixe de l'Empire State Building pendant sept heures. Sans cocaïne. En gros tu ne sors de ton lit que parce que tu te rends compte que tes escarres sont

1) moches
2) douloureuses
3) puent
4) t'empêchent de porter tes Neosens.

La sérotonine en vacance, cette pute hémiplégique (no offense intended), est ce qui fait qu'un corps en parfaite santé (outre les poumons carburant aux Lucky Srikes rouge et le cerveau) se laisse dépérir pour être dans un état végétatif. Genre entre le yucca et le persil. Ta gestion des émotions serait entre les mains du fils illégitime de Marine le Pen et d'un poulpe sataniste que tu serais plus équilibrée. L'absence de cette hormone est donc contrindiquée lorsque tu décides de (re-re) reprendre un blog. Oui, parce que niveau come-back, j'ai l'impression d'en faire autant que Cher (je sais, cette référence fait moyen jeune fille en fleurs), Madonna et Britney Spears réunies.

Les anti-dépresseurs t'aident à vaguement réactiver ces branleurs d'axones. Sauf que tu ne sens la différence que lorsque tu arrêtes ton traitement. Genre, la pharmacie à 137 mètres de chez toi (oui, j'ai compté, je fais cela quand je m'ennuie) devient à nouveau aussi éloignée et exotique que la planète Krypton. Post explosion. 


Cette chanson a été écrite par Trent Reznor, chanteur de Nine Inch Nails

Contrairement à une erreur communément partagée, ils ne sont pas addictifs. Si tu as peur de la grosse molécule qui tache, il en existe des naturels, à base de millepertuis. Les anxiolytiques, en revanche, peuvent provoquer une addiction même s'ils constituent une excellente base pour calmer tes angoisses, comme quand ton siège dans le tram est déjà occupé par une nonagénaire aveugle sans gêne, qui refuse de se déplacer sous prétexte qu'elle est en déambulateur (certaines personnes peuvent être des championnes des excuses à la con). Là aussi, il existe des médicaments phytothérapiques comme la valériane (qui a le mérite de te faire pioncer, pour autant que tu sacrifies ton ovaire droit à Hécathe).

L'absence de sérotonine te rend à peu près aussi empathique que Poutine face à l'assassinat de Harvey Milk. Le principe de la dépression est que tu te noies dans un dé à coudre tout en étant le centre du monde. L'univers entier se ligue pour te fouetter les tétons avec des orties à rétropropulsion intégrée. Il est très difficile de partager la vie d'un grand dépressif, ne serait-ce que parce que ce serait comme être protagoniste dans un film en 1D de David Lynch. En noir et blanc. Sur support pellicule qui saute. Et dont les dialogues seraient écrits par Trent Reznor. En danois.


Genre quand il ne fait pas des films bizarres, le Sieur Lynch fait des tableaux bizarres. Source: lifestage.be

La difficulté, quand tu manques de sérotonine, est que tu dois te trouver une raison de vivre à chaque putain de minute de chaque putain d'heure. Du coup, les journées te paraissent aussi longues que sur Uranus. Manger est un challenge, mais à chaque fois que tu y arrives, c'est une putain de victoire. Un Twix, et tu te sens aussi balèze que la Mannschaft face au Brésil. Parce qu'à chaque fois que tu ingères autre chose que ta salive, tu choisis la vie. a chaque fois que tu réussis à rire, même s'il s'agit d'humour noir fluo morbide à souhait, tu fistes ta dép' avec un gantelet rouillé. A chaque fois que tu trouves un mécanisme de défense qui ne se  traduit pas en une violence contre ton propre corps (auto-mutilations, anorexie, voire suicide), tu te laisses séduire par l'idée que la vie n'est pas (que) de la merde. Et cela vaut tous les cupcakes fourrés aux macarons.

mardi 5 août 2014

Le Dit sans dentelle

Après nous être écorchés aux petites dents cachées à l'entrée de la Bouche des Enfers, il est temps de s'en prendre au Bidule de Dieu, selon la formule de Tom Hickman, sur lequel cet article s'appuie largement. 
 


In the left corner, donc :

Le machin que l'ami Freud, comme tous les petits garçons, a appris à aimer avec passion. Un organe dont la puissance est l'alpha et l’oméga de notre univers. Polyphème, le cyclope, fut pendant des siècles la source exclusive de la vie humaine (jusqu'à ce que l'ovule et sa fonction jouent les rabats-joie en se laissant découvrir, donnant au corps des femmes un rôle dans la procréation un peu plus reluisant que celui de simple incubateur). Celui qui toute sa vie crachera la puissance de son propriétaire à la face du monde (ou contre les murs). Si le fourreau peut être armé, le glaive qui s'y repose est une arme. Il peut Dézinguer, démonter, détruire, transpercer, défoncer, éclater l'organe de ton choix. Pour enfoncer le clou, il y a aussi les souiller, salir, déshonorer, avilir, etc. N'oublions pas qu'au commencement, était le verbe (sauf en allemand) (et en japonais). Bref, le principal, le membre, la turgescence est à la fois arme et porteuse d'ignominie par voie de pénétration. Ignominie transmise à la personne pénétrée bien sûr, celui qui pénètre reste un porteur sain, c'est-à-dire tout-puissant. Paie ta source de vie.

