samedi 3 décembre 2016

Sommeil sombre

Il est 4h. L'heure de se réveiller. Dans un autre pays. Loin, très loin. Mais pas ici. Le soleil estival n'est pas encore levé. Et moi, comme un con, je suis déjà debout. A moitié éveillé, en diagonale, tel un zombie. Je suis fatigué. Épuisé. Je n'aime pas le matin. 4H est une heure déraisonnable pour aller se coucher, même quand elle fait sens. Elle l'est encore plus pour passer de trépas à vie. J'aime la petite mort du sommeil. L’absolue jouissance de l'annihilation des sens. J'aime l'inconscience, la folie des rêves. J'aime leur divertissement. Je pourrais néanmoins m'en passer pour le noir complet. L'absolue certitude du néant. Le bien-être. L'absence d'être. La fuite du temps.

Je pourrais passer ma vie à dormir. Heureux le comateux ! Je pourrais dormir encore et encore, d'un sommeil éternel. Noir. Profond. Puissant. Un sommeil ensablé. Un sommeil encroûté. Imperturbable. Inexpugnable. Une lame de nuit. Tranchante, transcendant le temps, l'ennui, la vie. Je voudrais dormir, toujours. L'absence de vie, le choix. Un choix renouvelé quotidiennement, à la fin du jour.

Je ne suis pas du matin. Je n'existe pas le matin. Jamais. Pas si j'ai le choix. Je hais les contraintes m'obligeant à l'éveil. Mais 4h, c'est de la torture. Autant faire nuit blanche.

Je suis fatigué. Encore ensommeillé. De cette rouille qui m'accompagne chaque jour, à tout moment de toute heure. J''attends l'heure de me coucher. L'heure de faire la sieste. L'heure d'avoir le pouvoir de faire avancer la journée, les yeux fermés.

J'attends.

Et le temps s'égrène lentement. Par nanoseconde. Oppressant. C'est la vie. C'est ce que je refuse de choisir. C'est lent. Implacable. Pénible. Sans répit, quand l’œil est ouvert. Sans pitié aucune. Sans âme. Pis que la mort. Le temps, c'est l'oubli. Tout s'érode, s'efface, s'affadit, blanchi par la lumière. C'est la vie. Mortelle. Terrible. Implacable. L'oubli par négation. Un fade-off.

Le sommeil, c'est l'oubli positif, volontaire, actif, où l'on s'efface pour mieux ressentir l'absence. La forme ultime de méditation, de spiritualité. Une religion unique, un art de vivre qui dépasse les frontières de la vie. Un sommeil sain, vigoureux, profond. Un sommeil sans fin. Sans fond. L'oubli de soi. Parfait. Sans peur, sans crainte. Sans douleur, sans souffrance. La plénitude. La perfection. Le bonheur. Une pause. Une respiration. Une halte. Un besoin. Le sommeil préserve de la folie. Des humains et de la sienne propre. Il protège. Il entoure. Il englobe. Il engloutit. Il happe, avale, gobe.

A la fin, c'est lui qui gagne. 




Ce texte a été écrit lors d'une des séances de l'atelier éveil, dont je parle ici.


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