mercredi 14 décembre 2016

Une semaine

Donc, les matins. Semblables, immuables. Je me réveille, je fume, je lis. Je bois mon café. Je fume. Je me prépare pour l'activité du jour. Parfois, je me laisse réveiller par le chant de crécelle de la sonnette actionnée par l'infirmière. De préférence, en plein sommeil paradoxal. Lors, je me roule péniblement sur le côté, me traîne en zigzag, sleepdrunk, jusqu'à la porte, la laisse entrer, et me mets à fumer en position fœtale, tout juste assez curieuse du monde extérieur au rêve pour siroter mon café et téter de la Parisienne. Mon infirmière me parle. De quoi, je ne sais pas. D’expérience, je sais qu'il me faudra une demi-heure pour émerger et faire semblant d'être sociable. C'est le matin. 11h. Mes horaires d'ouverture sont de 13h à 1h. Pas de chatte. Elle m'encourage. Elle m'entraîne. Elle me prend par la main pour escalader la journée. Quand elle s'en va, je suis frustrée. Je suis enfin d'humeur à accepter autrui dans ma tête. Je suis coincée avec la Voix, la mienne, jusqu'à ce que mon coloc rentre. L'attente. Mon occupation principale après le sommeil. J’assomme le temps grâce à la puissance composée des Internets. Je lis. Je fume. Je dors. J'attends.

Les autres jours nécessitent de s'habiller. Ca, je sais faire. Il suffit de mettre du pastel pour affronter les brutalités du monde réel. Je n'ai plus que quatre robes noires. Besoin de douceur. J'ai trop longtemps vécu et broyé cette valeur. Il me faut de la couleur. Pâle. Comme mes jours. Comme ma vie. Je mets mon uniforme. Point de vêtement bifide. Je suis féministe cupcake, à tendance lipstick. Je regarde comment mes tatas s’accommodent du miroir. Je me chausse. Je me gausse. Je sors. Je fume. Je prends le bus. Il tourne. C'est mignon. On dirait un gros chat. Le Chat-bus de Totoro. Il vole, lui aussi. Les cahots de la route ne sont que des trous d'air. Bel-Air. Tout un programme. J’atterris néanmoins.

Quel jour sommes-nous ? Ergo ? Eveil ? Psy ? Vous êtes bien conscient-e-s que je suis sur le point d'ouvrir trois timelines différentes ? Cool.

Cool, cool, cool.

Je descends la rampe. 32°C. Merde. 12H56. Dé-merde. Je finis ma clope. J'ai 5 ans. Je monte. Boujou ! C'est parti. Je commence l'activité. Il fait chaud. Je râle. J'amorphe. Je fonds. Je me liquéfie. La machine à coudre me berce. Mais cette pute nègre fait n'importe quoi. Trahison ! Insubordination ! Saloperie hémiplégique ! Hécate ait ta canette ! Je boude. J'ai 5 ans. Je défais et refais. C'est imparfait. Ca me va. C'est comme moi. Photo, retour. Je dors, j'attends coloc. Je zalande. Je fume, je lis. Je dors. J'ai 3 mois.

Je traverse, je suis en retard. Les douches, c'est pour les tapettes. Oui, mais voilà, les vendredis, je suis une tapette. Il fait chaud. J'ai 32 ans. Je bois du thé. Je suis nerveuse. Aucun lien n'a encore été créé. Et si je n'arrivais pas à écrire, comme la première fois ? Et si je restait à m'emmerder comme un rat crevé ? La plume aussi sèche que ma muse ? Ca va. Ca va aller. Au pire, je dessinerai. Aujourd'hui, je me laisserai inspirer. Au pire, je plagie éhontément. Genre. Au pire, je fanfic. Au pire, je travaille sur mon monde. Ou sur mon roman. Le blog, je laisse tomber. C'est ce qui m'a gelée la première fois. C'est terminé. Je fais un tour. Je rentre. Je dors. Je fume. Je lis. C'est l'heure du thé. Il y a des bus qui tournent. C'est mignon. On dirait des gros chats.

Je dois changer de bus. Direction les hauts de Lausanne. Le bus tourne. C'est mignon, comme un chat pataud. Je marche dans le quartier résidentiel. Le digicode est mon livre préféré de Ryû Murakami. Je monte après avoir terminé ma clope. Je lis. J'attends. De quoi vais-je bien pouvoir parler aujourd'hui ? Elle vient me chercher. J'ai 15 ans. Je suis encore fragile, mais plus aguerrie qu'une enfant. Je creuse. Je pose mes tripes sur l'épais tapis. Ca pue. Ca fume. C'est l'heure. Je ravale mes entrailles. C'est comme vomir à l'envers. J'ai 8 ans. Je descends en ville à pieds, histoire de prendre de la bouteille. Ca va, j'ai 25 ans. J'essaie des vêtements trop petits pour moi, des livres trop chers pour moi. Enfin, surtout si je prends les 7'623,2 qui me font envie. Je vais à la bibliothèque, de rage. Il y a plus d'escaliers que dans les Chevaliers du Zodiaque. Cinq marches par humain sur Terre multiplié par la biosphère des insectes. Au moins. Shiryu se serait pété la gueule. Enfin, cassé la margoulette, soyons polis. Mon sac est lourd. Il a un résidu de trou noir en son sein. Il est temps. Je rentre. Je lis. Je dors. Je forum.

Coloc rentre. C'est bientôt l'heure. On va pouvoir manger avant de s'allonger chastement sur le lit. C'est l'heure des Télétubbies ! C'est l'heure des Télétubbies ! En vachement moins mignon et en plus japonais. La journée se termine bien. Demain, c'est le week-end. Une nouvelle semaine où je suis restée péniblement en vie. On verra pour la suivante. Mais l'un dans l'autre, y a pas à tortiller du cul pour chier droit : je vais mieux.
***

Ce texte a été écrit cet été, lors de ma deuxième séance à l'atelier Eveil. J'espère qu'il vous aura plu.

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