Il est auteur du souffle divin également, puisque nombre de mythes en font la source de la vie sur terre. A la base, le sperme contient des homoncules tout prêts attendant d'être incubés dans le ventre d'une femme afin de naître à une taille raisonnable. On comprend mieux le tabou de la masturbation (masculine, les femmes sont incapables de s'occuper d'elles-mêmes) : forcément, si d'adepte de plaisir solitaire, tu deviens perpétrateur d'un génocide à chaque fois que tu te pougnes, un problème éthique se pose vite. Alors que le smegma (masculin comme féminin) n'est qu'un processus naturel d'auto-entretien de nos plomberies respectives, ces pertes furent à l'origine du mythe des succubes et incubes, enfants de Lilith venus violer les braves gens pendant leur sommeil. C'est somme toute une explication tout à fait logique aux pertes de tous ces bons chrétiens laissant leurs mains hors des lieux prohibés. Dans la même optique, l'interdiction sociale de mettre les mains dans les poches dérive de la crainte bigote de masturbation accidentelle et de la peur qui s'ensuit.


Etant fontaine de vie, cette bonne vieille quéquette devient également talisman, porte-bonheur. Le plus connu de tous étant sans doute, toujours selon Hickman, ce pénis stylisé sur lequel le Christ et quelques milliers d'autres contestataires furent crucifiés : y figurent la testicouille droite, la gauche, la verge en elle-même, toutes unies par un esprit saint. Point de salut possible si l'attirail se trouve incomplet. Ce serait à partir du cinquième siècle que l'Eglise oublia fort diligemment l'origine de son symbole principal. Et pourtant, la cire des cierges continua quelques temps encore à symboliser le liquide séminal, tout comme l'appareil reproducteur masculin tint son office de talisman contre le mauvais sort jusqu'au XIVe siècle.

Bien qu'il ne soit plus d'usage d'accrocher des pénis ithyphalliques aux portes des maisons afin d'éloigner les mauvais esprits de puis environ deux siècles, les dessins de verges en érection perdurent, façon de marquer un territoire, de ce moquer d'autrui, une façon de dominer. Tout comme l'étalage de CMB (DTC), CTB à chaque interaction entre adulescent-e-s. Les pénis potachement dessinés ne sont pas souvent au repos. Les pénis artistiques, eux, sont une autre paire de manches: l'Antiquité Grecque et les Tibétains préfèrent les petites bites:  point trop n'en faut, où c'est une vie de malheurs qui s'annoncent. Ce d'autant plus que gros calibre égale incapacité fondamentale à raisonner. Un truc de barbare. Ce n'est pas pour bien que les statues emplissant nos musées sont plutôt dépourvus.



Fort heureusement, à la violence et à l'immoralité du zboub répond le courage et l'honneur, sises dans les grosses couilles velues: c'est bien sur les noisettes que les Romains prêtaient serment, soit, sur ce qu'ils possédaient de plus précieux, de plus honorable. Le siège même de la virilité et du courage : l'étymologie du mot « testicule » ne prête guère à confusion. Si bien qu'un homme non possesseur devient un sous-homme : une femme. Cette espèce à part se comprend donc dans l'absence de possession d'un Iphone, plutôt que dans la possession d'un HTC. L'homme châtré est privé du caractère sacré de ce qui fait de lui un homme : Outre pisser debout (ceci est un réel enjeu dans la construction de nombreuses formes de masculinités), éjaculer des flots de sperme, symbole de puissance, de force, de courage et, on l'a vu, de vie. L'impuissant lui est psychologiquement et publiquement humilié.


Enfin, il y a le prépuce, ce bon vieux col roulé que certaines traditions préfèrent éradiquer. Quand bien même le salut ne peut être accordé à quiconque n'a pas conservé l'intégralité de son service trois-pièces, Jésus fut paraît-il obligé d'abandonner son prépuce avant de rentrer au bercail.

En Occident, la tradition de la circoncision remonterait à Louis XVI. Le roi malchanceux souffrait d'un phimosis et dut se faire circoncire. Les lois de la Cour étant ce qu'elles étaient, les nobles se mirent à imiter la nouvelle mode lancée par leur souverain. La traduction perdure néanmoins dans les pays anglo-saxons depuis que la reine Victoria fit circoncire son fils, façon de s'assurer que le petit prince reste propre.

Premier effet kiss cool: tu seras Chuck Norris, mon fils!

Le sexe érigé est LE signe de puissance. Oui, parce que puissance sexuelle égale puissance tout court. Puissance et pas pouvoir. Force brute, écrasante, absolue, presque d'ordre divin et pas un bête attribut humain auquel d'autres êtres humains auraient concédé une autorité particulière. Le droit de cuissage (qui n'était d'ailleurs pas systématiquement appliqué, contrairement à ce que racontent bon nombre de mythes sur le Moyen-âge) découlerait entre autres de l'idée que seul le membre d'un homme puissant peut dépuceler sans dommage un vagin denté. Puis s'il n'y a pas de baron dans le coin, l'hymen peut aussi bien être sacrifié à une divinité aléatoire à l'aide d'un dildo.
 
