dimanche 18 mai 2014

Le Dit des cultures et des points

le thème de la culture du viol est-il l'équivalent d'un point Godwin féministe? Vous avez 3h.

Pour rappel aux deux du fond qui ont été dans le coma dans une yourte ouzbèke pendant 25 ans, le point Godwin est atteint quand dans un débat - de préférence, dans les commentaires d'une vidéo ou d'un article sur un sujet n'ayant strictement rien à voir avec le nazisme, comme lesquels des chatons ou des bébés panda roux sont les plus mignons - entre gens en slip devant leur écran, le nazisme, les camps de concentrations et tout objet apparié est balancé (çui ki di c lé cha c 1 put1 d nasi-comunist). Plus un débat s'éternise, surtout sur internet, plus les chances augmentent de voir les pandas roux disparaître, mais surtout, d'atteindre le fameux point Godwin, qui généralement, discrédite son locuteur: à moins d'expliquer comment la fourrure de pandas roux vindicatifs fut utilisée sur les plantes des pieds des Tziganes, lier ces plantigrades à la Shoah est le niveau zéro de l'argumentation. C'est donc le moment ou quelqu'un rend les armes d'un magnifique le mal = pas bien. A partir de là, impossible de présenter un quelconque développement ultérieur car:

(a) bah ouais, le mal, c'est pas bien. On peut pas tellement épiloguer là-dessus.

(b) vu la puissance réflexive contenue en (a), un doute est établi sur l'ensemble de la réflexion du pôv' niouk ayant osé imaginer que l'idée (a)  pourrait convaincre autrui. Même de loin, dans le brouillard.

(c) la discussion se meurt d'une gangrène poignardée par balle. C'est d'ailleurs la résultante de toute analogie extrême (non parce qu'avant le nazisme, il y avait plein d'autres horreurs sur lesquelles baser des comparaison foireuses, hein. L'humanité n'a pas attendu les années 1930 pour accueillir en son sein un nombre conséquent de tarés finis avec un sceptre à la main). C'est aussi une façon de fuir la discussion, comme le rappelle l'article consacré sur Wikipedia.




Charlie Chaplin, le Dictateur

C'est que l'être humain a cette folle propension au toutourianisme. Jeter bébé panda roux = jeter eau du bain. Un argument non valable signifie que l'ensemble des arguments sont de la chitte en boule (non parce que la nuance, c'est pour les épilés du pubis). 

A ceci près que le point mis en avant est parfois tout à fait valable: si les Tziganes avaient réellement été torturés par des pandas roux, avancer l'exemple mentionné plus haut n'est pas une comparaison tirée par les cheveux. Si on parle de la Shoah, il est évident qu'on va mentionner le nazisme. S'il est question d'esclavage au 17e siècle, il serait idiot de sortir que la Traite atlantique est hors de propos.

Nous en arrivons donc bientôt à ma question initiale.

Depuis quelque temps, un sujet revient très souvent sur la toile: les chats.

Un autre, plus courant sur les blogs ou sites féministes, puis généralistes est la culture du viol. Or, le terme même de "culture du viol" est en soi extrêmement violent. pas autant que le phénomène auquel il renvoie, mais il refroidit quand même. Il est parfois mal accepté, rejeté, que ce soit par nos amis les masculinistes, par des media bien établis, comme le Time magazine, ou par des mecs bien sous tous rapports qui n'ont pas la moindre envie de violer qui que ce soi.




Ceci dit, décider que "parce que je ne viole pas, la culture du viol n'existe pas" est un sophisme idiot. Un athée se baladant au Vatican n'en baigne pas moins dans une culture chrétienne. Dire que le viol est uniquement le crime d'individus (je te rassure tout de suite, il n'y a pas beaucoup de féministes prêtes à avancer que le viol n'est pas le crime d'individus; seulement, ce n'est pas "que" cela) et aucunement une question sociétale, autrement dit, énoncer que la notion même de "culture du viol"  dilue la responsabilité des violeurs, c'est ne pas comprendre ce qu'est la culture du viol (Crêpe Georgette a d'ailleurs écrit une excellente explication de ce qu'est la rape culture). L'individu n'existe pas en-dehors de la société dans laquelle il s'inscrit. Une société lui matraquant un certain type de messages à longueurs de pubs, bouquins, films, jeux vidéo, aphorismes, blagues, coutumes, adages et autres produits culturels que consomme quiconque aura passé plus de 5 minutes ex utero aura forcément une influence sur sa façon de voir de le monde, sa façon de juger ce qui entre dans le domaine du discutable, mais tolérable ou non. exemples-types: le téléchargement; le viol marital; les lanceurs d'alerte. Tous ces faits ont connu des degrés de légitimation diverses au fil du temps. C'est qu'une personne à moralité douteuse, habillée légèrement, riant, seule, l'a forcément cherché un peu. Il y a somme toute moins de 50 ans que le viol est considéré de façon plus systématique comme le crime abject qu'il est en France, en Suisse et de nombreux pays occidentaux.

Mais alors, pourquoi rabâcher les oreilles avec ces histoires de culture de viol si tout le monde est d'accord sur le principe de base viol = çay mal.

Cette culture est transversale, donc tapie presque partout, même ici. Il n'est pas très compliqué de tomber sur un sujet où elle peut être dénoncée sans être hors de propos, en-dehors des discours sur les pandas roux. Ne serait-ce que lorsque l'on discute de publicité, de films, ou de l'épisode 3 de la 4e saison de Game of Thrones (spoiler, même si tu as lu le livre).




Si de nombreuses féministes de la 3e vague ont fait un énorme travail de publicisation et de sensibilisation à cet égard, c'est que la situation a non seulement été longuement inconsciente, mais surtout insatisfaisante. Accessoirement, pour tenter et réussir à régler un problème, il faut commencer par le désigner, le nommer, le définir. Trouver des solutions pour le combattre. Ajuster si ces solutions sont inadaptées.

Donc non, parler de culture du viol sur un blog féministe n'est pas un équivalent point Godwin. C'est pavlovien. C'est pas pareil. En-dehors du troll et du bâton tendu pour me faire tabasser, le thème revient souvent pour la bonne et simple raison que les blogs féministes parlent plus souvent du sexisme et de la violence de nos sociétés qui nourrissent et se nourrissent de cette culture du viol.







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