mercredi 21 décembre 2016

Conte capitaliste

Il était une fois, un conte. Pas une histoire d'amour, de princes ou de princesses, où les dragons se font décimer, où les belles gens sont bons et où les êtres fabuleux se font occire à la fin.

Non.

Dans mon univers, tout ce petit monde vit en bonne intelligence. Bien sûr, le Peuple Fée cherche à boulotter tout le monde. Mais c'est le lot de toute espèce intelligente s'estimant au sommet de la chaîne alimentaire.

Glabou portait cette lourde chaîne autour de son cou. Le métal lui érodait la peau : le poids, le frottement : le sang. Il était elfe, et premier ministre par la même occasion. Les belles gens avaient succombé à la démocratie représentative, laissant monarchie et dictatures aux frêles humains. Vivant plus longtemps, plus beaux, donc meilleurs, plus forts, donc plus méritants, aux sens plus aiguisés, donc plus vivants, plus riches, donc élus, ils avaient forgés la Chaîne et se la refilaient de prédateur en prédateur. C'était une métaphore extrêmement pesante.

Loin de là, dans la forêt de béton, vivait une petite humaine, Flapuce. Elle ne servira à rien dans cette histoire. Ca s'appelle un caméo.

Glabou n'était pas vraiment un social justice warrior. Pour quelqu'un avec une telle acuité visuelle, il avait la vue plus courte qu'une taupe borgne. Les dynamiques de domination ne l'intéressait guère, vu qu'il était largement privilégié. En tant que tel, il refusait naturellement de reconnaître ses privilèges, estimant que naître avec tout un service en argent dans la bouche était simplement marque d'une supériorité conférée par un travail acharné.

Travail que subit sa mère, en effet. Dans cet univers, les belles gens sont des mammifères, quand bien même naissent-ils du trépas d'un humain. A terme, il naquit. Le placenta rejeté, le travail prit fin. Et ce fut le seul labeur auquel il participa de sa vie.

Par contre, il exécuta encore et encore, principalement des anti-istes. Anti-fascistes, anti-racistes, anti-capitalistes, Antillais, tout y passait. C'est qu'il ne faudrait surtout pas toucher aux externalités d'un système. Remettre les dysfonctionnements en cause est source d'extrémisme, et on se retrouve illico avec des féminazis et autres joueurs de djembé à cheveux longs.

Quitte à avoir les cheveux longs, les Elfes étaient plutôt un peuple métalleux. En leur pays, se trouvait facilement du cobalt, du cuivre, mais surtout du platine et de l'or. Jaune comme blanc. C'était u pays montagneux, et en ce dernier jour d'été, certaines alpes avaient déjà été saupoudrées d'une fine pellicule.

La pellicule ayant été entièrement numérisée, les richesses elfiques n'étaient plus qu'immatérielles. Suffisait que la confiance tombe, que le système plante, pour que Glabou et ses comparses se retrouvent au même niveau qu'un hérisson devant un semi-remorque. Alors ils fuyaient, loin, vers l'avant. Ils assoyaient leur domination comme la seule et unique solution pour que le système se perpétue, et la perfection du système comme seule et unique possibilité de bonheur. Maintenant, celui de qui, là est la question. Mais certainement pas de vous et moi.

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