Tout petit, l'homme de sexe masculin apprend a aimer son sexe, contrairement à l'homme de sexe féminin, qui apprend qu'il a/est moins que rien. Normal, le premier peut tout faire avec son zgeg. En gros, soit tu te comportes comme le dernier des connards, soit t'es une gonzesse. non parce que le juste milieu, c'est pour les tapettes. Le modèle de masculinité dominant (mais heureusement de plus en plus défié) dans les sociétés occidentales se définit négativement: il s'agit de ne pas être un bébé, une femme, un homosexuel. Il s'agit de montrer ta puissance en étalant tes conquêtes, non par besoin affectif, mais pour affirmer ton statut.

Au point que pour déshonorer l'adversaire, l'Antiquité babylonienne, égyptienne ou encore libyenne prélevait les bistouquettes des vaincus en tant que trophée de guerre, afin de leur interdire l'au-delà tout en les féminisant sur Terre. D'ailleurs, les sorcières faisaient de même, s'aidant de leurs vagins dentés.


Source: http://p0.storage.canalblog.com/04/39/443253/24445918.jpg

2e effet Kiss cool: La pression

C'est que ton arme, il faut la polir, il faut qu'elle présente bien. Tu dois pouvoir la monter en 27 secondes, mais l'utiliser pendant 12 heures d'affilée. Là-dessus, puisque tu as tout contrôle sur la sexualité féminine (encore une fois, on se fiche des fiottes comme de son premier mouchoir usagé : ils sont atteints d'ignominie, faut suivre!), tu as l'obligation de faire jouir, en plus de jouir toi-même. Tu dois faire 25cm en longueur ET au garrot. Tant pis pour les slims, tu passeras au kilt, mon enfant. Puis si tu ne lâches pas 25 litres de sperme à chaque relation, tu ne fais pas jouir, tu ne féconderas point, tu vaux à peine mieux qu'un eunuque. La représentation de l'éjaculation dans les hentai est un régal à ce point de vue.

Si tu es autorisé à comparer la taille, il t'est absolument interdit d'avouer regarder celle de tes congénères. En gros, tu peux satisfaire ta curiosité et ton ego uniquement par télépathie. Pas pour rien que Charles Xavier s'appelle Professeur X. Néanmoins, tu as l'obligation de signifier à ton entourage le gigantisme de ton phallus, que ce soit à l'aide d'une décapotable, de nos jours, ou en chaussant des poulaines (les chaussures, pas les steaks sur pattes). Tu peux également marcher les jambes arquées ou encore t'asseoir en tentant un grand écart facial dès que tu en as l'occasion.

Puissant et glorieux, le glaive peut doit s'exhiber. Sans quoi, tu n'es plus un homme, mon fils.




Source: madmoizelle.com


jeudi 22 mai 2014

Le Dit en dentelle

On va parler guerre des sexes. Littéralement. Comment est-ce que chaque sexe (l'outillage) est représenté comme une arme. En d'autres termes, dans un monde où le sexe (l'action) est le mal (mais en embuscade partout), entre le vagin denté et le gourdin, qu'est-ce qui effraie davantage ? Mais surtout pourquoi ?

Attention, cet article risque de taper dans le NSFW. Te voilà prévenu-e.

Prêchant allègrement pour ma paroisse, je commence par l'antre maléfique où Satan fait planter des figuiers (oui, parce que mine de rien, tu caches plus facilement ton matos derrière une feuille de figuier que de pommier) (et les pommes sont gouleyantes, mais moins que les figues) (c'est scientifiquement prouvé) (accessoirement, c'est pas pour rien que nos zozios se sont amusés à cacher leur attirail derrière des feuilles d'un arbre dont le fruit entier ressemble à un cul; et à un vagin une fois coupé en deux)  (je parle toujours du figuier) (et d'Adam et Eve aussi).

In the right corner :




Le machin que l'ami Freud n'aimait pas, mais alors pas du tout. Je parle d'un organe rejetant un liquide presque turquoise deux mois par an (heureusement, ils sont étalés par tranches de 5 jours). Un organe pour le moins inconnu, puisque malgré son anatomie complexe, le béotien ne retient habituellement de lui que sa qualité de puits sans fond. Obscur et sombre, il cache en son tréfonds différentes armes mortelles au brave gaillard ayant innocemment cherché refuge en lui (heureusement, les lesbiennes sont immunisées, faisant elles-mêmes partie de l'engeance des vouivres et autres enfants de Lilith) : Entre le vagina dentata de Teeth (mais surtout de Freud), la mousse empoisonnée de Kunoichi Ninpocho  ou encore les assassinats par coïts interposés le cinéma dépeint volontiers nos parties intimes comme étant siège de mystère et de danger. A ce demander pourquoi tant de personnes, pourtant saines d'esprit, tiennent tant à y retourner.


N’empêche que dans une société post-victorienne où l'idée que les femmes devraient modestement détester le sexe et être monogames a la vie relativement dure, une femme qui séduit est une femme qui domine et castre. Une femme qui aime s'envoyer en l'air, donc, en culture patriarcale enfermée dans des convictions passéistes, se rapproche du symbole de la mante religieuse, de la sirène ou de la succube  : elles n'utilisent la sexualité que comme arme (contre des hommes cisgenres hétérosexuels) plutôt que de manière autotélique (parce que c'est plus sympa que le scrabble, même si j'aime beaucoup le scrabble). Bref, séduction = domination = castration. On verra en 2e partie que cette équation s'applique uniquement dans le référentiel féminin.

