lundi 7 septembre 2015

La pente ascendante

Et tout à coup, on remonte la pente. On sort. On se balade. Dans les bois. Dans cette petite forêt à deux pas de chez soi. Cela nous rappelle les promenades de notre enfance, dans la Forêt des Belvédères, aux Diablerets. Forêt qui paya un lourd tribut à Lothard, la tempête du siècle, en 1999. Cela ne nous rajeunit pas, ma bonne dame.

Mais cette forêt actuelle, si proche de la ville, mais déjà à 900m. D'altitude, cette forêt merveilleuse, elle, a déjà bien récupéré. Cette forêt miraculeuse, petite mais efficace, cette sylve sublimissime, qui distille sa bonne humeur chlorophyllée, offrant gratuitement de l'ombre et de l'air frais pendant la canicule de juillet, cette étendue boisée, nichée dans ce qui fut autrefois le lieu d'un terrible glissement de terrain, cette forêt revigorante, qui régénère mieux le teint que la plus chère des BB creams, sereine, vivante, vibrante, cette verdure au parfum piquant appelle, parle, calme, aide à communier avec soi-même. Après l'effort, pendant l'effort, les poumons emplis du parfum de la sève, de la terre ; les durillons renforcés de corne de par les petits cailloux se glissant dans les grolles ; les mollets chauffant comme fourmi sous une loupe ; la hanche droite liquéfiée ; la cheville gauche ayant octuplé de taille ; les genoux criant grâce, on se sent vivante. On se sent bien. On se sent enfant, après avoir joué à traverser à gué, en minijupe froufroutante et ballerines, la petite rivière charriant déjection humaines et animalières. Mais oui, celle qui est traîtresse et dangereuse. On a sept ans quand on pose son téléphone à terre et improvise une chorégraphie sur un titre de Shiina Ringo dans la petite clairière. On en a cinq quand on arrive au passage de la Lorien, où l'eau de pluie, au fil des siècles, a creusé un petit renfoncement dans la roche encadrée de feuilles illuminées par le soleil, offrant une vision de pure poésie. On entend des Elfes susurrer en ce lieu. Et en haut de cet escarpement, on s'en sent la Reine. Une Galadriel brune et noire, en parfait raccord avec tous ces troncs imposants et bienveillants.

C'est vrai que c'est beau la Lorien
Source: http://edequity.org

Arrivée au petit pont de bois, on se souvient avec un sourire de la pétoche qu'on a eue la fois où on s'est enfuie en pleine nuit dans la forêt, avec le ruisseau dont le bruit d'éclaboussures étrange rappelait les feulements de quelque animal mythique ne sortant de son nid de griffon que lorsque l'ombre règne. Au pont plus large, de béton, on se rappelle avec émotion le jour où avec entêtement, on a essayé d'atteindre la ville en-dehors des chemins balisés, pour se retrouver à devoir grimper sur une vieille souche pourrissante afin de rejoindre un endroit solide et sec, le tablier de l'édifice précité, et partant, la civilisation. Parvenue au banc de bois, l'image du même endroit sous 30cm. de neige s'impose à soi, ainsi que l'investissement dans des bottes de neige Anna Field qui font saigner, mais tiennent chaud. Et cette litanie de réminiscences continue longtemps. Le coin de l'ail des ours, le coin des orties. Les arbres amoureux, l'arbre classé aux racines majestueuses, mieux que le tie&dye de ta copine de classe. Les marches inégales, les chemins goudronnés. L'écureuil inquisiteur, le chien renifle-fessier.


A cette forêt, je dis merci. D'exister, de m'avoir consolée, de m'accompagner lors de mes promenades ici. Et petit à petit, je remonte la pente.