samedi 26 novembre 2016

Félicité

On a parlé du chépaskejisme, on va parler de l'inverse. Un état d'esprit inverse. Ce truc étrange rose et guimauve qui n'existe que dans les bouquins et les films : le bonheur.

Le bonheur, c'est quand t'es toute seule dans ton slip, mais ça va. Les pensées suicidaires sont en vacances. Le bonheur, c'est quand tu avais prévu de mettre ta robe pastelle, mais qu'au bout de dix mois de trek au Pôle Nord, les Anglais débarquent, et que tu t'en fous : tu mettras tes robes noires pendant cinq jours.

Le bonheur, c'est quand tu te liquéfies parce que ton ovaire gauche essaie de fusionner avec ta hanche, mais que tu le prends bien. Après tout, ça faisait longtemps qu'ils te fichaient la paix.

Ça, c'est l'état d'esprit du bonheur. Tu prends ce qui vient et tu es reconnaissante. Pour tes amis, ton entourage ; Pour le réseau qui s'occupe de toi ; Pour les 30kgs pris qui font de Ninon et Charlotte des bombes. Si ta cheville n'était pas en pleine crise de rhumatismes, tu claquerais tes Louboutins sur les pavés pentus lausannois en une folle gigue.

Tu penses au prochain repas, parce que ton rapport à la nourriture s'est amélioré. C'est désormais moment de joie, parce que tu prends soin de toi (ce crumble d'aubergines était purement festif ; les fajitas de ce soir seront appréciées ; et le taboulé avocat-raisin frais-chèvre de demain est une raison de se réjouir). Et c'est nouveau. Avant, tu ne mangeais pas parce que tu n'avais pas encore décidé si tu consentais à vivre. Ensuite, tu t'empiffrais parce que c'était le seul avantage à être vivante. Maintenant, tu dégustes à petites bouchées snobinardes parce que tu en profites. Des bouchées d'elfes. Gulf applause. Clap, clap, clap, clap, clap. C'était bon. Tu prends plaisir dans le fait d'être vivante.

Tu prends. Tu en chies, mais tu prends.


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