Premier effet Kiss Cool (oui, je suis un pur produit des années 1990):

Une grotte, barbue ou défoliée, est forcément un peu mystérieuse. Donc ce qui s'y cache ou en sort est forcément hideux. Après tout, le mot « cyprine » a cessé d'être confidentiel depuis seulement quelques années. Le liquide bleu que nous perdons deux mois par an (heureusement, par tranche de 5 jours) et autres pertes blanches (qui participent pourtant au processus d'auto-nettoyage d'Anne-Sophie) (oui, c'est le nom de mon précieux) n'a d'ailleurs cessé de faire tourner la mayonnaise, cailler le lait, gâter la viande que depuis une petite cinquantaine d'années. Heureusement, certaines marques tentent avec plus ou moins de courage de prendre le taureau par les cornes en appelant un chat femelle une chatte.

Comme c'est un lieu mystérieux, c'est un lieu qu'on peut oublier sans grande conséquence, comme la cité mythique de Shangri La, le peuple fée et bientôt, les abeilles. Même en temps que femme. Si la partie représente l'ensemble, on comprend mieux pourquoi les femmes n'ont pas d'âme, ne servent pas à grand'chose, à moins de servir quelqu'un.



La littérature, le cinéma (masculins) et parfois même la réalité  regorgent de femmes ne connaissant pas leur propre corps (contrairement aux hommes qui savent comment nous faire jouir rien qu'en buvant une bière d'un air ténébreux. Déjà que les hommes, les vrais, ont un contrôle parfait et total de leur attirail). L'exemple qui m'a le plus frappé ces dernières années dans la pop culture est la reine Cersei qui... ah, on me souffle dans l'oreillette que raconter une partie d'un bouquin sorti il y a une décennie est du spoil éhonté. Comme je suis trop flemmarde pour lutter contre une horde de fans assoiffés de sang, je vais trouver autre chose. Je reprends donc: Un des exemples qui m'a le plus frappée ces dernières années dans la pop culture est l'idée, dans le film Black Swan, qu'une jeune danseuse étoile ne se serait jamais masturbée et doit se faire jouir pour être capable de jouer le Cygne Noir. Tototte, s'il y a une créature dans l'univers connaissant mieux son propre corps qu'une danseuse ou un danseur, c'est probablement le mec en cape et collants qui les matte à longueurs de journée aux rayons X. Il y a donc une bonne part de fantasme figurant que Lafâme, même héroïne de sa propre histoire, dans sa vie intime, comme dans sa vie sociale, est infichue de s'appuyer sur ses propres moyens pour s'épanouir. Elle ne peut briller, et certainement pas seule.

Heureusement que d'autres héroïnes de fiction (et de la réalité) viennent infirmer cette idée.


Reste le problème de certaines formes d'asexualité ou d'organes se prêtant peu à de tels loisirs, on est bien d'accord.

Deuxième effet Kiss Cool (avec des lapins)

Le vagin étant un lieu cannibale, il est de bon ton d'en supprimer la dangerosité. Question de taille, déjà parce que l'épée aime à être bien sanglée : elle ne goûte guère les fourreaux insuffisamment serrés, raconte la légende urbaine. S'ensuivent deux ou trois délires culturels, aussi bien en Occident que dans le reste du monde. Jusque dans la litote, la pilosité pubienne féminine reste le centre de tous les dangers : impureté, sexualité débridée, absence de contrôle social. Et c'est précisément par rapport au contrôle social (masculin) que la profanation de cette sale bête peut être utilisée comme arme de domination, voire arme de guerre. Ce point sera développé plus avant dans la deuxième partie.

Ces histoires de cannibalisme vaginal t'empêchent quand même de remplir ton unique fonction de mamounette, puisque ton délire est d'aller bouffer ta marmaille avec ta principale. Non parce que les marâtres, sorcières, veuves et vieilles des contes de fées, c'était plus ou moins cela: des monstresses préférant la jeunesse et la séduction éternelle (Blanche-Neige), refusant d'occuper le métier de maman, soit une autre façon de rester éternelle et libre de copuler joyeusement avec le premier clampin (Blanche-Neige, la Belle au Bois dormant version Perrault; en fait pour faire court, tous les contes n'ayant pas été déformés par Disney qui comprennent une sorcière) .



Du coup, il vaut mieux manger la sorcière et son écu

La santé de nos sociétés hétéronormées se reposant entre les jambes d'une femme, il est bel et bon de contrôler icelle, dans ses droits, aspirations, représentations, apparence, voire jusque dans son corps. Syndrome de Stockholm oblige, elle est parfois sa propre geôlière.

Et pourtant, cette béance monstrueuse, n'est qu'un conduit, un fourreau, ce qui est étymologiquement la signification du mot « vagin ». C'est l'objet où on range une épée. Il a donc été ainsi nommé non pour lui-même, mais en référence à l'oblongue capsule sensée se placer en lui. Il serait dommage d'oublier dans tout cela le dindon de la farce: la perle de jade.

Dès l'Antiquité, il était établi qu'une femme devait jouir pour être fécondée. Une fois que le lien entre orgasme féminin et grossesse a été infirmé, le clitoris a cessé d'exister pendant un siècle et demi. La clitoridectomie était d'ailleurs de bon ton dans la haute société du 19e siècle, afin de garantir la valeur morale, si ce n'est la valeur tout court du bétail à deux pattes porteur de nichons.

