jeudi 22 mai 2014

Le Dit en dentelle

On va parler guerre des sexes. Littéralement. Comment est-ce que chaque sexe (l'outillage) est représenté comme une arme. En d'autres termes, dans un monde où le sexe (l'action) est le mal (mais en embuscade partout), entre le vagin denté et le gourdin, qu'est-ce qui effraie davantage ? Mais surtout pourquoi ?

Attention, cet article risque de taper dans le NSFW. Te voilà prévenu-e.

Prêchant allègrement pour ma paroisse, je commence par l'antre maléfique où Satan fait planter des figuiers (oui, parce que mine de rien, tu caches plus facilement ton matos derrière une feuille de figuier que de pommier) (et les pommes sont gouleyantes, mais moins que les figues) (c'est scientifiquement prouvé) (accessoirement, c'est pas pour rien que nos zozios se sont amusés à cacher leur attirail derrière des feuilles d'un arbre dont le fruit entier ressemble à un cul; et à un vagin une fois coupé en deux)  (je parle toujours du figuier) (et d'Adam et Eve aussi).

In the right corner :




Le machin que l'ami Freud n'aimait pas, mais alors pas du tout. Je parle d'un organe rejetant un liquide presque turquoise deux mois par an (heureusement, ils sont étalés par tranches de 5 jours). Un organe pour le moins inconnu, puisque malgré son anatomie complexe, le béotien ne retient habituellement de lui que sa qualité de puits sans fond. Obscur et sombre, il cache en son tréfonds différentes armes mortelles au brave gaillard ayant innocemment cherché refuge en lui (heureusement, les lesbiennes sont immunisées, faisant elles-mêmes partie de l'engeance des vouivres et autres enfants de Lilith) : Entre le vagina dentata de Teeth (mais surtout de Freud), la mousse empoisonnée de Kunoichi Ninpocho  ou encore les assassinats par coïts interposés le cinéma dépeint volontiers nos parties intimes comme étant siège de mystère et de danger. A ce demander pourquoi tant de personnes, pourtant saines d'esprit, tiennent tant à y retourner.


N’empêche que dans une société post-victorienne où l'idée que les femmes devraient modestement détester le sexe et être monogames a la vie relativement dure, une femme qui séduit est une femme qui domine et castre. Une femme qui aime s'envoyer en l'air, donc, en culture patriarcale enfermée dans des convictions passéistes, se rapproche du symbole de la mante religieuse, de la sirène ou de la succube  : elles n'utilisent la sexualité que comme arme (contre des hommes cisgenres hétérosexuels) plutôt que de manière autotélique (parce que c'est plus sympa que le scrabble, même si j'aime beaucoup le scrabble). Bref, séduction = domination = castration. On verra en 2e partie que cette équation s'applique uniquement dans le référentiel féminin.

Premier effet Kiss Cool (oui, je suis un pur produit des années 1990):

Une grotte, barbue ou défoliée, est forcément un peu mystérieuse. Donc ce qui s'y cache ou en sort est forcément hideux. Après tout, le mot « cyprine » a cessé d'être confidentiel depuis seulement quelques années. Le liquide bleu que nous perdons deux mois par an (heureusement, par tranche de 5 jours) et autres pertes blanches (qui participent pourtant au processus d'auto-nettoyage d'Anne-Sophie) (oui, c'est le nom de mon précieux) n'a d'ailleurs cessé de faire tourner la mayonnaise, cailler le lait, gâter la viande que depuis une petite cinquantaine d'années. Heureusement, certaines marques tentent avec plus ou moins de courage de prendre le taureau par les cornes en appelant un chat femelle une chatte.

Comme c'est un lieu mystérieux, c'est un lieu qu'on peut oublier sans grande conséquence, comme la cité mythique de Shangri La, le peuple fée et bientôt, les abeilles. Même en temps que femme. Si la partie représente l'ensemble, on comprend mieux pourquoi les femmes n'ont pas d'âme, ne servent pas à grand'chose, à moins de servir quelqu'un.



La littérature, le cinéma (masculins) et parfois même la réalité  regorgent de femmes ne connaissant pas leur propre corps (contrairement aux hommes qui savent comment nous faire jouir rien qu'en buvant une bière d'un air ténébreux. Déjà que les hommes, les vrais, ont un contrôle parfait et total de leur attirail). L'exemple qui m'a le plus frappé ces dernières années dans la pop culture est la reine Cersei qui... ah, on me souffle dans l'oreillette que raconter une partie d'un bouquin sorti il y a une décennie est du spoil éhonté. Comme je suis trop flemmarde pour lutter contre une horde de fans assoiffés de sang, je vais trouver autre chose. Je reprends donc: Un des exemples qui m'a le plus frappée ces dernières années dans la pop culture est l'idée, dans le film Black Swan, qu'une jeune danseuse étoile ne se serait jamais masturbée et doit se faire jouir pour être capable de jouer le Cygne Noir. Tototte, s'il y a une créature dans l'univers connaissant mieux son propre corps qu'une danseuse ou un danseur, c'est probablement le mec en cape et collants qui les matte à longueurs de journée aux rayons X. Il y a donc une bonne part de fantasme figurant que Lafâme, même héroïne de sa propre histoire, dans sa vie intime, comme dans sa vie sociale, est infichue de s'appuyer sur ses propres moyens pour s'épanouir. Elle ne peut briller, et certainement pas seule.

Heureusement que d'autres héroïnes de fiction (et de la réalité) viennent infirmer cette idée.


Reste le problème de certaines formes d'asexualité ou d'organes se prêtant peu à de tels loisirs, on est bien d'accord.