Si bien qu'aujourd'hui encore l'importance du clitoris dans la sexualité humaine (ouais, humaine!), que ce soit du point de vue scientifique, culturel, social ou religieux, est facilement oublié. Un oubli pratique pour justifier l'excision de cette part de masculinitéi, ou une perception complètement androcentrée d'un rapport sexuel abouti (l'éjaculation masculine, donc), voire des rapports humains tout court.

Le fourreau est caché et doit le rester, car il fait peur. Contrairement au glaive en lui rangé.


i L'excision est souvent expliquée comme une rectification de la nature qui ne sait pas trop ce qu'elle fait en matière de genre: un pénis avorté chez les fillettes alors que le prépuce des garçonnets est sensé être leur part de féminité, d'où la nécessité d'une circoncision.

dimanche 18 mai 2014

Le Dit des cultures et des points

le thème de la culture du viol est-il l'équivalent d'un point Godwin féministe? Vous avez 3h.

Pour rappel aux deux du fond qui ont été dans le coma dans une yourte ouzbèke pendant 25 ans, le point Godwin est atteint quand dans un débat - de préférence, dans les commentaires d'une vidéo ou d'un article sur un sujet n'ayant strictement rien à voir avec le nazisme, comme lesquels des chatons ou des bébés panda roux sont les plus mignons - entre gens en slip devant leur écran, le nazisme, les camps de concentrations et tout objet apparié est balancé (çui ki di c lé cha c 1 put1 d nasi-comunist). Plus un débat s'éternise, surtout sur internet, plus les chances augmentent de voir les pandas roux disparaître, mais surtout, d'atteindre le fameux point Godwin, qui généralement, discrédite son locuteur: à moins d'expliquer comment la fourrure de pandas roux vindicatifs fut utilisée sur les plantes des pieds des Tziganes, lier ces plantigrades à la Shoah est le niveau zéro de l'argumentation. C'est donc le moment ou quelqu'un rend les armes d'un magnifique le mal = pas bien. A partir de là, impossible de présenter un quelconque développement ultérieur car:

(a) bah ouais, le mal, c'est pas bien. On peut pas tellement épiloguer là-dessus.

(b) vu la puissance réflexive contenue en (a), un doute est établi sur l'ensemble de la réflexion du pôv' niouk ayant osé imaginer que l'idée (a)  pourrait convaincre autrui. Même de loin, dans le brouillard.

(c) la discussion se meurt d'une gangrène poignardée par balle. C'est d'ailleurs la résultante de toute analogie extrême (non parce qu'avant le nazisme, il y avait plein d'autres horreurs sur lesquelles baser des comparaison foireuses, hein. L'humanité n'a pas attendu les années 1930 pour accueillir en son sein un nombre conséquent de tarés finis avec un sceptre à la main). C'est aussi une façon de fuir la discussion, comme le rappelle l'article consacré sur Wikipedia.




Charlie Chaplin, le Dictateur

C'est que l'être humain a cette folle propension au toutourianisme. Jeter bébé panda roux = jeter eau du bain. Un argument non valable signifie que l'ensemble des arguments sont de la chitte en boule (non parce que la nuance, c'est pour les épilés du pubis). 

A ceci près que le point mis en avant est parfois tout à fait valable: si les Tziganes avaient réellement été torturés par des pandas roux, avancer l'exemple mentionné plus haut n'est pas une comparaison tirée par les cheveux. Si on parle de la Shoah, il est évident qu'on va mentionner le nazisme. S'il est question d'esclavage au 17e siècle, il serait idiot de sortir que la Traite atlantique est hors de propos.

Nous en arrivons donc bientôt à ma question initiale.

Depuis quelque temps, un sujet revient très souvent sur la toile: les chats.

Un autre, plus courant sur les blogs ou sites féministes, puis généralistes est la culture du viol. Or, le terme même de "culture du viol" est en soi extrêmement violent. pas autant que le phénomène auquel il renvoie, mais il refroidit quand même. Il est parfois mal accepté, rejeté, que ce soit par nos amis les masculinistes, par des media bien établis, comme le Time magazine, ou par des mecs bien sous tous rapports qui n'ont pas la moindre envie de violer qui que ce soi.




Ceci dit, décider que "parce que je ne viole pas, la culture du viol n'existe pas" est un sophisme idiot. Un athée se baladant au Vatican n'en baigne pas moins dans une culture chrétienne. Dire que le viol est uniquement le crime d'individus (je te rassure tout de suite, il n'y a pas beaucoup de féministes prêtes à avancer que le viol n'est pas le crime d'individus; seulement, ce n'est pas "que" cela) et aucunement une question sociétale, autrement dit, énoncer que la notion même de "culture du viol"  dilue la responsabilité des violeurs, c'est ne pas comprendre ce qu'est la culture du viol (Crêpe Georgette a d'ailleurs écrit une excellente explication de ce qu'est la rape culture). L'individu n'existe pas en-dehors de la société dans laquelle il s'inscrit. Une société lui matraquant un certain type de messages à longueurs de pubs, bouquins, films, jeux vidéo, aphorismes, blagues, coutumes, adages et autres produits culturels que consomme quiconque aura passé plus de 5 minutes ex utero aura forcément une influence sur sa façon de voir de le monde, sa façon de juger ce qui entre dans le domaine du discutable, mais tolérable ou non. exemples-types: le téléchargement; le viol marital; les lanceurs d'alerte. Tous ces faits ont connu des degrés de légitimation diverses au fil du temps. C'est qu'une personne à moralité douteuse, habillée légèrement, riant, seule, l'a forcément cherché un peu. Il y a somme toute moins de 50 ans que le viol est considéré de façon plus systématique comme le crime abject qu'il est en France, en Suisse et de nombreux pays occidentaux.

Mais alors, pourquoi rabâcher les oreilles avec ces histoires de culture de viol si tout le monde est d'accord sur le principe de base viol = çay mal.

Cette culture est transversale, donc tapie presque partout, même ici. Il n'est pas très compliqué de tomber sur un sujet où elle peut être dénoncée sans être hors de propos, en-dehors des discours sur les pandas roux. Ne serait-ce que lorsque l'on discute de publicité, de films, ou de l'épisode 3 de la 4e saison de Game of Thrones (spoiler, même si tu as lu le livre).




Si de nombreuses féministes de la 3e vague ont fait un énorme travail de publicisation et de sensibilisation à cet égard, c'est que la situation a non seulement été longuement inconsciente, mais surtout insatisfaisante. Accessoirement, pour tenter et réussir à régler un problème, il faut commencer par le désigner, le nommer, le définir. Trouver des solutions pour le combattre. Ajuster si ces solutions sont inadaptées.

Donc non, parler de culture du viol sur un blog féministe n'est pas un équivalent point Godwin. C'est pavlovien. C'est pas pareil. En-dehors du troll et du bâton tendu pour me faire tabasser, le thème revient souvent pour la bonne et simple raison que les blogs féministes parlent plus souvent du sexisme et de la violence de nos sociétés qui nourrissent et se nourrissent de cette culture du viol.







mercredi 14 mai 2014

Le dit de l'a-culture

Un terme revient souvent sur les internets : la culture du viol (rape culture). C'est un peu gros (... Toi, au fond, tu sors!), diront certain-e-s. Encore un coup de ces féministes-enragées-qui-n'aiment-pas-les-hommes-mais-qu'y-faudrait-qu'elles-baisent-quand-même-de-façon-hétérosexuelle-que-même-que-je-veux-bien-donner-un-coup-de-main.

Chier une pendule pour un simple « t'es charmante » est un délire de femme blanche privilégiée s'inventant des problèmes pour se faire mousser. De celles que certains de nos cousins américains aiment appeler "féminazi", rapport à ces millions d'hommes enfermés dans des camps et obligés de satisfaire des hordes de harpies à poil long à travers l'histoire. Les femmes, les vraies, trouvent ces manifestations bénignes marrantes, flatteuses. Et c'est bon, on rigole, oh ! Il y a des questions beaucoup plus essentielles, telles que le chômage, la Syrie ou la dernière connerie de François Hollande.

Sauf qu'une femme, une vraie, en rit jaune, si elle rit tout court.

Là où c'est pire ailleurs

Nous vivons en Suisse, en France, aux Tazunis, pas au Pakistan. Personne ne se fait asperger d'acide pour une broutille ici. Pas de façon légitimée par la société, (aux yeux de la loi pakistanaise, la pratique est à présent interdite ; en même temps, en Europe, jeter ses mégots à terre est également prohibé, on voit le résultat). Là-bas, c'est un vrai problème. Là-bas, c'est pire. Là-bas, il y a une réelle raison de lutter pour que la gent féminine ait accès à un minimum de protection. Là-bas uniquement. Au Pakistan. Très loin. Surtout pas chez nous. Ici, les femmes ont déjà tout et les hommes n'ont plus rien, surtout pas le droit d'être des hommes.

Je ne remets pas en question l'idée que la marotte de défigurer un être humain (un divorce fait quand même beaucoup de paperasse, mine de rien) soit une horreur que je ne peux même pas commencer à imaginer en tant qu'occidentale née dans un pays paisible. Le geste n'a simplement rien à voir en amplitude avec un simple « Hey, Madmoâââselle ». En revanche, le mécanisme est le même: la négation des droits fondamentaux d'une partie de la population par une autre. 

L'argument de « l'ailleurs, c'est pire » est l'excuse préférée des défenseurs du statu quo, voire du rétropédalage. Surtout lorsque l'on parle de rapports de domination. Ce qui se passe ailleurs, là-bas, très loin, est une atrocité sans nom, mais à part froncer très fort des sourcils, nos gouvernements et entreprises peuvent difficilement (et n'ont pas forcément intérêt) à agir. Reste certes le soft power, mais je crois que le succès de Game of Thrones, en la matière décrédibilise toute suprématie occidentale en matière de promotion de la vie humaine.

Mais qu'en fait, c'est le même mécanisme

A Islamabad, une victime de viol est considérée comme coupable si elle n'est pas retrouvée baignant dans son sang (et encore, elle l'aura certainement cherché). En Europe aussi. Elle (la victime peut aussi avoir un pénis, d'ailleurs) aura certainement envoyé des signaux portant à confusion, voire porté des vêtements provocants (genre une burka trop échancrée au niveau des cils).