Deuxième effet Kiss Cool (avec des lapins)

Le vagin étant un lieu cannibale, il est de bon ton d'en supprimer la dangerosité. Question de taille, déjà parce que l'épée aime à être bien sanglée : elle ne goûte guère les fourreaux insuffisamment serrés, raconte la légende urbaine. S'ensuivent deux ou trois délires culturels, aussi bien en Occident que dans le reste du monde. Jusque dans la litote, la pilosité pubienne féminine reste le centre de tous les dangers : impureté, sexualité débridée, absence de contrôle social. Et c'est précisément par rapport au contrôle social (masculin) que la profanation de cette sale bête peut être utilisée comme arme de domination, voire arme de guerre. Ce point sera développé plus avant dans la deuxième partie.

Ces histoires de cannibalisme vaginal t'empêchent quand même de remplir ton unique fonction de mamounette, puisque ton délire est d'aller bouffer ta marmaille avec ta principale. Non parce que les marâtres, sorcières, veuves et vieilles des contes de fées, c'était plus ou moins cela: des monstresses préférant la jeunesse et la séduction éternelle (Blanche-Neige), refusant d'occuper le métier de maman, soit une autre façon de rester éternelle et libre de copuler joyeusement avec le premier clampin (Blanche-Neige, la Belle au Bois dormant version Perrault; en fait pour faire court, tous les contes n'ayant pas été déformés par Disney qui comprennent une sorcière) .



Du coup, il vaut mieux manger la sorcière et son écu

La santé de nos sociétés hétéronormées se reposant entre les jambes d'une femme, il est bel et bon de contrôler icelle, dans ses droits, aspirations, représentations, apparence, voire jusque dans son corps. Syndrome de Stockholm oblige, elle est parfois sa propre geôlière.

Et pourtant, cette béance monstrueuse, n'est qu'un conduit, un fourreau, ce qui est étymologiquement la signification du mot « vagin ». C'est l'objet où on range une épée. Il a donc été ainsi nommé non pour lui-même, mais en référence à l'oblongue capsule sensée se placer en lui. Il serait dommage d'oublier dans tout cela le dindon de la farce: la perle de jade.

Dès l'Antiquité, il était établi qu'une femme devait jouir pour être fécondée. Une fois que le lien entre orgasme féminin et grossesse a été infirmé, le clitoris a cessé d'exister pendant un siècle et demi. La clitoridectomie était d'ailleurs de bon ton dans la haute société du 19e siècle, afin de garantir la valeur morale, si ce n'est la valeur tout court du bétail à deux pattes porteur de nichons.

Si bien qu'aujourd'hui encore l'importance du clitoris dans la sexualité humaine (ouais, humaine!), que ce soit du point de vue scientifique, culturel, social ou religieux, est facilement oublié. Un oubli pratique pour justifier l'excision de cette part de masculinitéi, ou une perception complètement androcentrée d'un rapport sexuel abouti (l'éjaculation masculine, donc), voire des rapports humains tout court.

Le fourreau est caché et doit le rester, car il fait peur. Contrairement au glaive en lui rangé.


i L'excision est souvent expliquée comme une rectification de la nature qui ne sait pas trop ce qu'elle fait en matière de genre: un pénis avorté chez les fillettes alors que le prépuce des garçonnets est sensé être leur part de féminité, d'où la nécessité d'une circoncision.

7 commentaires:

  1. Oh c'est déjà fini... Pourtant, il me faut toujours ouatmille ans pour arriver au bout des articles car je lis (en tout ou en partie) les liens connexes que tu postes au fil des mots. (D'ailleurs, tu pourrais cocher la petite case "ouvrir dans un nouvel onglet" quand tu associes un mot avec un lien parce que sinon, ça l'ouvre sur ton article et avec hellocoton ça bug :( ) C'est le 1er volet de la fameuse "trilogie"?

    C'est super intéressant et bien écrit (même si des fois, je dois m'accrocher pour arriver à suivre ton style). Je m'intéresse au sujet depuis un moment donc ça doit aider aussi. J'ai hâte de lire la suite !

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  2. Oh, btw. Le gif n°2 est immonde :3 (mais c'est un avis personnel)

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    1. Wé, il paraît. La grâce et le bon goût, comme toujours.

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  3. Merci, beaucoup, OK, je ne savais pas que ça buggait avec HC, je changerai pour les prochains articles. Comme j'ouvre toujours avec un bon vieux clic droit des familles, je n'ai jamais de problème.

    C'est vrai, Yaelle, m'avais fait remarquer que j'avais un style un poil danse qui ne facilite pas forcément la lecture...

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  4. Pour moi non plus ce n'est pas toujours facile à suivre, mais ça fait bosser les neurones, c'est bien.
    Le gif nr.2 est en effet immonde, je me demande d'où sortent ce genre d'idées, m'enfin... Le Malleus Maleficarum du Bas Moyen-Age disait déjà que les femmes, les "sorcières", s’enorgueillissaient de leurs collections de pénis, arrachés à leurs propriétaires durant la pénétration grâce à leurs lèvres "mordeuses"... L'idée n'est pas franchement nouvelle, et ne semble pas trop vouloir céder du terrain hélas.
    Marrant le coup des règles bleues, je ne connais quasi pas la pub, donc je découvre parfois à retardement des trucs assez drôles ^^

    Merci pour l'article, ô maître adoré, je te sacrifierai une vierge, etc.

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  5. Merci La Sauvage, ravie que ça t'aie plu. Il faut vraiment que j'apprenne à avoir une écriture plus fluide (puis ça manque de virgule, tout ça).

    Les règles bleues, c'est toute mon enfance! Je crois que toutes les marques en usaient, sauf la fameuse à avoir tenté l'écarlate. C'est vrai que les lèvres mordeuses ne sont certainement pas nées avec Freud.

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