La question de la gradation de la souffrance est contre-productive. Devrait-on cesser de prévenir les cas de nécrose et ne traiter que les infarctus ? L'un dans l'autre, ce sont deux conséquences d'un même dysfonctionnement : le diabète. 

Se croire autorisé à agresser quelqu'un verbalement, physiquement, sexuellement, trouver la chose normale, mettre systématiquement en doute les témoignages de celles et ceux qui subissent au quotidien ces types d'agression spécifiques, des plus anodines en apparence aux plus frappantes, c'est participer à cette culture du viol. C'est réduire un être humain à une paire de nichons, un utérus, un vagin, une prostate, un anus ou à un-e faible méritant punition.

Lafâme = Leseske.

Sexisme et racisme fonctionne sur les mêmes mécanismes que Newton, Einstein et Stephen Hawking ont formulé de la manière suivante :


 Déshumanisation + Objectification + Discrimination = 
Justification de la violence. 

Pendant quelques siècles, une personne noire était considérée comme le chaînon manquant entre l'animal et l'homme => on peut la traiter comme de la merde.
Pendant quelques siècles, une personne juive était considérée comme déicide, et donc, exclue du cercle des braves gens => on peut la traiter comme de la merde.
Pendant quelques siècles, les fans de Twilight ont été considérés comme des fans de Twilight => on peut les traiter comme des fans de Twilight.

Le dernier exemple est du bon gros troll des familles, mais il n'est pas difficile de dégager un motif récurent. Retirer le caractère humain, individuel et assimiler un groupe de personnes à une seule et unique caractéristique est le premier pas pour assurer une domination sur ce groupe. Que le cliché soit positif (les Chinois sont forts en maths et les Noirs savent bien danser) ou négatif (les Chinois sont des copieurs et les Noirs sont des feignasses).

Les femmes ont été sans âme, puis trophées, puis sorcières, puis trophées, puis mégères, puis trophées, puis Thatcher, puis Megan Fox.

Gommer le féminin

Le féminin n'est pas humain. Pas vraiment. Elle, l'infâme, est en dehors de l'Homme, terme dont le sens est passé d'homo (humain) à vir (homme cisgenre de sexe masculin, avec les gamètes à leur place et tout). C'est un objet. Il vaut moins que moi, le mec. L'être humain de base, livré avec toutes les options. Je peux donc me permettre de lui parler comme à un chien intelligent ou à un dauphin. C'est mignon, les dauphins.

Autrefois et encore de nos jours, les Noirs non plus n'étaient pas vraiment humains, pas complètement. On (= l'homme blanc, etc.) pouvait facilement en dire et leur faire subir les pires avanies sans que quiconque trouve à y redire. Nous (oui, parce que je suis noire, au passage) n'étions que de grands enfants un peu bébêtes, paresseux et indisciplinés. Avec une fierté mal placée qui plus est. Dommage que le politiquement correct soit passé par là et ait retiré la drapétomanie du cercle très fermé des maladies de l'esprit.

Le sexisme a ceci de spécifique qu'il n'est pas possible de faire sécession d'avec les femmes contrairement à d'autres groupes de la population, comme le rappelle un épisode de l'émission de la RTS Spécimen que je suis infichue de retrouver : il est plus facile de taper sur cette « minorité sociologique » spécifiquement, notamment en période de crise économique, politique et/ou sociale. L'antisémitisme fait très deuxième millénaire, condamner les roux serait s'en prendre à Jessica Chastain, ce qui est hors de question. Reste une catégorie qu'on ne peut pas vraiment génocider puisque les clonage n'est pas encore passé dans les moeurs: Les meufs. 

Dans son livre L'invention de la drague (paru en grand format sous le titre Histoire de la conquête amoureuse, tout un programme guerrier), Jean-Claude Bologne insiste à longueur de pages sur la légendaire passivité de Lafâme et le tempérament actif et vif de l'homme. Il s'agit donc bien sûr d'un rapport de séduction à sens unique. L'homme doit subjuguer la femme, et la femme doit être captivée. Captive. Le rapt faisant d'ailleurs partie des techniques de séduction. Après tout, les civilisations d’Europe de l'Ouest et du Sud se basent tout de même sur des dieux ayant une conception du consentement des plus libérales. Conquérir, c'est envahir. Draguer, c'est racler, traîner, tirer. Séduire, est moins violent: il s'agit simplement de détourner du droit chemin. Au moins, ce terme implique aujourd'hui une opération bijective : A s'intéresse à B qui s'intéresse à A. La différence entre Eros, qui s'intéresse autant à la question du consentement que le fils illégitime de Julien Pley et DSK, et son frangin oublié, Antéros, dieu de l'amour Ré-ci-proque.

Sortir de l'enfance

Selon Elisabeth Badinter (Eric Zemmour suit d'ailleurs cette explication, mais n'en tire naturellement pas les mêmes conclusions), un petit garçon doit s'opposer aux femmes pour sortir du monde de l'enfance. Pour cela, il doit se transformer en brute impassible et sans cœur afin de coller à une certaine idée de la virilité. Quoi de mieux pour se distinguer de l'Autre que de le rabaisser ? Lui expliquer ce qu'elle peut ou non faire, ce qu'elle pense, ou du moins, devrait penser. Draguer non pour soi, non pour une relation saine, même d'une nuit, mais pour asseoir un statut social. Pisser contre le plus gros réverbère.

Tout est une question de consentement. Les femmes victimes de harcèlement de rue tout comme les femmes mutilées de pays exotiques à nos yeux européens se voient priver de la possibilité de vivre tranquillement. Naturellement, nos propres pays occidentaux fournissent à la pelle des crimes sexuels fleurant bon notre propre terroir. Les femmes doivent répondre positivement à toute sollicitation. Comme autant de mamans envers leurs tous petits enfants. Ce n'est pas qu'une question de gradation, mais une question de norme comportementale. On apprend aux filles à faire très attention à leur façon de se comporter, mais on met rarement les garçons en garde contre les effets qu'un abus d'alcool pourrait avoir sur leur comportement sexuel / sur la façon adéquate de parler à une inconnue ou tout simplement le risque de se faire eux-mêmes agresser. Ils ne sont même pas mis en garde sur le fait qu'eux aussi peuvent se faire voler ou casser la gueule pour le simple crime d'être passé par cette ruelle obscure et sombre

Non, c'est non.
Source: http://newscatgif.tumblr.com

La liberté se trouve du côté du harceleur, car celle de se promener en toute tranquillité quand on est privée de chromosome Y est limitée. Certains hommes se croient autorisés à balancer leur avis sur un physique comme cela, sans se soucier de savoir s'il est bienvenu. Certains hommes se croient si irrésistibles que si une femme ne se fout pas à poil sur fond de musique bollywoodienne d'un simple coup d’œil de leur part, le problème vient forcément d'elle. Certains hommes ne comprennent même pas lorsqu'ils harcèlent. Il ne font que socialiser. Certains hommes embrassent de force. C'est rigolo et ça fait des vues sur Youtube. Certains hommes pénètrent de force, c'est rigolo et ça peut aussi faire des vues. D'autres se contentent de faire cela en catimini, chez eux, simplement parce qu'une femme membre de leur groupe n'a pas à leur dire non. Certains hommes, absolument étrangers à ce genre de comportement refusent d'en accepter l'existence. Parce qu'eux-mêmes ne sont pas des queutards invétérés. Mais les Loulous, ce n'est pas parce qu'une femme a mange trop de chocolat que toutes les femmes sont des diabétiques qui n'ont plus de pieds.

D'aucuns diront que cette culture du viol dans le monde occidental dérive de la consommation massive de pornographie à des âges de plus en plus jeunes. Moui, il y a certes une nouvelle apparence de normalité tentaculaire se mettant en place dans les rapports sexuels. En même temps, nous vivons dans une société où les fantasmes sadiques et sadiens sont montés au panthéon de la Pléïade. Honorer des relations violentes dans l'absence totale de consentement n'est pas tout neuf donc. Ces pornos sont conçus et réalisés par et théoriquement pour des adultes. Enfin, le porno ne montre que l'obscène, le tabou, le fantasme inavoué de la société. En ce moment, l'heure est plutôt de remettre les femmes à leur place : dans la cuisine, à quatre pattes. De manière très claire, dans la vaste majorité du porno mainstream. Le porno est encore et surtout un miroir grossissant des mœurs d'une société où les petites filles sont sexualisées de plus en plus jeunes, et les petits garçons aussi. Justin Bieber a commencé à être un sex symbol pour fillettes, adolescentes et parfois même jeunes adultes avant d'être majeur. Dans ce dernier cas, cela s'appelle de la pédophilie. Mais c'est pas grave, c'est un mec, donc ce n'est plus de la pédocriminalité, simplement de la chance.

Bref, la doctrine de « l'ailleurs, c'est pire / c'est bon, vous l'avez l'égalité ici » consiste tout simplement à ne pas prendre ses responsabilités. Parce que ce n'est pas un problème de société : ce n'est pas un problème d'êtres humains. C'est un problème de femme. Comme les douleurs menstruelles et autres menus tracas montés en épingle. Pourtant Qui oserait dire que la situation des Afro-Américains du temps de la Ségrégation était confortable? Pourtant, être "libre" selon la loi est sensé être un bon qualitatif par rapport au statut de bien meuble...

Le gang bang est toujours plus glauque dans le jardin d'à côté.

mardi 13 mai 2014

Dit entre parenthèses

Coucou ! je suis de retour (pour combien de temps, je ne sais pas) (6 mois après mon dernier billet) (c'était long, mais j'avais plus la tête à me plonger sous mes couvertures qu'à venir râler céans) (puis aussi, j'ai pris un retard de lecture phénoménal) (puis je devais me brosser les dents aussi) (ouais, pendant 6 mois) (c'est l'effet noix de cajou au miel). Après avoir comme qui dirait mis ce blog entre parenthèses (mais tu t'en seras peut-être rendu-e compte) (tu la sens, ma mise en abîme, là?).

Avec plus de parenthèses (j'en ai déjà pris quelques-unes d'avance).

Plus d'absence d'habillage (là, je vois moins l'intérêt d'un autre aparté).

Plus d'articles de 5 pages (en Times 7, interligne 0.1) (avec des gifs de chat).

Plus de mots qui n'existent pas (et de fautes d'accord, de frappe, mots qui s'évaporent, ou simplement échangistes) (du bonheur des troubles dyslexiques, fussent-ils légers).

Plus de conclusions inconclusives.


(c) Cartoon Network, Source: www.madmoizelle.com